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Vie Quotidienne (5 avril 2012)


Les sentiers remis à l’honneur

La voie du dialogue

La meilleure façon de garantir l’avenir d’un sentier ou chemin vicinal consiste à… le piétiner. Comprenez : à le fouler le plus souvent possible, à l’arpenter dans tous les sens afin de démontrer qu’il est utile et utilisé. Cela dissuadera en douceur le candidat "accaparant" (souvent un voisin direct ou le propriétaire de l’assiette) de se l’approprier par voie administrative ou judiciaire. En effet, le régime bientôt en vigueur et plus favorable aux utilisateurs, ne prévoit pas pour autant une protection absolue des voies vicinales (1).

A l’asbl Sentiers.be, on insiste sur l’intérêt de tenter à tout prix de nouer le dialogue entre les acteurs concernés, car "le responsable de l’entrave à la circulation a souvent d’excellentes justifications de son comportement". Par exemple, le souhait d’éviter des déversements d’immondices près de sa propriété ou une vue plongeante sur son salon… Bref, éviter autant que possible le recours au juge de paix qui, même si cette solution est réputée "proche du citoyen", sera plus longue et fastidieuse que le déploiement de bonne volonté de part et d’autre. "Dans ce domaine, ajoute-t-on, agir en bonne intelligence avec les autorités compétentes constitue un atout décisif".

(1) Consulter, à ce sujet, la brochure "Sauver et promouvoir les sentiers. Mode d’emploi à l’usage de l’action locale", par D. Brusselmans et B. Lechat. Editions Etopia 2011, 56 p., de même que l’étude juridique complète de 150 p.

Infos : www.etopia.be – 081/22.58.48.

© Sentiers.be

Mal entretenus (lorsqu’ils le sont !), grignotés par les propriétés voisines ou les cultures agricoles, voire franchement entravés, les petits sentiers et chemins vicinaux sont pourtant censés profiter au plus grand nombre. Ils seront, très bientôt, mieux protégés en Wallonie.

L’été est encore loin mais, déjà, les amateurs de balades au grand air peuvent se réjouir. L’année 2012 sera celle de l’imprescriptibilité des voiries vicinales. Cela signifie, tout simplement, que les milliers de petits sentiers et chemins qui émaillent villes, villages et campagnes wallonnes resteront à la disposition du public quoi qu’il arrive. Ils ne pourront plus, comme c’est le cas pour quelques mois encore et depuis plus d’un siècle et demi, faire l’objet d’une appropriation automatique par leur voisin, du simple fait qu’ils ne sont pas utilisés depuis trente ans.

Une mini-révolution ? Sans aucun doute. Les voies vicinales - on distingue classiquement les "sentiers" et les "chemins" (1) - étaient les seuls biens prescriptibles du domaine public. Cette exception dans le droit belge sera sous peu révolue. Destiné à entrer en vigueur au plus tard en septembre prochain, le changement bénéficiera à tous les pratiquants de la mobilité "douce": promeneurs familiaux du dimanche, sportifs et randonneurs organisés (marches Adeps etc.), cyclistes et cavaliers, mouvements de jeunesse… Tous ces publics locaux pourront désormais circuler plus facilement par monts et par vaux, sans tomber sur un chemin soudainement bloqué par une clôture ou envahi de gravats.

Personne ne peut dire avec exactitude combien de voies vicinales sillonnent la Wallonie. Mais il y a des indicateurs sur l’ampleur du changement en cours. Ainsi, dans l’Entre Sambre et Meuse, l’asbl Sentiers.be s’est livrée, il y a quelques années, à une comparaison cartographique entre les chemins mentionnés dans quatre atlas communaux (des ouvrages presque bicentenaires, censés reprendre le tracé de toutes les voies vicinales et leur description topographique) et les chemins encore existants. Résultat : sur ce territoire de 380 kilomètres carrés (Cerfontaine, Florenne, Gerpinnes et Walcourt), 88 % des voies vicinales avaient disparu !

