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Seniors (4 décembre 2008)


 

 

Les aînés restent des citoyens actifs

Si la retraite demeure encore pour certains un cap difficile à franchir, la majorité des (pré)pensionnés affichent aujourd’hui un emploi du temps plus que chargé… d’engagements professionnels et autres. L’expérience, la persévérance, l’audace, l’énergie caractérisent de nombreux investissements.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une fois à la (pré)retraite,

les aînés réalisent de nouveaux projets,

se remettent à étudier, s’investissent dans des mouvements sociaux comme bénévoles...

 

Imaginer de quoi sera fait le quotidien à la retraite est un exercice qui vaut la peine d’être tenté. Le moment venu, pour peu que les proches ou le conjoint exercent encore une activité professionnelle, les journées peuvent vite devenir longues et l’ennui s’installer pour longtemps. Bonjour la déprime. Les personnes qui se retrouvent seules du jour au lendemain ressentent isolement et abandon à ce moment précis. Plus d’une vient alors à regretter la journée de huit heures assortie des contacts avec les collègues. La vie ne vaut-elle pas mieux que cela?

Construire son avenir, se préparer à vivre de nouvelles aventures s’avère bénéfique et loin de relever de l’exploit. Démonstration.

 

Ils se redéployent
dans une activité lucrative…

Jean-Michel, enseignant de 56 ans, prépare sa préretraite depuis deux années déjà. Après plus de 25 ans de service comme instituteur dans l’enseignement spécialisé, il se réoriente une première fois pour officier dans la formation professionnelle pour adultes en situation de handicap. Trois ans plus tard, il réintègre l’enseignement afin de bénéficier de la préretraite qui lui permettra dès septembre 2009 de se consacrer à deux de ses passions, qu’il compte bien rentabiliser: d’une part la menuiserie pour laquelle il se forme en cours du soir depuis plusieurs années et d’autre part, une bouquinerie qu’il mène de longue date en amateur avec son épouse, passionnée, elle aussi de littérature. “A mon âge, dit-il, j’ai envie de me réaliser pleinement avec le moins de contraintes possibles, non pas que je renie ce que j’ai fait auparavant, non, bien sûr, mais avec l’âge et l’expérience j’ai changé. J’ai envie de réaliser un certain nombre de projets pour lesquels je me sens enfin mûr aujourd’hui!”. Martine, 58 ans, jeune secrétaire prépensionnée, s’apprête à se lancer comme conseillère conjugale. L’activité lui plaît pour l’écoute qu’elle a patiemment développée pendant un cursus certificatif qu’elle terminera dans quelques mois. “Il y a une chose que je n’avais pas prévu… je ne pensais pas que quitter mon emploi m’affecterait autant. J’ai une boule dans la gorge en permanence, à tel point que je reporte mon nouveau projet professionnel, de jour en jour… Il m’est impossible de franchir le pas pour l’instant. Je reste à la case départ alors que tout était prévu dans ma tête depuis plusieurs années. Maintenant, c’est la confusion et le désarroi…”.

 

… ou se mettent au service
d’une association

Marie, assistante sociale, s’est reconvertie à 62 ans dans le bénévolat comme écoutante dans une association d’aides et de soutien. Elle offre son savoir-faire, une soirée par semaine, depuis bientôt 6 ans. “Je ne me voyais pas grand-mère à temps plein, ni femme au foyer vingt-quatre heures sur vingt-quatre, d’ailleurs… Je souhaitais continuer à mettre mes compétences au service d’autres. J’ai choisi de m’investir dans une association dont l’objet social correspond à mes aspirations profondes. C’est une décision que je n’ai jamais regrettée. Je pense que cette activité régulière s’est imposée tout naturellement, parce qu’elle s’insère dans un parcours actif et engagé et qu’elle a du sens pour la femme que je suis aujourd’hui. C’est très enrichissant! C’est ma façon à moi de garder un équilibre indispensable entre ma vie en famille et l’épanouissement avec d’autres… A l’extérieur”. Pour Jacques, tout s’est joué vers soixante ans. Sa découverte de l’Art Nouveau l’a transformé. Il s’inscrit immédiatement en tourisme avec pour objectif de devenir guide touristique. Au terme de sa formation, quelque peu déçu, il en suit une seconde qui lui permet de rejoindre une association organisatrice de circuits thématiques à travers toute la capitale. “J’ai dû réapprendre à étudier. Je me disais, bon sang, que de conneries on nous fait ingurgiter. J’avais le sentiment de passer à côté de choses essentielles…On emmerde les gens avec des détails qui ne leur servent à rien… Je me suis accroché. Je voulais y arriver. Reprendre des études c’était pas facile mais j’en tire une grande fierté aujourd’hui. Chaque nouveau circuit représente un défi véritable. Recherche d’informations, composition de l’itinéraire, à chaque fois un nouveau groupe à gérer… Cela représente un boulot considérable et un véritable bonheur à chaque fois. A côté de cela, mes petits-enfants m’occupent pas mal et les lundis soirs sont réservés à taper la carte avec les copains. Elle est pas belle la vie?”. Michel, 78 ans et volontaire dans une association, vient de remettre sa démission en tant que trésorier à Jules un ancien expert comptable… de nonante trois ans ! “J’ai presque honte de refiler la patate chaude à un plus âgé que moi, mais il était tellement content de trifouiller à nouveau dans les chiffres que je ne m’en fais plus. Je sais désormais que la comptabilité est dans de bonnes mains!”.

