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Du changement dans l'assiette

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Perte de poids, intolérance alimentaire, diabète, compétition sportive… nombreuses sont les raisons de vouloir modifier son alimentation. Spécialistes reconnus, le diététicien et le médecinnutritionniste apportent chacun leurs compétences et proposent une prise en charge personnalisée. Dans certains cas, ils travaillent de concert pour assurer un suivi optimal.


"Quand les médecins-nutritionnistes et les diététiciens collaborent- ils ? Dans les cliniques de l'obésité, par exemple. Les équipes y sont souvent multidisciplinaires. Chacun prend une partie du travail en charge, explique le docteur Catherine Hubert, membre de la Société belge des médecins nutritionnistes. Dans le cadre du suivi d'une chirurgie de l'obésité (rétrécissement du volume de l'estomac), le médecin-nutritionniste réalise les prises de sang pour contrôler l'état de santé, il prescrit les compléments alimentaires nécessaires… Quant au diététicien, il explique au patient comment suivre un régime d'aliments liquides, puis passer aux semi-liquides… Il le renseigne sur la manière d'atteindre son quota de protéines par jour..."

Claire Bila, cheffe du service de diététique à la clinique Saint-Luc de Bouge, ajoute : "Les médecins sont capables de repérer un problème médical, nutritionnel, de faire le suivi médical d'une perte de poids, de détecter une allergie alimentaire. Et le diététicien prend le relais pour traduire les recommandations du médecin en termes d'alimentation".

Parfois, les champs de compétences se croisent. Un sportif désirant modifier son alimentation, par exemple, peut s'adresser tant à un diététicien qu'à un médecin nutritionniste pour recevoir un suivi de qualité.

Qu'on soit malade…

"De manière générale, les médecins nutritionnistes s'occupent plutôt de personnes avec une pathologie, indique le Dr Hubert. Cet accompagnement peut également être réalisé par un diététicien, à condition que le médecin traitant du patient assure un suivi." "Un diabétique, par exemple, peut très bien s'adresser à un diété - ticien, poursuit Claire Bila. Quand il accueille une personne malade, celui-ci travaille sur base d'une prescription médicale et s'accorde avec le médecin traitant pour avancer dans le trajet de soins. Il arrive qu'un patient vienne voir le diététicien sans prescription. Dans ce cas, ce dernier a la responsabilité d'informer le médecin traitant du suivi apporté." En d'autres termes, lorsqu'il y a un souci de santé, le médecin traitant doit être informé.

… ou en bonne santé

Des personnes bien portantes s'adressent aussi aux professionnels de l'alimentation. Claire Bila : "Les besoins en alimentation changent selon la période de vie dans laquelle on se trouve : nouveau-né, nourrisson, adolescent, adulte, femme enceinte ou allaitante, personne âgée…"

Certains désirent obtenir un avis sur ce qu'ils mangent, d'autres demandent un accompagnement dans un changement alimentaire : devenir végétarien, diminuer sa consommation en sel… Certains souffrent d'allergies, d'autres sollicitent un coup de pouce pour déchiffrer les étiquetages des produits alimentaires. "Pour l'instant, on connait un pic de demandes liées à l'activité sportive, enchaine Claire Bila. La course à pied remporte un succès de plus en plus grand parmi le grand public. Beaucoup de gens se mettent au trail (course à pied sur longue distance). Et à partir de 20km, il faut déjà bien gérer son alimentation."

Les professionnels de l'alimentation interviennent également auprès de personnes défavorisées. Objectif : apprendre à confectionner des menus équilibrés avec un budget réduit. La prévention alimentaire se réalise aussi dans le milieu scolaire. Claire Bila raconte : "J'ai été appelée une fois dans une école du Hainaut où suite à une émission télévisée, les enfants d'une classe ne voulaient plus manger de viande. Les parents étaient alarmés, ne savaient pas ce qu'ils devaient faire".

