Jeunes (1er juin 2006)
Adolescence
Découvrir l'amour et la
sexualité
L'adolescence conduit le jeune de l'enfance à l'âge adulte. Le corps se
transforme. Une nouvelle identité se construit. L'ado se cherche de
nouveaux points de repères hors de la cellule familiale. Il s'éveille à
la sensualité et à la sexualité. Martine Goffin, psychothérapeute et
psychanalyste au département adolescents et jeunes adultes du Service de
Santé Mentale Chapelle-aux-Champs nous apporte son éclairage.
En marche
: Comment les
adolescents vivent-ils leurs premières rencontres amoureuses ?
Martine Goffin : Les adolescents vivent
souvent l’état amoureux sur le mode de la passion. La relation amoureuse
peut durer une journée, plusieurs années, voire toute la vie. Ce qui
fait la richesse de l’adolescent, c’est que les choses ne se fixent pas,
mais se cherchent. Le jeune peut vivre des choses très intenses qui
peuvent retomber rapidement. Cette intensité est nécessaire pour pouvoir
en retirer les éléments essentiels à la construction, par la suite,
d’une relation riche qui va tenir la route. Au début, toute relation
amoureuse est toujours très fusionnelle. Dans la durée, le couple va
pouvoir s’appuyer sur cette fusion. Mais il ne faudrait pas que cette
fusion s’éternise et que le couple se referme sur lui-même en se coupant
du monde entier. Dans un couple fusionnel, on voit l’autre comme étant
un double de soi ou on voit dans l’autre la réponse à ce qui nous
manque. C’est une sorte de complétude. Mais c’est un leurre de croire
que l’autre va pouvoir combler totalement ce qui nous manque. Pourtant,
c’est bien là-dessus que s’appuie la relation amoureuse. Passé le temps
de fusion, il y a un moment de désillusion où on découvre l’autre avec
ses manques. C’est cet écart qu’il faut apprendre à supporter dans une
relation pour qu’elle puisse durer.
EM :
Aujourd’hui, quel est l’âge
moyen des premiers rapports sexuels ?
MG : L’âge moyen des premiers rapports
sexuels n’a pas changé. Ce qui a changé, ce sont les écarts par rapport
à cet âge moyen. Il y a des jeunes qui vivent leur première expérience
sexuelle de plus en plus tôt. Par contre, un nombre croissant
d’adolescentes retardent le moment de la première relation sexuelle et
ont des difficultés à faire une rencontre, à cause du contexte de
banalisation de l’acte sexuel. En effet, la société véhicule l’image
d’une sexualité utilisée comme un objet de consommation. Cela entraîne
pour certaines filles le refus d’être un objet sexuel et d’entrer dans
cette logique marchande.
EM : La conception de la relation amoureuse
est-elle la même pour les filles et les garçons ?
MG
: En général, le garçon accède au
sentiment amoureux à travers la relation physique. La fille, quant à
elle, accède à la rencontre physique par le sentiment amoureux. On
constate donc une dissymétrie dans la rencontre entre la fille et le
garçon. Il s’agit d’une dissymétrie essentielle dans les rapports entre
les hommes et les femmes.
Par ailleurs,
les filles ont très souvent le sentiment qu’il y a quelque chose à
donner absolument au garçon et qu’il faut passer par les rapports
sexuels pour garder un garçon. Elles ont du mal à se soustraire au désir
de l’autre, ce qui les piège dans la sexualité. Le discours social
ambiant accentue encore davantage cette disponibilité des femmes.
EM
: Quel rôle les parents
peuvent-ils jouer par rapport à la sexualité de leurs enfants ?
MG : Je suis très sceptique sur le fait
que les parents puissent avoir un rôle à jouer dans l’accès à la
sexualité et à la vie amoureuse de leurs ados. En prenant soin de leurs
enfants dès le plus jeune âge, à travers leurs gestes, leurs
comportements, la manière dont ils ont respecté le corps de leur enfant,
les parents ont déjà fait passer toute une série de choses.
Au moment de
l’adolescence, le mieux qu’aient à faire les parents, c’est d’être à
l’écoute de l’adolescent si celui-ci a envie de parler. Cependant, une
intimité doit être respectée par rapport à ce qu’on peut se dire entre
parents et enfants. A un moment donné, il vaut mieux qu’on ne se dise
plus tout. Je sais que cela va à l’encontre du principe actuel prônant
la communication selon laquelle tout doit se dire, s’entendre, se
savoir. Mais cela fait des dégâts. Le respect de l’intimité et de la
frontière entre les générations favorise le fait que l’ado se prenne en
charge, se respecte, comprenne la valeur de son histoire personnelle,
sans être dans un collage avec ses parents. La construction de
l’intimité est essentielle et commence déjà avant l’adolescence. Les
parents ont aussi à être respectueux du fait que tout ne leur revient
pas et ne leur appartient pas.
EM :
Comment les parents
peuvent-ils réagir lorsque leur fille émet le désir de prendre la
pilule contraceptive ?
MG : D’une manière générale, le
jeune s’arrange pour vivre sa sexualité sans en informer ses parents. Il
faut savoir que derrière la demande banale d’un comprimé ou d’une
pilule, il y a tout autre chose qui est en train de se dire. La jeune
fille vient dire à ses parents qu’elle est adolescente, qu’elle a une
sexualité et qu’elle veut la vivre. Parfois, elle vient presque demander
à ses parents l’autorisation de grandir et de pouvoir vivre sa
sexualité.
Les jeunes
veulent entendre quels sont les repères et les valeurs de leurs parents.
