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Seniors (6 mai 2010)


 

 

Isoler (son logement) ou s’isoler socialement?

Isoler son logement contre les pertes d’énergie : une approche qui rencontre un succès croissant. Reste à voir comment les aînés vivent ce qui ressemble parfois à une injonction de la société. L'UCP, mouvement social des aînés, a ouvert le débat.

 

© DPA-Reporters

Depuis le 1er mai dernier, les nouvelles primes wallonnes à l'énergie sont en vigueur (1). La priorité tous azimuts est l'isolation des logements. L’occasion rêvée, pour l’UCP, mouvement social des aînés, de consacrer à Saint Marc (Namur) un de ses petits-déjeuners d’échange autour du thème: “Faut-il être riche pour bien se loger et (s’) isoler durablement ?”

Autour de la table, deux “tuteurs énergie”, un représentant du ministre chargé de cette matière et le directeur de Caddiligence, une entreprise d’économie sociale spécialisée dans la livraison de repas aux personnes âgées. L’intervention de ce dernier pose implicitement la question suivante: quel est le sens d’isoler son logement si, parallèlement, la vie amène les plus âgés à sombrer dans l’isolement social ? “ Les gens que je rencontre ne veulent pas tellement rendre leur logement plus agréable ni plus efficace sur le plan énergétique, explique Paul Wuillaume. Leur priorité consiste à rester dans leurs meubles, sans chute ni accident. Un aléa de la vie les a plongés dans la solitude. Mais, dans une maison devenue trop grande, ils dépriment. En appartement, c’est plus facile : c’est la gestion d'immeuble qui prend les initiatives.”

 

Cap sur l'isolation

La Wallonie est une passoire énergétique : un toit sur deux n’y est pas isolé. A peine une toiture sur dix comporte les 16 à 17 centimètres d’isolant recommandés. Mais voilà : statistiquement, les gens qui ont bénéficié des réductions fiscales liées aux investissements énergétiques appartiennent aux groupes les plus aisés. De là, la toute récente modification du système d’aides publiques. “Le souci de l'énergie et de l'environnement ne peut aggraver la fracture sociale”, explique Bernard Monnier, conseiller au cabinet du ministre wallon de l'Energie. Le nouveau régime module le montant des primes selon les revenus, instaure le prêt à taux 0%, préfinance les primes, etc.

La réforme est saluée positivement. Les tuteurs énergie rappellent toutefois que beaucoup d’allocataires sociaux sont confrontés à des factures qui ont sensiblement augmenté depuis la libéralisation du marché de l’énergie. Même de micro-investissements économiseurs d'énergie leur sont impossibles. Quant aux occupants des logements sociaux, ils n’ont bien souvent qu’une marge de manœuvre extrêmement limitée pour réduire leur consommation : c’est la société gestionnaire qui décide des aménagements. Un tuteur énergie interroge: “Une fois les enfants partis, cela a-t-il du sens de continuer à occuper, à deux, 200 mètres carrés qu’il faut chauffer? Si l’on isole sa maison, ne faudrait-il pas réfléchir aux endroits les plus ‘rentables?’. Bref, redéfinir l’espace de vie à chauffer, quitte à revoir des habitudes quotidiennes…

Les questions des participants fusent. “Combien coûte un audit énergétique ? Comment changer de fournisseur de gaz? Y a-t-il une limite d’âge pour les primes ? (non)”. Des réflexions un brin amères, aussi : “au-delà de 65 ans, les banques ne veulent plus nous prêter”. “A notre âge, on n’est pas sûr de bénéficier des fruits de l’investissement”.  Un participant rappelle le bon temps où le mazout se payait… 1 franc le litre. Selon un autre, les entrepreneurs ne sont pas intéressés par les petits chantiers d’isolation.

 

Au fil des âges

Petit à petit, le débat s’engage sur les enjeux collectifs. Mener une politique de l'habitat “durable”, c'est créer des filières industrielles axées sur des produits d’isolation sains, écologiquement sûrs et locaux. La discussion aborde ensuite le prix, devenu prohibitif, des maisons de repos. “La société incite les vieux, à rester à domicile le plus longtemps possible, s’irrite une participante âgée. Mais on n’a pas le choix de toute façon ! Tout est trop cher…”. Une jeune assistante sociale se fait la porte-parole de sa génération : “Nous les jeunes, on ne parvient plus à trouver un logement décent, surtout avec des enfants.” Un monsieur âgé la coupe d'un conseil: “Construisez votre maison au plus vite, pour vos vieux jours!” La jeune travailleuse sociale est sceptique : qui, aujourd’hui, vit dans le même logement à 25 et 85 ans…?

Et le débat de s’engager sur un constat troublant : d’un côté, des personnes âgées incitées à rester le plus longtemps possible à leur domicile, celui-ci étant souvent disproportionné et coûteux à chauffer. De l’autre, des jeunes couples, des femmes seules avec enfants ou des familles, confrontés à la pénurie de logements et à l’inflation des loyers. Et s’il y avait urgence à créer un système innovant, moins rigide et moins obnubilé par la “brique dans le ventre”?

// Ph.L.

 

(1) Pour plus d'informations et conseils, rendez-vous dans un guichet de l'énergie, appelez le 078/150.006. ou surfez sur http://energie.wallonie.be

 


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