Navigation

© MuseeL © MuseeL

À Louvain-la-Neuve, le Musée L invite au voyage. Ou plutôt à l’errance. Celle de milliers d’humains qui tentent de rejoindre l’Europe en quête d’un avenir. L’exposition "BienvenUE" interpelle le visiteur comme citoyen européen et habitant du monde. Il est invité à être témoin pour peut-être, ensuite, devenir acteur.


Entrer dans l’exposition n’est pas aisé. Il y a ce rideau de chemises blanches à franchir, oeuvre de l’artiste belge Dirk Hendrikx. Derrière, c’est l’inconnu. Nous voici dans un couloir vitré, la vue du ciel rassure. Mais on remarque, près d’une fenêtre, une chaussure de sport usée, de couleur or et renforcée de vis afin de mieux escalader les grillages qui ferment le détroit de Gibraltar. Sur la vitre, une affiche est collée. Elle ressemble à celles qui sont familières dans les vieux westerns. À côté du classique "Wanted", la photo d’un artiste camerounais. Et une explication : Salvador Tomnyuy a été invité par le musée, mais son visa lui a été refusé. Et l’on nous interroge : "est-ce de la censure envers le milieu artistique ou une entrave au travail des universités ?".

Dans le ventre de la baleine ?

Un paillasson "Welcome" nous engage à passer dans une grande salle où notre regard est immédiatement captivé par une immense carcasse en bois. Au sol, un fatras de vêtements, photos, objets usuels, coquillages tatoués de messages. Estce un squelette de baleine ? Sont-ce les restes d’une vie que le cétacé aurait là avalés ? Est-ce une barque renversée ? Si l’on veut continuer la visite de l’exposition, il va falloir y entrer, contourner les objets. On s’y sent fragile. Aller plus loin implique le risque que tout peut s’écrouler. Du coup, on recule un peu. Et l’on regarde le mur. Il est couvert d’écritures de couleur argile. Ce sont des noms : Zamira Sadigova, Galip Kurdi, Yussuf Diao… tous ont perdu la vie lors du voyage. Ils font partie d’une trop longue liste présentée aux visiteurs. Ceux-ci sont invités à inscrire sur la paroi un nom présent sur cette liste. Un peu plus loin, des casques audio. Ils permettent d’écouter des conversations téléphoniques. Des personnes séjournant au centre fermé de Vottem y témoignent de leur réalité. Et de la peur. La peur de l’expulsion.

L’être humain est nomade

Cette fois, l’on se décide à traverser la coque en bois. Et l’on pénètre dans une tente. Au sol, des tapis, des instruments de musique, des portraits. Suspendus, des attrape rêves. Cet espace a pour nom Muzoo. Ce musée nomade, aventure vécue par le collectif d’artistes SinEangulo, rassemble des témoignages poétiques faits d’objets rencontrés en chemin de migration. Et de rappeler que l’homme a toujours été en mouvement, emportant avec lui sa culture et ses valeurs, enrichissant ainsi ceux et celles qu’il rencontre. Un troisième et dernier espace permet le visionnement de vidéos et de documentaires. La visite est sensorielle. Les panneaux explicatifs ne sont pas présents. Un guide du visiteur, très complet, est disponible. Ressentir, et ensuite s’informer. De nombreuses rencontres et tables-rondes sont également organisées, en parallèle à l’exposition. L’Europe doit-elle être une forteresse ou un lieu de dialogue ? Aujourd’hui, c’est sûr, tous les chemins ne mènent plus à Rome.

Pour en savoir plus ...

BienvenUE • jusqu’au 20 janvier 2019 • Musée L • Place des Sciences 3 à 1348 Louvain-la-Neuve • 010/47.48.41 • info@museel.be • www.museel.be

Ouvert du mardi au vendredi de 9h30 à 17h et le week-end de 11h à 17h • Tarif : 6 EUR (réductions possibles)

• L’exposition sera nomade et appelée à voyager progressivement. Elle sera notamment accueillie à Madrid, puis à Tétouan.