© Thomas Huertas © Thomas Huertas

Spectacle itinérant hors normes, la Boîte de jazz s’invite dans les communes belges, jusqu’à l’automne. Une façon ludique de s’intéresser à l’histoire des États-Unis, aux relations raciales et à la musique du 20e siècle. Rencontres – côté cour et côté jardin – avec les stars d’une époque mouvementée.


Si vous n’êtes jamais entré dans une boîte de jazz, si ce genre musical évoque pour vous des notes discordantes voire cacophoniques, oubliez vos préjugés et faites le pas : entrez dans l’univers musical proposé aux quatre coins du pays, en cette année 2014, par Jacques Mercier et ses comparses. Derrière son bar, plongé dans la pénombre d’un cabaret reconstitué aux couleurs et avec les accessoires du début du 20e siècle, l’ancien journaliste-animateur de la RTBF relate pas à pas l’histoire de cette musique née de l’esclavage et du travail des Africains dans les champs de coton des États-Unis.

Le jazz n’existe pas, c’est évident. Il serait sot de le réduire à la succession de ses différents styles, reflets des époques traversées: dixieland, swing, be pop, free, etc. C’est là toute l’adresse de la petite équipe : relater son extrême diversité musicologique mais aussi ses facettes historiques et sociologiques, sans jamais lasser. Et même en captivant. Dès le départ, les images et enregistrements d’époque frappent la centaine de spectateurs présents, soigneusement disposés autour de petites tables “comme pour du vrai”. On y goûte la voix de Bessie Smith, l’impératrice du blues, les accords pianistiques sautillants du Ragtime, les plaintes lancinantes des “work songs”. On verra plus tard défiler Louis Amstrong (lors d’une fausse interview amusante), Duke Ellington, Glenn Miller, Sidney Bechet et tant d’autres instrumentistes ou chanteurs qui ont inspiré tant de musiciens.

Derrière son bar, Mercier, barman et conteur, n’est jamais lassant ni pontifiant. Son récit est entrecoupé de morceaux musicaux finement sélectionnés et joués “live” par une poignée de musiciens, chanteurs et danseurs hors pair. Si les anecdotes et historiettes “people” foisonnent dans cette atmosphère intimiste, c’est pour mieux mettre en valeur les grands soubresauts de l’histoire américaine: la Grande dépression, la Prohibition, la Deuxième guerre mondiale, la lutte pour les droits civiques emmenée par Martin Luther King, etc. Que serait devenu le jazz sans la protection des grands gangsters? Quel eût été son sort sans l’intérêt de quelques pionniers blancs, avides d’enregistrer ses plus fins génies aux temps de leur anonymat? Nul ne le saura jamais...

Apprendre en se divertissant. Et même en s’émouvant ou en éclatant de rire. De Charley Patton à Josephine Baker, le pari de la Boîte de Jazz est tenu de bout en bout. On regrettera juste l’attention trop superficielle accordée au jazz des trente ou quarante dernières années, ce qui pourrait accréditer l’idée que le jazz est une musique du passé. Non, le jazz vit toujours, accompagnant les pleurs et les rires de générations de plus en plus métissées. Les concepteurs ont d’ailleurs eu l’excellente idée de proposer, dans les villes qui les accueillent, un spectacle raccourci (75 minutes au lieu de 110), en journée, adapté au public scolaire de 12 à 18 ans.

Expurgé de ses illustrations et allusions les plus sulfureuses ou sanguinolentes (la coexistence Noirs/Blancs, en perpétuelle toile de fond à l’histoire de ce courant, n’a jamais été une histoire tranquille…), il pourrait indirectement intéresser cette tranche d’âge à ce qui fait une partie de la musique –rock, pop, etc.– qui la passionne, cinquante ou cent ans plus tard…

Pour en savoir plus ...

>> La Boîte de jazz est en tournée jusqu’en octobre 2014 • Avec (selon la soirée choisie) François Makanga, Ivan Paduart, Mercedes Gomez, Jacques et Stéphane Mercier, Casimir Liberski, Bruno Grollet, Vincent Bruyninckx • Prix : 25 EUR • Infos : 02/346.93.93 • www.070.be/boitedejazz