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"Le haut potentiel ne crée pas le problème, mais peut l'amplifier"

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Dans Le haut potentiel en questions, Catherine Cuche et Sophie Brasseur ont recensé les questionnements récurrents autour de cette thématique. Leurs réponses claires et fondées scientifiquement amènent des éléments concrets pour mieux comprendre le haut potentiel.


La question du haut potentiel a longtemps été inexistante, jusqu'à un regain d'intérêt ces dernières années. Effet de mode ou réalité clinique ? Les médecins et psychologues ne sont pas unanimement d'accord. Les in terrogations en sont d'autant plus nombreuses. Avec Le haut potentiel en questions, Sophie Brasseur et Catherine Cuche, docteures en psychologie, empoignent le sujet. Elles posent 38 questions et apportent des réponses concrètes et nuancées. Aperçu avec Sophie Brasseur, pour soutenir les enfants mais aussi les adultes concernés.

En Marche : À partir de quel âge peut-on déceler un haut potentiel chez une personne ?

Sophie Brasseur : Les tests psychologiques pour identifier un haut potentiel peuvent se réaliser à partir de l'âge de 3 ans. Sauf en cas d'extrême urgence – un réel mal-être dans le milieu scolaire par exemple – nous déconseillons toutefois de réa - liser un bilan psychologique avant l'âge de 6 ans, car jusqu'à cet âge-là, les résultats aux tests sont moins fiables à long terme. De plus, le plus important pour un jeune enfant, c’est de l’accompagner à développer harmonieusement les différentes sphè res de sa vie et un bilan n’est pas nécessaire pour cela... Toutefois, après 6 ans, un bilan n’est pas forcément nécessaire non plus, cette démarche n’étant anodine ni pour l’enfant ni pour ses parents. Identifier le haut potentiel ne se fait que lorsque cela peut aider au développement et au bien-être.

EM : Faut-il dire à un enfant qu’il est à haut potentiel ?

SB : Certainement. Je préfère cependant lui dire, non pas qu'il est à haut potentiel, mais qu'il a un haut potentiel, et que ses hautes compétences intellectuelles font partie de lui et ne détermineront pas toute sa vie. Il faut lui expliquer son fonctionnement, les instabilités et les avantages que ce haut potentiel pourra lui créer. Cela lui permettra parfois de se sentir moins différent. Lui coller une étiquette n'est pas du tout aidant.

EM : Les enfants à haut potentiel sont-ils plus sujets à l'échec scolaire ?

SB : Les études démontrent un taux de réussite plus important jusqu'à l'âge de 16 ans. Mais les échecs scolaires sont fréquents, tout autant que chez les jeunes du même âge. Cela peut s'avérer paradoxal au vu de leurs compétences intellectuelles. Mais il existe des pistes explicatives. Un échec scolaire est également moins acceptable socialement pour un enfant à haut potentiel qu'un élève qui présente des difficultés… Enfin, les adolescents à haut potentiel sont des adolescents comme les autres, et on connait leur rapport à l'apprentissage, à la motivation… Il n'y a pas de pistes particulières pour les personnes à haut potentiel. Ce sont les mêmes pour tous ceux qui ont des besoins spécifiques : accompagnement, différenciation… et surtout reconnaissance. Il faut reconnaître qu' elles ont des hautes compétences intellectuelles et leur faire comprendre que celles-ci ne font pas d'elles un génie : si elles ne travaillent pas, elles ne réussiront pas.

EM : Comment devient-on adulte avec un haut potentiel ?

SB : C'est spécifique à chaque personne. Cependant, dès que l'on découvre le haut potentiel d'un enfant ou d'un adolescent, il est important de bien l'accompagner, afin que son haut potentiel ne soit pas nié mais n'envahisse pas non plus le restant de sa vie. Il faut prendre les mesures adéquates si nécessaire. Quand c'est fait, on grandit presqu'en oubliant son haut potentiel et il ne pose pas de problème à l'âge adulte.

EM : Sans tests à l'enfance, comment savoir si on est à haut potentiel ?

SB : Il est important de dire que l'on n'est pas obligé de s'en rendre compte si ça ne pose pas de problème. Et c'est le cas pour une grande partie des personnes à haut potentiel. La réponse est difficile car chaque situation est différente. Concernant les personnes qui viennent nous voir, il y a tout de même certaines caractéristiques récurrentes comme des difficultés émotionnelles, professionnelles ou relationnelles. Mais ce n'est pas parce qu'on éprouve ces difficultés qu'on est à haut potentiel. Par contre, la probabilité est grande si l'on témoigne également de hautes compétences cognitives : facilités d'apprentissage et de mise en lien, attrait pour le nouveau et le complexe…

EM : Les adultes qui viennent consulter le font-ils de leur plein gré ?

SB : C'est parfois leur thérapeute ou leur famille qui les poussent à faire un bilan psychologique. Dans la plupart des cas, ils viennent d'eux-mêmes car ils se questionnent sur leur comportement. Ils veulent un éclairage sur leur fonctionnement, savoir pourquoi ils réagissent d'une certaine façon et différemment des autres.

