Imaginer
de quoi sera fait le quotidien à la retraite est un exercice qui vaut la
peine d’être tenté. Le moment venu, pour peu que les proches ou le conjoint
exercent encore une activité professionnelle, les journées peuvent vite
devenir longues et l’ennui s’installer pour longtemps. Bonjour la déprime.
Les personnes qui se retrouvent seules du jour au lendemain ressentent
isolement et abandon à ce moment précis. Plus d’une vient alors à regretter
la journée de huit heures assortie des contacts avec les collègues. La vie
ne vaut-elle pas mieux que cela?
Construire son avenir,
se préparer à vivre de nouvelles aventures s’avère bénéfique et loin de
relever de l’exploit. Démonstration.
Ils se redéployent
dans une activité lucrative…
Jean-Michel, enseignant
de 56 ans, prépare sa préretraite depuis deux années déjà. Après plus de 25
ans de service comme instituteur dans l’enseignement spécialisé, il se
réoriente une première fois pour officier dans la formation
professionnelle pour adultes en situation de handicap. Trois ans plus tard,
il réintègre l’enseignement afin de bénéficier de la préretraite qui lui
permettra dès septembre 2009 de se consacrer à deux de ses passions, qu’il
compte bien rentabiliser: d’une part la menuiserie pour laquelle il se forme
en cours du soir depuis plusieurs années et d’autre part, une bouquinerie
qu’il mène de longue date en amateur avec son épouse, passionnée, elle aussi
de littérature. “A mon âge, dit-il, j’ai envie de me réaliser
pleinement avec le moins de contraintes possibles, non pas que je renie ce
que j’ai fait auparavant, non, bien sûr, mais avec l’âge et l’expérience
j’ai changé. J’ai envie de réaliser un certain nombre de projets pour
lesquels je me sens enfin mûr aujourd’hui!”. Martine, 58 ans, jeune
secrétaire prépensionnée, s’apprête à se lancer comme conseillère conjugale.
L’activité lui plaît pour l’écoute qu’elle a patiemment développée pendant
un cursus certificatif qu’elle terminera dans quelques mois. “Il y a une
chose que je n’avais pas prévu… je ne pensais pas que quitter mon emploi
m’affecterait autant. J’ai une boule dans la gorge en permanence, à tel
point que je reporte mon nouveau projet professionnel, de jour en jour… Il
m’est impossible de franchir le pas pour l’instant. Je reste à la case
départ alors que tout était prévu dans ma tête depuis plusieurs années.
Maintenant, c’est la confusion et le désarroi…”.
… ou se mettent au service
d’une association
Marie, assistante
sociale, s’est reconvertie à 62 ans dans le bénévolat comme écoutante dans
une association d’aides et de soutien. Elle offre son savoir-faire, une
soirée par semaine, depuis bientôt 6 ans. “Je ne me voyais pas grand-mère
à temps plein, ni femme au foyer vingt-quatre heures sur vingt-quatre,
d’ailleurs… Je souhaitais continuer à mettre mes compétences au service
d’autres. J’ai choisi de m’investir dans une association dont l’objet social
correspond à mes aspirations profondes. C’est une décision que je n’ai
jamais regrettée. Je pense que cette activité régulière s’est imposée tout
naturellement, parce qu’elle s’insère dans un parcours actif et engagé et
qu’elle a du sens pour la femme que je suis aujourd’hui. C’est très
enrichissant! C’est ma façon à moi de garder un équilibre indispensable
entre ma vie en famille et l’épanouissement avec d’autres… A l’extérieur”.
Pour Jacques, tout s’est joué vers soixante ans. Sa découverte de l’Art
Nouveau l’a transformé. Il s’inscrit immédiatement en tourisme avec pour
objectif de devenir guide touristique. Au terme de sa formation, quelque peu
déçu, il en suit une seconde qui lui permet de rejoindre une association
organisatrice de circuits thématiques à travers toute la capitale. “J’ai
dû réapprendre à étudier. Je me disais, bon sang, que de conneries on nous
fait ingurgiter. J’avais le sentiment de passer à côté de choses
essentielles…On emmerde les gens avec des détails qui ne leur servent à
rien… Je me suis accroché. Je voulais y arriver. Reprendre des études
c’était pas facile mais j’en tire une grande fierté aujourd’hui. Chaque
nouveau circuit représente un défi véritable. Recherche d’informations,
composition de l’itinéraire, à chaque fois un nouveau groupe à gérer… Cela
représente un boulot considérable et un véritable bonheur à chaque fois. A
côté de cela, mes petits-enfants m’occupent pas mal et les lundis soirs sont
réservés à taper la carte avec les copains. Elle est pas belle la vie?”.
Michel, 78 ans et volontaire dans une association, vient de remettre sa
démission en tant que trésorier à Jules un ancien expert comptable… de
nonante trois ans ! “J’ai presque honte de refiler la patate chaude à un
plus âgé que moi, mais il était tellement content de trifouiller à nouveau
dans les chiffres que je ne m’en fais plus. Je sais désormais que la
comptabilité est dans de bonnes mains!”.
