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Il n'y a pas d'âge pour être zen

© Matthieu Cornélis © Matthieu Cornélis

Initier des enfants de six à huit ans au yoga, à la relaxation, à la sophrologie… C'est le défi relevé par Infor santé et Jeunesse & santé cet été dans le Brabant wallon. Trop jeunes pour prendre soin d'eux et des autres ? Pour écouter leur corps? Pour interpréter leur ressenti ? Pas du tout ! Il semble même que leur jeune âge soit un avantage.


Je voudrais recevoir un quad.” “Moi, c'est faire du patin à glace.” “Travailler dans la pizzeria où on va avec mes parents.” “Mon plus beau rêve?, se demande Antoine en questionnant du regard Françoise, l'animatrice, comme pour être bien sûr de pouvoir exprimer son vœu le plus fou, c’est de partir en croisière sur un bateau et puis de trouver des squelettes de dinosaures dans la mer”.

Sur un des murs du lieu du stage, une affiche souhaite la “Bienvenue à bord” à la vingtaine d'enfants. Assis en cercle sur les chaises d'une classe de l'enseignement secondaire, leurs pieds ne touchent pas le sol. Leurs points communs? Ils ont tous entre six et huit ans et ont autour du cou un foulard noir et vert estampillé du logo Jeunesse & santé (J&S). Aujourd'hui c'est mercredi, troisième jour de stage. C'est une journée spéciale car Françoise, sophrologue, est présente. Elle ne vient que deux fois : en début et en milieu de semaine. Le reste du temps, ce sont quatre animateurs de J&S et Pierre Squifflet, responsable Infor santé du Brabant wallon, qui assurent l'animation.

Après la formulation de son vœu le plus cher, exercice suivant : le mandala humain. Avec celui-là, il est nécessaire de reculer les chaises au pied des murs pour créer plus d'espace. “On se donne la main et on lève les bras tous ensemble en respirant très profondément, dit Françoise. Puis on redescend les bras en soufflant fort et en pliant les genoux. Ensuite on se relève et on se rassemble au milieu de notre cercle. Tout le monde a compris?” Pas de réponse des enfants mais, déjà, des regards s'échangent et des mains s'empoignent, timidement pour certains, plus franchement pour d'autres.

Les voilà qui s'essayent à la respiration profonde, certains d'entre eux exagérant le bruit de leur expiration pour faire rire les copains. Enfin, les enfants avancent les uns vers les autres pour former une grande masse humaine au centre de la classe. L'expérience tactile et sensitive semble leur plaire. Ils rient. Ils se frottent aux autres. Ils expérimentent la proximité. Ils se bousculent un peu. Puis beaucoup, ce qui amène Françoise à recadrer l'exercice : “N'oubliez-pas, les séances de sophrologie c'est prendre soin de soi et des autres.

ÇA SU-FFIT !

Prendre soin de soi c'est aussi pouvoir exprimer ses limites. “La mini-crise” est le premier truc partagé avec le groupe. Il permet d'apprendre à dire “stop” quand on leur en demande trop. “Tout le monde se met en cercle”. Les enfants s'exécutent. “Élise, tu vas faire un pas en avant. Une fois prête, tu fais ta mini-crise à l'aide d'un geste puis tout le monde reprendra en cœur”. Elle s'avance, réfléchit, puis pendant quelques secondes, tape des pieds au sol. Le groupe reprend ensemble. Un autre lance un “C'est pas juste!” dont s'inspireront les suivants à leur tour. Comme Adrien qui fait usage des mêmes mots en tapant timidement du pied. Situation cocasse car, lui, un peu gêné, le fait en souriant, sans faire coïncider verbal et non-verbal.

Quand y'en a marre, on met un pied devant l'autre, annonce la sophrologue pour engager l’exercice suivant. Comme un Japonais avec des sabres, on croise les bras trois fois vigoureusement. ‘ÇA’ devant les genoux. ‘SU’ devant le plexus solaire. ‘FFIT’ devant le visage”. “ÇA SU-FFIT”, reprennent-ils en cœur et plusieurs fois.

Une fois tout le monde calmé, Françoise reprend la parole et demande aux enfants d'atterrir. “Être en colère, triste, stressé… c'est pas génial pour le corps et pour la tête. Grâce aux exercices que je vous ai montrés, vous pouvez vous débarrasser de ces mauvaises sensations.” D'ailleurs, elle les encourage à les refaire quand ils l'estiment nécessaire. “Maintenant, dit-elle, on va se déplacer vers la salle de relaxation, tout en douceur…” Une phrase s'échappe de la bouche d'une petite : “On va enfin se coucher.

Relax

Le sol du local dans lequel pénètre le groupe est nappé d'un épais tapis vert. Quelques modules en mousse, des coussins… sont tantôt accaparés, tantôt partagés de sorte que plusieurs frimousses puissent y être accueillies. “Ne pas parler, répète Pierre qui encadre aussi le groupe. Chacun va se mettre dans sa bulle.” Les corps s'étalent et, déjà, quelques pouces prennent la direction des bouches.

