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Seniors (6 mai 2004)


 

Quand la mémoire flanche

Le mot sur le bout de la langue, le code de la carte de banque que l’on mélange, le visage sur lequel on ne met pas de nom,... autant de situations qui sont le lot commun de nombreuses personnes de tous âges. Avoir des trous de mémoire n’est ni une fatalité liée à l’âge, ni un symptôme annonçant obligatoirement le pire.

 

Pourquoi oublie-t-on? En tout premier lieu, il faut savoir qu’un état dépressif, un choc émotionnel, la fatigue, le manque d’attention, un esprit préoccupé ou trop encombré... sont autant d’explications aux souvenirs qui se perdent ou restent introuvables. Nous ne retrouvons pas des choses que nous pensions avoir retenues parce que nous étions fatigués. Nous n’avons pas mis les bons indices et, finalement, nous n’avons pas mémorisé. Pour le Dr Moens, conseiller médical de l’UCP, nous n’avons pas constitué ce qu’on appelle des traces mnésiques : l’information n’étant plus dans notre cerveau, nous ne pouvons pas l’y retrouver. Parfois, nous croyons avoir oublié. En réalité, nous n’arrivons pas à retrouver l’information. Les spécialistes comparent notre mémoire à une bibliothèque, dont le cerveau serait le bibliothécaire, et le souvenir, un livre qui n’aurait pas été rangé au bon endroit : le bibliothécaire ne le trouve pas. En général, nous passons à autre chose. Mais le bibliothécaire, lui, continue de chercher. Quelques temps après, l’information nous revient au moment où nous nous y attendions le moins... Cependant cette recherche sera d’autant plus difficile que nous serons fatigués, stressés, inquiets. Ajoutons encore que l’alcool et certains médicaments sont également des “empêcheurs” de mémoire. Il semble donc que peu à peu une partie de nos souvenirs s’efface. Si nos neurones ne sont stimulés qu’une fois, la trace mnésique n’est plus jamais activée et s’estompe avec le temps tandis que faire régulièrement appel à ses souvenirs entretient la mémoire.

Se dire que les problèmes sont dus à l’âge, c’est renoncer un peu vite. De nombreux spécialistes l’assurent : améliorer sa mémoire est possible quel que soit son âge. Comment faire ? Un premier pas consiste à suivre un atelier mis sur pied par l’UCP, comme à Verviers, pour découvrir le phénomène complexe qu’est la mémoire (1). En novembre dernier, 14 personnes ont participé à 4 séances interactives pour apprivoiser la mémoire à l’aide d’exposés théoriques, de tests et d’exercices ainsi qu’une farde de documentation pour consolider les acquis à la maison. Est-ce utile ? Jugez-en à travers ces témoignages. Après la première réunion, Francine n’oublie pas de passer chez le cordonnier récupérer ses chaussures mais elle en repart sans sa précieuse farde de documentation ! Le brave cordonnier lui a téléphoné (grâce aux coordonnées inscrites à l’intérieur), jugeant qu’oublier de la documentation sur la mémoire était vraiment le signe que la personne en a grandement besoin. De nombreux participants ont vécu de telles situations, ce qui explique la peur diffuse envahissant la personne confrontée à une mémoire défaillante. Pour Marie-Jeanne, c’est rassurant de constater qu’elle n’est pas seule dans cette situation. Cette expérience lui a permis petit à petit de prendre du recul et même à rire d’elle-même. L’atelier n’apporte pas de recette miracle. Toutefois faire travailler ses neurones dans une ambiance conviviale, s’améliorer de séance en séance, est déjà bénéfique. Régine, par exemple, constatant que sa concentration a diminué, a décidé de ne plus faire deux choses à la fois, contrairement au passé où elle arrivait à gérer deux activités de front : ses possibilités de mémorisation s’en portent nettement mieux.

 

Grand étonnement, les seniors ont appris à ne plus multiplier les petits papiers, déposés partout où il faut et à développer plutôt des moyens mnémotechniques qui aident à se servir de la mémoire et non de béquilles qui font le travail à la place de la mémoire. Ah ! Et pour la liste des courses ménagères, comment procéder ? Vous pouvez continuer à noter au fur et à mesure les achats nécessaires. Néanmoins, pour activer votre mémoire, on conseille d’étudier la liste avant d’entrer dans le magasin et de ne l’utiliser que pour contrôler. Souvent, nous ne prenons pas la peine de stimuler notre mémoire. A l’atelier, les seniors ont notamment appris à se passer des fonctions mémoire du téléphone. Au lieu d’activer la touche, ils pensent au numéro avant de le composer. C’est une stimulation sans stress puisque la réponse se trouve dans l’appareil ! Le jeu de la rue est un exercice à la portée de tout le monde. Pensez à une rue commerçante que vous fréquentez régulièrement. Assis, fermez les yeux et visualisez cette rue en vous arrêtant aux différentes vitrines. Vous y parvenez sans problème, alors votre regard est très attentif. Il est possible d’aller plus loin, en essayant de “voir” le contenu des vitrines. Si vous n’y arrivez pas, à la prochaine occasion, observez bien les vitrines et refaites l’exercice.