"En général, on a plus affaire à des dissuasions sournoises qu’à des fermetures brutales", souligne Christophe Danaux, fondateur et coordinateur de l’association. Des exemples ? Une culture ou une prairie qui rogne le chemin. Une haie qui n’est pas entretenue, délibérément ou par désinvolture. Des arbres morts qui rendent le passage impossible. Des panneaux de chasse mentionnant des interdictions d’accès ambiguës ou des dates de battue fantaisistes, etc. Le droit présente parfois quelques subtilités. Ainsi, un chemin peut parfaitement disposer d’une assiette privée (le "sol"), tout en offrant un droit d’usage ouvert à tous (la "servitude"). Un autre type de facteurs explique le triste état - voire l’abandon plus ou moins organisé - des petites voies pédestres : responsables de leur entretien, les communes voyaient – et voient encore souvent – d’un bon œil l’accaparement par le voisin: autant d’économies à réaliser, autant d’ouvriers communaux à affecter à d’autres tâches!

La fin de la prescriptibilité trentenaire ne s’inscrit pas seulement dans le contexte de la promotion des voies douces (Ravel). Elle illustre également la revalorisation du petit patrimoine, longtemps sacrifié sur l’autel de l’agriculture intensive (remembrement des terres) et de la mobilité à tout crin (densification du réseau, contournements routiers et autoroutiers, etc.). Replacé dans son contexte historique, ce patrimoine a souvent mille choses à raconter sur l’âme des lieux et le vécu des hommes. "Les sentiers forment la trame invisible de nos existences, commente Edgar Szoc, coordinateur de la perspective au centre d’études Etopia. Leur évidence trompeuse nous aveugle sur leur pérennité. Leur profusion apparemment sans limite nous incite dangereusement à les négliger". Depuis quelques années, les outils mis à la disposition des communes contribuant à les réhabiliter n’ont cessé de se multiplier: plans de mobilité (PCM), plans de développement rural (PCDR), plans de développement de la nature (PCDN), etc.

La réforme voulue par le législateur wallon ne s’arrêtera pas en si bon… chemin. La loi sur les voies communales (avril 1841 !) est promise à une révision en profondeur. Elle pourrait aboutir à la constitution d’un maillage plus cohérent, partout en Wallonie, alliant les voies vicinales et les voiries dites "innomées", non reprises dans les atlas. Cela passerait, notamment, par la numérisation complète de ces documents qui, à l’heure actuelle, se présentent encore souvent comme des collections de planches cartographiques et de tableaux jaunis par le temps, pleins de charme mais peu pratiques pour les candidats promeneurs. Faute de temps et de moyens, peu de communes se sont engagées, à l’heure actuelle, dans ce travail de numérisation fine. Les provinces, elles, viennent de terminer leur propre copie des atlas communaux et annoncent, pour la fin de cette année, une mise à disposition de leur travail pour le public (2).

// PHILIPPE LAMOTTE

(1) Le sentier est une voie étroite, d’une largeur inférieure à un mètre, permettant le croisement de piétons. Le chemin, lui, est plus large mais n’est pas aménagé pour autant pour la circulation des véhicules.

(2) L’adresse, encore indisponible, sera celle du nouveau géoportail du Service Public de Wallonie (SPW).

 Enfants et seniors à la rescousse
© Sentiers.be

Les 20 et 21 octobre prochains, Sentiers.be (1) organise son weekend annuel de "Rendez-vous sur les sentiers". Il s’agira, comme chaque année depuis 2006, d’inciter les particuliers, mais aussi les groupements locaux (sportifs, folkloriques, mouvements de jeunesse…) des communes intéressées, à réhabiliter les sentiers oubliés ou négligés de leur localité en collaboration avec les autorités. La démarche se veut participative : pas question d’imposer une action de l’extérieur mais bien d’inviter un maximum de personnes à promouvoir un réseau de voies vicinales toujours plus riche et ramifié, dans les villages mais aussi d’un village à l’autre. La présence des personnes âgées est particulièrement appréciée lors de ces journées, du fait de leur connaissance de ces voies souvent très anciennes et de leurs utilisateurs. Si certaines groupements y mettent en valeur leur patrimoine fraîchement réhabilité, d’autres en profitent pour faire pression sur leurs autorités afin qu’elles s’intéressent à nouveau à cet espace public négligé. Dans ce même état d’esprit participatif, Sentiers.be invite les classes scolaires à adopter un chemin ou un sentier communal et à l’entretenir avec la collaboration du personnel communal dans une optique de maintien de la biodiversité.

(1) Infos : www.sentiers.be - 081/39.07.11


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