 

Ne rien prévoir de précis

et rebondir malgré tout

Ceux qui n’anticipent pas l’après retraite sont-ils moins heureux que les autres?

Pas forcément appuie Jean qui, après une restructuration au sein de sa banque, décide à 56 ans d’entamer

un contrat d’apprentissage pour enfin se consacrer entièrement à la cuisine. “Avec mes indemnités, j’ai pu m’offrir mon rêve de jeunesse, je voulais être cuisinier et après un détour de presque 35 ans par la banque, je peux enfin me permettre un revirement de 360 degrés. Il était temps. J’allais imploser. Plus j’avançais en âge et plus le fossé entre mon désir profond de me retrouver en cuisine et mon travail gagne-pain me devenait difficilement supportable. La restructuration brutale, difficile à encaisser dans un premier temps, m’a permis de rebondir presque immédiatement et je me sens tellement mieux en accord avec moi-même aujourd’hui. Comment ais-je pu vivre dans la contrariété toutes ces années. Je crois qu’à 80 ans je serai toujours aux fourneaux et ce n’est pas ma femme qui s’en plaindra!”. Armand a, lui, pris sa retraite au printemps 1978. Aujourd’hui à nonante cinq ans, il prépare les repas pendant que son épouse jardine. Passionné de mathématiques, il relit ses manuels régulièrement et approfondit quotidiennement ses connaissances en environnement. “Les exercices de math me permettent de continuer à mémoriser et réfléchir comme autrefois. Seules mes jambes ne suivent pas le rythme de ma tête, mais je préfère ça que l’inverse”. Assis confortablement dans son fauteuil installé entre la fenêtre et sa bibliothèque, Armand garde un œil sur Madeleine… Et leur petit coin de terre! 

 

Suivre le mouvement ou l’orienter

Au terme d’une vie professionnelle souvent bien remplie, les enfants élevés, le temps libéré amène des aînés à rejoindre des mouvements sociaux dans lesquels ils peuvent rencontrer des pairs et s’investir dans des actions collectives. L’UCP, mouvement social des aînés, bénéficie de l’enthousiasme et des compétences d’aînés désireux de s’impliquer dans la vie associative pour contribuer à un mieux vivre ensemble. Ils sont les porte-voix infatigables de ceux que l’on n’entend pas ou peu. Ainsi, ils investissent les commissions thématiques, défendent les droits des seniors dans les conseils consultatifs communaux d’aînés. Endossent également des mandats dans bon nombre d’instances consultatives et décisionnelles pour la défense des points de vue non seulement des aînés, mais aussi des autres générations. Que ce soit pour une meilleure mobilité, les causes du développement durable ou encore l’information et l’adaptation de lieux de vie, la santé, l’accès à la culture, la connaissance des nouvelles technologies, la liaison des pensions au bien-être… Ne vous y fiez pas, quand ils ont un os, ils le rongent jusqu’à la moelle, défendant leurs dossiers bec et ongles! Ils sont des négociateurs redoutables.

 

Une vie qui a du sens

Ces quelques exemples de parcours singuliers démontrent le dynamisme et la recherche de sens dont font preuve nombre de jeunes retraités actifs, seniors, aînés de tous crins, qui même très âgés souhaitent encore et encore écrire l’histoire de leur vie… Qu’ils ne veulent pas banale.

L’UCP, mouvement social des aînés, affirme haut et fort que les aînés sont un plus, pas un poids !

Anne Jaumotte

UCP, mouvement social

des aînés

 Volontaire à tout âge
Plus d’un million deux cent mille Belges donnent de leur temps dans une ou plusieurs associations pour la (très) bonne raison que l’objet social et les missions rejoignent les valeurs qu’ils entendent défendre. Secours aux plus démunis, combat contre l’échec scolaire, aides au transport de malades, organisation de restos du cœur, encadrement logistique de clubs sportifs, visites de malades, animations au sein des maisons de repos…  sont quelques exemples d’une kyrielle d’activités socialement utiles investies par les aînés au même titre que les autres générations. Ces milliers de projets associatifs questionnent les solidarités sans lesquelles ces initiatives ne peuvent tenir le coup. Au total, des bonus considérables pour l’ensemble de la société et autant de solutions possibles à glaner pour ceux qui s’ennuient, ne savent que faire ou pire se sentent inutiles! Dès lors, la vision discriminatoire et tronquée que nous donnons des aînés lorsque nous ne lions leur sort qu’aux coûts liés au vieillissement (coût des pensions et des prépensions, des soins de santé, de l’accompagnement de la dépendance)… devient tout à fait ridicule et injustifiée.

 


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