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Les fims du Nord

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Le Belge francophone visionne des films français, américains, italiens… Mais que connaît-il des productions réalisées au-delà de la frontière linguistique ? Le Magritte du meilleur acteur octroyé à un néerlandophone, l'occasion de mieux connaître le cinéma flamand ?


Décerner le Magritte du meilleur acteur à Peter Van Den Begin pour son rôle dans The king of the Belgians, c'est rappeler la méconnaissance des francophones du "deuxième cinéma belge", celui qui se tourne au nord du royaume.

D'accord : Daens, de Stijn Coninx, on connaît. Pallieter, d'après le roman de Félix Timmermans et scénarisé par Hugo Claus, peut-être aussi. Des films basés sur des oeuvres littéraires qui avaient leur public, en partie du fait de leurs origines. Toutefois, la Flandre n'offre pas à voir que des films de paysans avec des châteaux, des comédies… "Affirmer que ces productions dominent le paysage cinématographique flamand est une erreur de jugement et ne correspond pas à la réalité, écrit le critique français Alex Masson (1). C'est une image, un préjugé que certains cercles belges, francophones en particulier, alimentent encore aujourd'hui."

Nouvelle vague

Depuis le milieu des années 2000, le plat pays est balayé par une nouvelle vague de réalisateurs. Meisjes (2000, Dorothée Van Den Berghe), Anyway the wind blows (2003, Tom Barman), Loft (2008, Erik Van Looy), Rundskop (2011, Michaël Roskam)… Parmi de nombreux autres noms, impossible de ne pas citer le "phénomène" Felix Van Groeningen. En 2004, il sort Steve+Sky, une romance crue et visuellement peaufinée de deux jeunes en perte de repères. Cinq ans plus tard, son troisième long métrage, De helaasheid der dingen (La merditude des choses), se fait chouchouter à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes, et obtient moult récompenses à la première cérémonie des Prix du cinéma flamand en 2010 : meilleur film, meilleur scénario, meilleur acteur, Prix du public… Puis Broken circle breakdown et Belgica.

La TV comme tremplin

Et le public en redemande ! Erwin Provoost, directeur du Vlaams audiovisueel Fonds (VAF, Fonds flamand pour l'audiovisuel), explique comment les Flamands ont goûté, puis pris goût, à leur cinéma : "À la différence de la Wallonie, la Flandre a considérablement investi dans la TV. Le dimanche soir, un million et demi de téléspectateurs étaient captivés par les séries et téléfilms diffusés sur la chaîne VTM."

Résultat : les Flamands qui aiment leurs acteurs leur restent fidèles lorsque ceux-ci passent du petit au grand écran. "Faire le pont entre la TV et le cinéma était un bon calcul." En effet, leur prémonition s'est avérée juste. Et confirmée par l'arrivée de films produits par Netflix au Festival de Cannes en 2017.

Autre facteur de réussite pour conquérir un public : "La Flandre a misé sur la diversité de ses productions : art et essai, séries, films 'grand public'…" La preuve par les chiffres : en 2003, trois productions flamandes accaparaient un tiers des entrées au cinéma. Un film d'auteur, un thriller et un film divertissant.

Méconnu en Wallonie

Pourquoi les Belges francophones ne connaissent-ils pas mieux les productions du nord du pays ? "La langue est un problème, déplore Erwin Provoost. Mais surtout la grande part de marché réservée aux films américains et français en Wallonie et à Bruxelles. Globalement, les distributeurs ont moins confiance dans le cinéma flamand que dans les 'grosses machines'. Particulièrement lorsqu'il est islandais, portugais ou… flamand, il est très difficile de faire voyager un film en Europe." Remarque : l'inverse est valable pour les films wallons en Flandre. "Tout au plus pouvons-nous visionner un film des frères Dardenne…"

"Casser la baraque"

Pour l'heure, le Fonds flamand pour l'Audiovisuel se prépare pour la Berlinale, du 15 au 25 février. Avec Cannes en mai, et Venise en septembre, le festival international de Berlin constitue un des trois grands rendez-vous mondiaux du cinéma. "Berlin, ce sera calme…, prédit Erwin Provoost. Nous profitons par ailleurs des retombées spectaculaires de Patser (le dernier film de Adil El Arbi et Bilall Fallah, 100.000 entrées lors de la première semaine !). Par contre, on espère que des longs métrages casseront la baraque à Cannes et à Venise." Un nom auquel il faudrait être particulièrement vigilants ? "Lukas Dhondt, par exemple. Girl a déjà fait sensation dans quelques magazines." À confirmer dans les prochains mois…


Pour en savoir plus ...

The broken circle breakdown, histoire d'amour entre un chanteur de country bluegrass et une chanteuse-tatoueuse passionnés d'Amérique.

En 2014, le 4e "long" de Felix Van Groeningen obtenait le César du meilleur film étranger