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La culture à tout prix

Le coût des sorties culturelles pèse parfois lourd dans le budget du ménage. Plusieurs acteurs culturels proposent des réductions pour rendre leur offre abordable à un large public. Certains vont jusqu’à pratiquer le "prix libre".


À Saint-Josse, le théâtre Le Public a souhaité rendre le théâtre accessible à un plus grand nombre en proposant, durant le mois de février, une formule qui permettait aux spectateurs de fixer librement le prix de la place (de 5 à 50 euros, par tranche de 5 euros) selon leurs possibilités et sans justification aucune.

"Nous avons voulu poser un acte citoyen et philosophique, défend Patricia Ide, codirectrice du théâtre. On a l'impression que le coût des choses nous échappe car c'est dicté par les multinationales, les GAFA (1)… Que faisons-nous, en tant que responsables d'une institution culturelle, pour aider les citoyens qui éprouvent des difficultés à se divertir, à s'instruire ? Nous pensons qu'il faut commencer par se réapproprier les valeurs. Qu'est-ce que ça vaut pour moi ? Quel montant, dans mon budget, j'accorde à l'art ? Nous avons besoin de nous réinterroger sur ces valeurs, de ne plus obéir à ce qu'on nous impose, de réfléchir à combien vaut un Magritte ou un acteur jouant en direct sur une scène. Cela fait partie d'une réflexion globale de ne pas consommer sans réfléchir."

Cette formule a rencontré le succès avec plus de 4.500 places réservées en 28 jours. En moyenne, les spectateurs ont déboursé 12 euros. Deux tiers des spectateurs ont payé leur place entre 5 et 15 euros. Un peu plus de 20% a fixé sa participation financière à une vingtaine d'euros et le reste a déboursé entre 30 et 50 euros.

L’opération a permis d’attirer un nouveau public (37 % de nouveaux spectateurs) et d’ouvrir le débat. Patricia Ide raconte : "Certaines personnes nous disaient 'Je ne peux pas payer plus mais cela me permet d'assister à plusieurs spectacles'. D'autres sont revenues avec un cousin, une voisine car elles voulaient leur faire découvrir la pièce. Des spectateurs ont également pris des risques en choisissant un spectacle auquel ils n'auraient probablement pas assisté si le tarif avait été fixe. Au lieu de venir seul ou à deux, les gens venaient parfois à cinq. Cela m'a beaucoup touchée."

Une question de bon sens

En proposant cette formule, Le Public a réinterrogé le bon sens de son public justement ! Pour la codirectrice, "cela a permis de remettre une forme d'intelligence dans nos actes de consommation". Ceux qui avaient les moyens de donner plus l'ont fait, d'autres ont redonné du temps à la culture dans leur vie. Chacun a pu s'interroger sur la place qu'il accorde à l'art : en moyens financiers en payant plus cher ou en y consacrant davantage de temps. Pour Patricia Ide, c'était l'occasion de consacrer "plus d'heures à des choses que je m'autorise, qui me divertissent, m'interpellent, m'interrogent… mais que j'ai choisies et pas qu'on m'a imposées".

Suite à cet enthousiasme, le théâtre a décidé d'ancrer cette initiative dans le temps et de lancer les "jeudis à tout prix" en proposant un tarif libre et responsable jusqu’à la fin de cette saison et pour la prochaine. Une fois par semaine, les spectateurs peuvent ainsi choisir le prix du spectacle en fonction de leurs moyens.

De Genève à Paris, en passant par New-York

Au Metropolitan Museum of Art de New York, le tarif intitulé "pay as you wish"(2) était pratiqué depuis 1970. Il y a un peu plus d'un an, la direction a revu sa politique afin de limiter l’accès à cette formule aux personnes de la région. Les autres visiteurs doivent s'acquitter d'un billet d'entrée à tarif fixe.

L'humoriste belgo-canadien, Dan Gagnon, pratique également le prix libre avec ses "tournées pirate". Il croit en la solidarité entre spectateurs.

Intimement convaincu, il a déjà proposé trois spectacles sans imposer de tarif.

La Comédie de Genève propose les samedis à tout prix, une fois par mois. Aux Plateaux sauvages à Paris, il n'y a pas de formule d’abonnement mais une tarification simple : 5, 10, 15, 20 ou 30 euros par place pour tous les spectacles en création.

Le prix libre n'est cependant pas uniquement réservé au secteur culturel. Il peut concerner tous les échanges économiques et être pratiqué dans la sphère informatique, dans les médias, dans des ateliers de réparation…


Pour en savoir plus ...

Plus d'infos : www.theatrelepublic.be • Les jeudis à tout prix : prix des places de 5 à 50 euros, réservations ouvertes dès le lundi précédant le jeudi, sous réserve de places disponibles.