 

Depuis cette expérience, cinq seniors de Verviers se retrouvent une fois par mois pour pratiquer des jeux de société qui font appel à la mémoire, à la concentration, à l’observation. Il y a les classiques comme les Memory, les jeux de lettres (Boggle), ou des jeux plus mystérieux (“Les fantômes doivent rentrer pour minuit ”). Les plus âgés viennent avec d’anciens jeux de carte, les plus jeunes apportent des jeux qu’ils pratiquent avec leurs petits-enfants. L’amitié s’est développée, le plaisir est présent à chaque rencontre.

 

Les amis de la mémoire

La concentration est capitale : pour bien mémoriser, il faut avant tout enregistrer correctement les informations qui nous arrivent de l’extérieur, et c’est d’autant plus difficile quand on a l’esprit ailleurs. Pour les spécialistes, toutes les stimulations visuelles, auditives, gustatives et olfactives activent la mémoire. Alors prenez des notes en vous concentrant sur ce que vous écrivez. Puis essayez de vous souvenir sans vous servir de cette aide. Consacrez un instant chaque soir à faire le point sur les temps forts de la journée passée et à anticiper celle du lendemain. Il faut avoir confiance en ses capacités et prendre l’habitude de structurer les activités, les pensées. Certains les écrivent, d’autres les visualisent ou les répètent à haute voix plusieurs fois. Enfin soyez présents à chaque moment dans ce que vous faites. Quant aux médicaments destinés à améliorer la mémoire et l’attention, ils n’ont pas suffisamment prouvé leur efficacité. À l’inverse, d’autres médicaments peuvent avoir un effet négatif sur la mémoire. Si, après un nouveau traitement, vous rencontrez des difficultés particulières, n’hésitez pas à en parler à votre médecin. Dans de nombreux cas, il pourra adapter le traitement. La mémoire se construit pendant le sommeil. Bien dormir est par conséquent nécessaire : des nuits trop courtes ainsi que l’apnée du sommeil sont néfastes.

Sachez encore que selon une étude anglaise, cultiver ses hobbies semble améliorer notablement les performances de la mémoire. Le Dr Moens incite aussi à se dépenser physiquement pour oxygéner son cerveau. Son dernier conseil est d’adopter une alimentation équilibrée et de boire car la déshydratation affecte les performances de la mémoire.

Élisabeth Hubert

 

(1) Les personnes intéressées par les ateliers mémoire peuvent se faire connaître en téléphonant à l’UCP: 02/246.46.76


 

Les cliniques de la mémoire

 

Entrer dans une pièce sans pouvoir se souvenir de ce que l’on vient y faire, cela arrive à tout le monde. Lorsque des troubles de mémoire inhabituels apparaissent et s’accompagnent éventuellement de tristesse, d’idées noires, d’anxiété, d’un sentiment de dévalorisation, d’un manque d’entrain, il faut consulter son médecin. Il pourra orienter vers un centre spécialisé. Les cliniques de la mémoire (1) ont été mises sur pied pour mesurer l’ampleur du trouble. Rassurez-vous, de nombreux candidats aux tests médicaux obtiennent d’excellentes performances, avec un résultat au moins égal à la moyenne. Le rôle des spécialistes est justement de démêler ce qui est pathologique de ce qui ne l’est pas. Ils peuvent par exemple dépister un début de maladie d’Alzheimer ou un état dépressif et ainsi disposer le plus tôt possible de stratégies thérapeutiques.

 

(1) Clinique de la mémoire des Cliniques universitaires Saint-Luc, tél.02/764.10.80


 

Alzheimer : les vrais signes

 

Afin de ne pas s’inquiéter inutilement ou, à l’inverse, passer à côté de la maladie, précisons que c’est la multiplication et la coexistence de ces signes qui doivent inquiéter l’entourage !

 

Nouvelles informations

Une personne atteinte d’Alzheimer mémorise difficilement de nouvelles informations. Elle pose plusieurs fois les mêmes questions puisqu’elle en oublie aussitôt les réponses. À l’opposé, la mémoire des événements anciens est généralement bien conservée.

 

L’égarement d’objets

Il nous arrive à tous d’égarer nos clés ou de ne plus savoir où l’on a garé la voiture. Un malade peut non seulement perdre des objets, mais également les ranger dans des endroits très farfelus, comme le sel dans le réfrigérateur ou la montre dans le sucrier.

 

Une désorientation dans l’espace et dans le temps

Il est fréquent qu’un patient souffrant d’Alzheimer se perde dans sa propre rue ou oublie en quelle année nous sommes. Il se met à enfiler trois chandails en plein été. L’usage des objets devient erroné : il utilise une paire de lunettes à la place de la fourchette, une paire de ciseaux pour écrire, etc. La personne emploie des mots inappropriés. Le discours devient ainsi incohérent. Des changements d’humeur et de comportement apparaissent souvent brutalement en alternant excitation, agressivité, irritabilité ou anxiété, avec inversement une absence d’émotion, une attitude de retrait, une indifférence ou une perte de plaisir.

 

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