Ne rien prévoir de précis
et rebondir malgré tout
Ceux qui n’anticipent
pas l’après retraite sont-ils moins heureux que les autres?
Pas forcément appuie
Jean qui, après une restructuration au sein de sa banque, décide à 56 ans
d’entamer
un contrat
d’apprentissage pour enfin se consacrer entièrement à la cuisine. “Avec
mes indemnités, j’ai pu m’offrir mon rêve de jeunesse, je voulais être
cuisinier et après un détour de presque 35 ans par la banque, je peux enfin
me permettre un revirement de 360 degrés. Il était temps. J’allais imploser.
Plus j’avançais en âge et plus le fossé entre mon désir profond de me
retrouver en cuisine et mon travail gagne-pain me devenait difficilement
supportable. La restructuration brutale, difficile à encaisser dans un
premier temps, m’a permis de rebondir presque immédiatement et je me sens
tellement mieux en accord avec moi-même aujourd’hui. Comment ais-je pu vivre
dans la contrariété toutes ces années. Je crois qu’à 80 ans je serai
toujours aux fourneaux et ce n’est pas ma femme qui s’en plaindra!”.
Armand a, lui, pris sa retraite au printemps 1978. Aujourd’hui à nonante
cinq ans, il prépare les repas pendant que son épouse jardine. Passionné de
mathématiques, il relit ses manuels régulièrement et approfondit
quotidiennement ses connaissances en environnement. “Les exercices de
math me permettent de continuer à mémoriser et réfléchir comme autrefois.
Seules mes jambes ne suivent pas le rythme de ma tête, mais je préfère ça
que l’inverse”. Assis confortablement dans son fauteuil installé entre
la fenêtre et sa bibliothèque, Armand garde un œil sur Madeleine… Et leur
petit coin de terre!
Suivre le mouvement ou l’orienter
Au terme d’une vie
professionnelle souvent bien remplie, les enfants élevés, le temps libéré
amène des aînés à rejoindre des mouvements sociaux dans lesquels ils peuvent
rencontrer des pairs et s’investir dans des actions collectives. L’UCP,
mouvement social des aînés, bénéficie de l’enthousiasme et des compétences
d’aînés désireux de s’impliquer dans la vie associative pour contribuer à un
mieux vivre ensemble. Ils sont les porte-voix infatigables de ceux que l’on
n’entend pas ou peu. Ainsi, ils investissent les commissions thématiques,
défendent les droits des seniors dans les conseils consultatifs communaux
d’aînés. Endossent également des mandats dans bon nombre d’instances
consultatives et décisionnelles pour la défense des points de vue non
seulement des aînés, mais aussi des autres générations. Que ce soit pour une
meilleure mobilité, les causes du développement durable ou encore
l’information et l’adaptation de lieux de vie, la santé, l’accès à la
culture, la connaissance des nouvelles technologies, la liaison des pensions
au bien-être… Ne vous y fiez pas, quand ils ont un os, ils le rongent
jusqu’à la moelle, défendant leurs dossiers bec et ongles! Ils sont des
négociateurs redoutables.
Une vie qui a du sens
Ces quelques exemples de
parcours singuliers démontrent le dynamisme et la recherche de sens dont
font preuve nombre de jeunes retraités actifs, seniors, aînés de tous crins,
qui même très âgés souhaitent encore et encore écrire l’histoire de leur
vie… Qu’ils ne veulent pas banale.
L’UCP, mouvement social
des aînés, affirme haut et fort que les aînés sont un plus, pas un poids !
Anne
Jaumotte
UCP,
mouvement social
des
aînés
|
Volontaire à tout âge |
|
Plus
d’un million deux cent mille Belges donnent de leur temps dans une
ou plusieurs associations pour la (très) bonne raison que l’objet
social et les missions rejoignent les valeurs qu’ils entendent
défendre. Secours aux plus démunis, combat contre l’échec scolaire,
aides au transport de malades, organisation de restos du cœur,
encadrement logistique de clubs sportifs, visites de malades,
animations au sein des maisons de repos… sont quelques exemples
d’une kyrielle d’activités socialement utiles investies par les
aînés au même titre que les autres générations. Ces milliers de
projets associatifs questionnent les solidarités sans lesquelles ces
initiatives ne peuvent tenir le coup. Au total, des bonus
considérables pour l’ensemble de la société et autant de solutions
possibles à glaner pour ceux qui s’ennuient, ne savent que faire ou
pire se sentent inutiles! Dès lors, la vision discriminatoire et
tronquée que nous donnons des aînés lorsque nous ne lions leur sort
qu’aux coûts liés au vieillissement (coût des pensions et des
prépensions, des soins de santé, de l’accompagnement de la
dépendance)… devient tout à fait ridicule et injustifiée. |