Françoise explique que dans le corps, l'énergie est parfois embouteillée, coincée. Particulièrement lorsqu'on est stressé, en colère, qu'on s'énerve… “Un peu comme lorsque papa ou maman s'énerve dans les bouchons sur la route de Bruxelles.” “Ah moi, je connais bien ça, les embouteillages à Bruxelles. Rooo la laaa…”, lance spontanément une participante. “Tout cela crée des nœuds, reprend Françoise, et lorsque l'énergie ne circule pas bien, ça peut provoquer un mal de tête, des difficultés pour s'endormir… La sophrologie permet de démêler les nœuds pour se sentir bien”, conclut-elle. Sur ces mots, elle ferme les rideaux pour noyer la pièce dans la pénombre.

Vous allez faire comme si vous dormiez mais vous ne dormez pas, vous m'écoutez. On va faire l'exercice du bonhomme Pinocchio et du bonhomme caoutchouc.” Pour faire simple, les enfants sont invités à contracter une partie de leur corps pendant quelques secondes pour ensuite faire l'expérience inverse, à savoir la lâcher complètement, sans tensions. Visage, épaules, bras… sont ainsi sollicités pour l'exercice. “On analyse sa réalité intérieure après avoir fait le bonhomme de caoutchouc. Essayez d'analyser comment vous vous sentez. Entrez dans votre monde idéal.” Certains bâillent. D'autres commencent à gigoter et la main bienveillante de la sophrologue, lorsqu'elle est posée sur leur épaule, semble suffire à les calmer.

Une fois la lumière revenue dans la pièce, crayons de couleur et feuilles de papier sont distribués. Les enfants réalisent une dernière activité avant de sortir prendre la collation de dix heures : dessiner son monde idéal et le présenter ensuite au groupe. L'une s'est dessinée sur des patins à glace, l'autre travaillant dans la pizzeria de ses rêves. Une troisième présente un dessin moins attendu: “C'est moi, sur le dessin. Je vis dans le calme et ça me fait du bien.” Françoise sourit, satisfaite.

Voilà la pause bien méritée. Dans la cour de récréation, les enfants jouent. “Pourquoi tu t'es inscrite à ce stage ?” demande-t-on à Olivia. “Je suis tout le temps excitée. Ça m'aide à me calmer.” “Pour vous, c'est quoi être zen?” Silence pendant un long moment. Les enfants qui nous entourent réfléchissent… Olivia répond la première : “C'est faire comme ça”, tout en connectant les extrémités de ses pouces et index et en mimant la position du lotus. “Mais non, répond Élise, c’est apprendre à bien respirer.” “Et toi, Élise, tu es souvent stressée?” “Pas du tout, rétorque-t-elle du tac-au-tac, je suis très bien dans ma vie. Le zen m'aide à aller encore mieux.

Pour en savoir plus ...

>> Lire également : La méditation pour les enfants, sur www.mc.be.

Autres animations

La Mutualité chrétienne (MC) constate l'augmentation des plaintes liées à des maux de dos, des maux de tête, des dépressions, des burn-out… Dès lors, afin d’assurer la prévention et la promotion de la santé mentale, essentielles face au rythme effréné de la vie quotidienne, Infor santé, le service de promotion de la santé de la MC, a mis en place de nombreuses initiatives pour répondre aux demandes des membres de participer à des activités centrées sur la gestion de stress : ateliers bien-être (yoga, taï-chi, sophrologie…), conférence sur la gestion du stress, sur la pleine conscience, cycle gestion des émotions…

Bref, en un mot comme en cent : prendre du temps pour soi. Au-delà des ateliers et rencontres, deux brochures concernant la santé mentale ont vu le jour : “Balancez votre stress” et “Et psy j’allais consulter”.


Paroles d’animateurs

Les enfants de six ou huit ans sont-ils capables de cerner toutes les subtilités de la sophrologie? Les dix années d'expérience de Françoise Singer en la matière le prouvent. "C'est une connexion avec la joie profonde et la spontanéité qui sont propres à l'enfance." Qui plus est, dit-elle, la sophrologie est un outil pour exprimer ses désirs profonds et sortir des choses déplaisantes. En deux mots : se libérer.

Du stress quotidien? “C'est dingue de voir combien tout le monde est sous pression. Aujourd'hui, les bébés naissent stressés. Ils pompent le stress de leur maman durant la grossesse.” Et la sophrologue d’ajouter qu'il lui est nécessaire, lors de ses ateliers, de prendre de plus en plus de temps pour permettre aux enfants de se poser. Les ateliers et les mouvements deviennent plus longs pour se dégager d'idées parasites et de la tension accumulée.

Ceux qui ont porté ce stage, Tanguy Rolin, responsable des stages J&S et Pierre Squifflet, responsable du service Infor santé en Brabant wallon, semblent pleinement satisfaits. Le premier souligne que beaucoup de parents ont téléphoné pour savoir ce que leurs rejetons allaient exactement faire durant le stage “Zen, soyons zen”. “L'argument qui les a séduits, dit Tanguy, c'est que les enfants pourraient ramener des exercices et des outils chez eux pour les pratiquer quand bon leur semble, dès que c'est nécessaire. C'était un de nos objectifs, tout comme celui de permettre à l'enfant de se poser, de réfléchir à ce qui le rend bien."

Pierre Squifflet ajoute : “Gérer ses émotions permet de gérer sa santé physique. On constate aujourd'hui qu'une grande partie des incapacités de travail sont dus au burn-out et au stress. Lors du stage, les enfants découvrent leurs émotions et celles des autres. Ça va les aider toute leur vie. Les experts en la matière nous suggéraient de commencer dès le plus jeune âge.