EM : Un adulte qui se découvre à haut potentiel l’est-il depuis sa naissance ?

SB : Oui, on ne développe pas un haut potentiel au cours de sa vie. A priori, il y a une part d’inné et une part d’acquis, comme pour l’intelligence, mais l’environnement à lui seul ne suffit pas. On ne peut donc pas le développer à 20 ans par exemple. On suppose que le haut potentiel est, comme l’intelligence à nouveau, en lien avec certains gènes, même s'ils ne sont pas encore exactement identifiés. On sait aussi qu’il existe certaines petites particularités dans le développement du cerveau qui influencent la rapidité et la qualité de la transmission de l’influx nerveux, augmentant alors certaines compétences cognitives.

EM : Le haut potentiel peut-il évoluer ?

SB : Oui, et plus particulièrement encore l'utilisation que l'on en fait. De multiples facteurs vont favoriser son développement ou, au contraire, l'entraver : les facteurs externes comme les milieux scolaire, professionnel et familial… Au niveau interne, ce sont les facteurs émotionnels, motivationnels, physiques... Une maladie peut par exemple freiner le développement du haut potentiel, voire le réduire s'il y a des répercussions au niveau cérébral.

EM : Est-il plus difficile pour une personne à haut potentiel de trouver un emploi qui lui convient ?

SB : Je ne sais pas s'il existe de réelles études sur ce sujet mais à mon sens, comme pour beaucoup d'autres points, il n'y a globalement pas de différence. Concernant les adultes à haut potentiel qui viennent nous consulter, ils éprouvent fréquemment des difficultés autour de leur travail. Parfois, celui-ci les phagocyte car leur investissement est trop important. Et ce, jusqu'à l'épuisement total. D'autres fois, c'est l'organisation de leur milieu de travail qui ne leur convient pas, ou bien ils se sentent en décalage avec leurs collègues et pensent alors qu'ils ont fait le mauvais choix. Il y a également la question des emplois inadaptés acceptés par dépit : soit parce que les personnes ont complètement raté leur parcours scolaire et se sont vus obligés d'accepter un travail, soit parce qu'elles ne reconnaissent pas leur potentialité et choisissent des emplois inadéquats pour elles.

EM : Et qu'en est-il de leur intégration dans leur milieu professionnel ?

SB : Elle n'est pas différente en comparaison avec la population tout-venant. On a associé aux personnes à haut potentiel certains traits qui ne leur correspondent pas spécifiquement mais qui, quand ils cohabitent, donnent des profils particuliers : le perfectionnisme, le mal-être, les difficultés émotionnelles… Par exemple, une personne à haut potentiel qui est perfectionniste pourrait manquer d'estime de soi et ainsi s'intégrer difficilement dans son milieu professionnel. Le haut potentiel peut amplifier le problème, mais il ne le crée pas. C'est toujours multifactoriel.

EM : Les personnes à haut potentiel ont-elles plus de difficultés à nouer des liens sociaux ?

SB : Encore une fois, ni plus ni moins que tout un chacun. Certaines utilisent leurs compétences pour établir le contact, faire de l'humour, etc. et possèdent des réseaux sociaux très développés. Pour d'autres, leur haut potentiel va leur servir de frein, car elles se perçoivent comme trop différentes pour se lier avec le reste de la population. Leur haut potentiel devient leur véritable identité et, notamment socialement, cela leur pose problème. Leur singularité devient l'explication à tous leurs maux. Quand on regarde pourtant la globalité des personnes à haut potentiel, elles ne sont ni plus, ni moins heureuses que tout un chacun. Et notamment en couple. Si pour certains patients ce n'est pas la sphère de leur vie qui fonctionne le mieux, pour d'autres, c'est le contraire. Tout cela, en ayant un partenaire à haut potentiel ou pas.

EM : Comment sont perçus les adultes à haut potentiel dans la société ?

SB : D’un côté, il y a une forme de valorisation, car nous sommes dans une société qui favorise l’intelligence, la réussite… De l'autre, la différence peut déranger une partie de la population, celle qui est contrariée par ceux qui ne fonctionnent pas comme tout le monde. Cela peut aussi créer de l’envie, de la jalousie. Il ne faut pas le nier.

Pour en savoir plus ...

Le haut potentiel en questions de Sophie Brasseur et Catherine Cuche • éd. Mardaga • 2017 • 216 pages • 29,9 EUR.

Des associations à haut potentiel

• EHP-Belgique. Principalement tournée vers les enfants et les relations familiales : aide aux parents, ateliers, conférences, journées familiales, rencontres… Infos : www.ehpbelgique.org • 0486/07.90.02

• Mensa. Il faut prouver, via des tests, que l'on est bien à haut potentiel pour en faire partie. Elle encourage essentiellement les rencontres entre personnes possédant une haute intelligence. Infos : www.mensa.be/fr • info@mensa.be

• Douance. Information, échange, rencontre, orientation… Destiné à toutes les personnes concernées de manière directe ou indirecte. Infos : www.douance.be • 0475/68. 34.34 • 0478/26.76.86