Changer ses habitudes, la vraie difficulté

"Quelqu'un qui veut perdre du poids sait déjà qu'il doit moins manger, explique Kris Gillis, diététicienne anversoise. Par contre, mettre en place ce changement dans sa vie quotidienne, ce n'est pas facile. Certaines personnes consomment des sucreries pour des raisons psychologi ques. Cela les réconforte lors qu' elles se sentent mal. Nous les aidons à réfléchir à ce qui est bon pour elles, sans rien leur interdire. Beaucoup de gens pensent à tort que le diététicien, armé de son stylo rouge, va bannir définitivement toute une série d'aliments associés au plaisir, comme les sucreries ou l'alcoolOn leur propose plutôt d'en modifier les proportions."

Claire Bila promeut elle aussi l'é quilibre plutôt que l'éviction."En alimentation comme en pharmacie, c'est la dose qui fait le poison. À titre personnel, d'un point de vue santé, je suis persuadée qu'on peut se passer de viande, par exemple. Mais il n'y a pas de problèmes à en con sommer de manière raisonnable." Elle insiste : l'alimentation doit être vue dans sa globalité. "Supprimer une substance d'un mode alimentaire, ce n'est pas anodin. Il faut être certain qu'on garde tous les apports nécessaires."

"La déconstruction des croyances représente un autre volet important du travail des diététiciens", ajoute Claire Bila. Car parfois, l'écart est grand entre l'état de santé réel d'un patient et la manière dont celui-ci le perçoit. Ainsi, lorsqu'on fait face à certaines pathologies, comme le cancer, les messages de santé publique, destinés aux gens en bonne santé, peuvent devenir inadaptés. "On reçoit des patients atteints d'un cancer des voies digestives qui nous disent 'je vais être malade si je ne continue pas à consommer cinq fruits et légumes par jour'. Or, leur état ne leur permet plus de les digérer correctement. Les portions doivent diminuer."

L'histoire de vie, les croyances, les habitu des du quotidien, l'état de santé… tous ces facteurs complexifient le changement d'alimentation. Quand l'accompagnement se fait personnalisé, quand la personne tient véritablement la barre, les écueils semblent moins périlleux, maintenir le cap devient plus facile.

Des appellations pas toujours protégées

Les diététiciens accèdent à ce titre reconnu après avoir effectué trois années d'étude dans l'enseignement supérieur. L'appellation "nutritionniste", en revanche, n'est pas protégée.

Cela veut dire qu'un médecin peut ajouter nutritionniste à son titre sans avoir suivi le certificat interuniversitaire de nutrition clinique. En revanche, la liste de médecins ayant validé cette formation figure sur le site de la Société belge des médecins nutritionnistes.

>> Infos : Société belge des médecins nutritionnistes : www.sbmn.org

Union professionnelle des diplômés en diététique de langue française : http://updlf-asbl.be

Pas de recette miracle

Dans son livre Service gagnant, une alimentation sans gluten pour une parfaite forme physique et mentale, le champion de tennis Novak Djokovic détaille l'amélioration spectaculaire de ses performances sportives suite à son changement de régime alimentaire. Une source d'inspiration pour nombre de sportifs, tentés de bousculer à leur tour leurs habitudes. "C'est un problème, explique Kris Gillis, car ce qui convient à une personne n'est pas forcément adapté à une autre. Cela peut même avoir l'effet inverse de ce qui était attendu en terme de santé." L'alimentation relève d'une histoire très personnelle. Qui nécessite un suivi sur mesure."On tient compte de la situation professionnelle, familiale, de l'activité sportive. S'il n'y avait qu'une méthode à suivre concernant la diététique, alors il n'y aurait qu'un livre standard. Mais la bible de la diététique n'existe pas."

Les professionnels de la santé… et les autres

Dans la sphère de l'alimentation fourmillent des informations de tout ordre. Personnalités médiatiques, magazines bien-être, coaches minceurs, nutritionnistes… Chacun dispense à l'envi ses conseils sur tel régime à adopter, tel aliment à bannir de son alimentation. Pas toujours facile, pour le grand public, de séparer le bon grain de l'ivraie. "Dans le milieu, on croise beaucoup de personnes se disant spécialistes et qui ne possèdent pas le regard scientifique nécessaire, explique le Dr Hubert. Le risque qu'ils ne fassent pas preuve du recul critique adéquat existe. Ça entraine un manque de discernement voire de l'extrémisme dans les informations données." En cas de doute concernant la personne à consulter, mieux vaut donc d'abord en parler avec son médecin traitant.