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Le Quai 10 : l'image, dans tous ses états

(c)Quai 10 (c)Quai 10

Se balader aujourd’hui à Charleroi fait office de véritable expérience. La ville est au milieu de la mue. Des trous béants côtoient des rues qui se modernisent, des places toutes neuves alternent avec des secteurs qui semblent rendre leur dernier souffle. Dans ce contexte, le quartier de la gare révèle déjà, en filigranes, ce que pourrait être le nouveau visage de la ville. De larges allées bien éclairées et de vastes passerelles qui surplombent la Sambre et invitent à la promenade. C’est là, au 10 Quai de Brabant, que le nouveau pôle culturel dédié à l’image animée entend prendre racine. Un projet original et ambitieux que nous présente Matthieu Bakolas, son directeur adjoint.   


En Marche : Quelle est la genèse du projet ?

Matthieu Bakolas :  En 2011, la ville a envisagé un projet de reconversion concernant le bâtiment de l’ancienne banque nationale. Cette période correspondait  à la disparition du cinéma Marignan dans le centre-ville. Rapidement, le projet s’est orienté vers le cinéma et s’est ensuite élargi aux jeux vidéo et aux arts numériques. Un appel à projets a été lancé et L’ASBL Le Parc a été retenue pour le piloter. Les travaux d’adaptation du bâtiment ont duré cinq ans et demi. Une annexe a été construite pour la partie cinéma tandis que l’ancien bâtiment a été dédié à la brasserie et à la partie jeux vidéo. Cette annexe, nous l’avons voulue très moderne. Nous avons opté pour des lignes très droites et  des  angles cassés qui donnent au bâtiment une vraie modernité. Nous avons également privilégié le béton,  le métal et  le verre. Il y a beaucoup de lumière.  L’espace gaming se trouve dans l’ancienne salle des coffres. C’est amusant de penser que cet endroit qui cachait des lingots abrite aujourd’hui un projet culturel.

EM : Comment avez-vous réfléchi la partie cinématographique du Quai 10 ?

MB : Nous  accueillons le public dans quatre salles de cinéma et nous avons gardé la salle du cinéma Le Parc, dans le haut de la ville. Notre programmation est qualitative, mais également grand public. Tous les films en langue étrangère sont diffusés en version originale. Nous proposons de nombreuses visions destinées aux familles et envisagées pour que celles-ci puissent profiter pleinement de toutes les opportunités du lieu : voir un film, manger un morceau à la brasserie, profiter de l’espace gaming, et, pourquoi pas, jeter un coup d’œil aux installations numériques présentes de manière temporaire. En parallèle, une animatrice pédagogique est en contact avec les écoles. Elle envisage avec les enseignants des séances agrémentées d’un cahier pédagogique et de débats. Notre volonté est également de travailler en collaboration avec les autres opérateurs culturels de la région. Par exemple, lors du Focus flamand, le théâtre de l’Ancre a programmé un spectacle en néerlandais et nous avons choisi des films en cohérence avec le thème et la langue.

EM : L’originalité du lieu, c’est cet espace consacré aux jeux vidéo. Pourquoi ce choix ?

MB : L’espace gaming est ouvert au public cinq jours sur sept.  L’accès est gratuit et un animateur est toujours présent pour accompagner les visiteurs. Notre objectif, c’est de montrer que le jeu vidéo a une dimension culturelle et, que l’on adhère ou pas, on ne peut nier l’engagement créatif présent derrière chaque jeu : la conception du scénario, des images de synthèse, de la colorisation, de la musique…  Nous effectuons également un travail important auprès des écoles. Le gaming, ce n’est pas seulement de l’occupationnel et de l’amusement, nous essayons de dépasser la première lecture et d’exploiter d’autres dimensions. Un autre point important, c’est  notre volonté de faire de cet espace un lieu de rencontre intergénérationnel. Il faut dépasser les clichés. Il  y a quelques jours, nos animateurs ont accueilli un groupe de personnes qui s’est baptisé "le gang des Nonno". Ces hommes sont tous grands-pères et ils sont venus spontanément nous voir car ils avaient le désir de se mettre à la page côté jeux vidéo, pour mieux communiquer avec leurs petits-enfants. Nous aimerions offrir un accès au média intégré et pour tous. Un autre volet du projet, c’est la mise en relations d’étudiants et de professionnels du jeu via un événement annuel et international. L’ensemble de ces offres fait du Quai 10 un lieu unique en Belgique. Nous pouvons envisager une thématique à travers plusieurs médias, c’est notre force.

EM : Et l’espace arts numériques constitue le troisième médium ?

MB : L’optique ici est d’installer des œuvres d’arts numériques à des moments spécifiques. Actuellement, nous en accueillons une sur le toit. Il s’agit du travail du collectif belge LAb[au]. Un algorithme génère chaque jour un nouveau mot de huit lettres, en français, en anglais, en allemand ou en italien. Personne, pas même l’artiste, ne sait quel mot va faire faire son apparition. Cela peut engendrer  nombre de débats et de discussions. Nous avons, par exemple, déjà vécu une journée avec le mot " putrides " affiché sur notre bâtiment. Et, pour l’anecdote, le jour du vernissage de l’œuvre en présence de responsables politiques, c’est le mot "mafiosos" qui est apparu. Tout le monde a beaucoup ri, les politiques en premier. De manière générale, les œuvres numériques seront installées dans l’espace connexe à celui consacré au gaming. De manière à attirer un public qui, au départ, n’était pas venu pour les voir. Chaque événement est toujours envisagé de manière transversale. Et le Quai 10 a été créé pour être un lieu de vie fréquenté par un public venant de toute la Belgique et d’ailleurs.

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