Il ne faut pas éviter ce débat en répondant trop vite par oui ou non à
la demande de pilule. Les parents doivent pouvoir dire ce qu’ils pensent
et quelles sont leurs valeurs. C’est surtout l’occasion pour les parents
de transmettre quelque chose de ce qui les fonde, eux.
EM :
Comment les adolescents
envisagent-ils leur avenir? Rêvent-ils leur future vie de couple ?
MG : Le rêve est un travail
d’élaboration psychique fondamental. Le jeune se projette dans l’avenir
et essaie d’anticiper ce qu’il sera. De nos jours, de nombreux
adolescents ont énormément de mal à se penser dans l’avenir, à penser
leur avenir. Pour certains, il devient compliqué de rêver. Ce que
j’entends de plus en plus chez les adolescents, c’est leur difficulté à
quitter le cocon familial. Les parents, en étant toujours à l’écoute, en
choyant leurs enfants, en acceptant que le petit couple vienne nidifier
à la maison, ne donnent pas envie au jeune de quitter la maison et
compliquent le passage vers l’autonomie. La construction d’un couple et
les relations sexuelles font partie des choses qui donnent accès au
stade adulte et à l’autonomie. Les parents n’ont pas à favoriser
l’installation de jeunes couples chez eux. Accepter cela, c’est leur
faire rater une étape importante.
On constate
également que les jeunes ont du mal à s’engager dans le couple. La
logique de la société actuelle veut que l’on puisse tout consommer dans
l’immédiat, profiter de tout, que la liberté est totale et que nos actes
sont sans conséquences. Dans ce sens, notre société n’encourage plus
l’engagement, lequel suppose aussi le renoncement à certaines choses.
Un autre
élément venant mettre les ados en difficulté se rapporte à l’attitude de
parents divorcés qui se remettent à avoir des rencontres amoureuses. Le
jeune voit alors son père ou sa mère comme il ne les voyait plus,
c'est-à-dire en plein émoi amoureux. Dans la tête des jeunes, les
parents leur apparaissent comme relativement désexualisés et assagis.
L’adolescent, déjà tellement éveillé par ses propres émois pulsionnels,
et qui voit ces mêmes émois chez ses parents peut en être très perturbé.
Quand les parents redeviennent ados, ils risquent d’effacer la
différence entre les générations et c’est comme si les jeunes ne
pouvaient pas accéder à leur sexualité ni à leur tranche d’âge. Les
repères sont tout à fait faussés, cela crée des pannes chez les jeunes.
EM :
Enfin, quel conseil pouvez-vous
donner aux parents d’adolescents ?
MG
: Je leur dirais de se faire le
plus discret possible, afin que le jeune puisse faire son chemin. Les
parents ont à rester à l’écoute de leurs ados, mais pas trop, car tout
n’est pas à dire. Il ne faut surtout pas être intrusif dans l’intimité
du jeune, mais il est important de baliser les choses et de s’autoriser
à la confrontation, à dire non quand on pense non, même si on passe pour
ringard.
Propos recueillis par Colette Barbier
L'entrée dans l’adolescence…
Classiquement, on définit l’entrée dans l’adolescence par
l’irruption de la puberté, laquelle consiste en la transformation du
corps de l’enfant pour devenir un corps adulte. Ces transformations
physiques viennent perturber complètement l’identité que l’enfant
avait de lui-même. Les adolescents passent d’ailleurs beaucoup de
temps à se regarder dans le miroir parce qu’ils doivent se
réapproprier une image devenue étrangère à celle qu’ils avaient
d’eux-mêmes.
D’autre
part, le jeune se découvre un appareil génital lui permettant
d’assurer la sexualité génitale et de procréer. L’adolescent est
donc traversé par un émoi pulsionnel entraînant un questionnement
intense sur lui-même, sur ce qu’il recherche, sur le sens de la vie,
de la mort, sur son identité de futur homme ou de future femme.
On parle
de crise d’adolescence parce que l’irruption de la puberté fait
vaciller l’équilibre antérieur de l’enfant. Il va devoir effectuer
un travail d’élaboration psychique pour apprendre à canaliser tout
ce qui déborde et trouver le moyen de stabiliser les choses. Dans ce
mouvement pubertaire, l’adolescent commence à s’appuyer sur ses
propres repères et non plus seulement sur ceux que lui ont transmis
ses parents. Pour cela, il va chercher de nouveaux repères à
l’extérieur de la cellule familiale.
Pour en savoir plus…
L'Association Parole d'enfants organise le jeudi 27 et
vendredi 28 avril 2006 un colloque consacré à la
sexualité des jeunes intitulé : "De Blanche Neige à Lara
Croft… Quand la sexualité des jeunes en difficulté bouscule
les professionnels". Les professionnels travaillant avec
des adolescents sont souvent confrontés à la gestion des
comportements sexuels de ces jeunes. Au-delà d’un certain
embarras à aborder le sujet avec les jeunes, les
intervenants se retrouvent également face à bon nombre de
questions et de doutes. Qu’est-ce qui fait partie du
développement sexuel normal du jeune ? A partir de quel
moment un comportement est-il inquiétant ? Quelle réaction
les adultes doivent-ils avoir ? Comment respecter l’intimité
du jeune tout en restant attentif à ce qui pourrait le
mettre en danger ou mettre en danger les autres ? Autant de
questions auxquelles les nombreux intervenants à ce colloque
(organisé avec le soutien de la Mutualité chrétienne)
tenteront de répondre.
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Lieu
: Palais des Congrès de Liège
Rens.: Parole d'enfants :
04/223.10.99, info@parole.be
- www.parole.be