Sachons qu'un enfant de 1 an dort en moyenne, siestes comprises, 14-15
heures par jour. Ce nombre d'heures de sommeil est loin d'être une norme
universelle. À cet âge, les écarts entre enfants sont importants, encore
plus que durant les premiers mois de vie. La durée de sommeil normale de
votre enfant est celle qui lui permet de ne pas être fatigué la journée.
Il y a les couche-tôt et les couche-tard, les lève-tôt, les lève-tard...
S'obstiner à le mettre au lit à une heure qui ne correspond pas du tout
à son rythme ne sert donc pas à grand-chose. De même, si vous dépassez le
moment où il est mûr pour aller dormir, vous aurez encore plus de mal
ensuite. Il a besoin de repères et vous avez besoin de soirées calmes et
décontractées.
Est-ce que le sommeil de l'enfant peut être réparateur même s'il se
réveille plusieurs fois la nuit ? Ce qui est sûr, c'est que les parents,
eux, dorment mal. Il faut savoir que "(…) un enfant normal se réveille
– et se rendort – spontanément cinq à sept fois par nuit. Ces éveils sont
brefs, ne durent que quelques secondes ou quelques minutes pendant
lesquelles l'enfant ouvre les yeux, suce sa tétine ou son pouce, bouge
dans son lit, pousse des petits cris ou pleure. L'enfant s'endort tout
seul et ne garde aucun souvenir de ces "micro-réveils"" (1).
Mais les parents, babyphone branché, ont alors tendance à intervenir.
En agissant ainsi de manière répétée, le sommeil de l'enfant est troublé.
Il perd de son autonomie car les incursions de sa maman ou de son papa
dans son univers nocturne feront désormais partie des conditions qui lui
seront nécessaires pour retrouver son sommeil. Ce sera devenu sa norme, en
somme…
Les nuits parentales hachées sont loin d'être des cas isolés.
"Plusieurs travaux réalisés en Europe et aux États-Unis révèlent que près
de 25 % des nourrissons s'éveillent fréquemment la nuit entre l'âge de 6
mois et de 1 an. La fréquence s'élève à 50 % chez les nourrissons qui sont
allaités. Entre l'âge de 1 et 2 ans, 20 % des enfants s'éveillent encore
fréquemment la nuit (…)" (1).
Ces réveils nocturnes ou soirées chahutées pèsent. Les parents se
sentent happés dans un engrenage qui leur échappe totalement. Quand on
entend son enfant pleurer la nuit, on pense aux voisins, à la grand-mère
ou à la grande sœur qui risquent d'être réveillés. Parfois, on a peur pour
son enfant. S'il pleure, c'est qu'il est en détresse, comment ne pas aller
à son secours ? Est-il en danger ? De quoi ? Que risque-t-il de se passer
si l'un ou l'autre parent n'accourt pas ? L'enfant se croira-t-il
abandonné ? Abandonné à quoi, à qui ? Comment laisser son enfant seul
alors qu'on est tant impressionné par ces plaintes nocturnes, voire quasi
en état de choc ? Cela peut être l'occasion de regarder d'un peu plus près
nos vieux fantômes…
Ces difficultés de sommeil ont souvent des répercussions sur le
fonctionnement familial. Le couple peut se rassembler autour de cette
préoccupation ou, au contraire, se déchirer. Les divergences de vue
éventuelles peuvent remplir une relation qui passe par un creux. Parfois,
ces réveils nocturnes épuisent tellement qu'ils assomment l'esprit, ne
laissant pas l'opportunité de penser à autre chose. Une fatigue peut
distraire de difficultés professionnelles par exemple. En focalisant
l'attention des parents, ils peuvent permettre à un autre enfant dans la
famille de prendre un peu le large. De nombreux exemples pourraient encore
être donnés, liés à l'histoire de chaque famille.
Aider l'enfant à gérer lui-même son sommeil, ce n'est pas l'abandonner
ou le traumatiser, c'est le reconnaître capable de le faire, capable de
grandir. Il n'est jamais trop tard pour changer des mauvaises habitudes.
Vous avez droit à de bonnes nuits et lui aussi, expliquez-le lui.
Instaurez les changements en douceur si cela vous semble trop brutal de ne
plus vous lever du jour au lendemain. Donnez une réserve de bisous à son
doudou adoré, privilégiez les rituels. Faites-en de véritables
créations en duo, en trio, un moment-bulle pour pouvoir se séparer
en toute sérénité, une parenthèse entre le jour, où on peut jouer,
explorer, se faire des câlins, et la nuit, où on se repose, récupère et
rêve. Où on dort, quoi !
Catherine Crabbé
(1) André Kahn, Le sommeil
de votre enfant, Paris, Éd. Odile Jacob, coll. Santé au quotidien, 1998.
À lire aussi : I. Gravillon,
Le sommeil des bébés, Toulouse, Éd. Milan, coll. Les Essentiels de Milan -
Du côté des parents, 1999.
Cet article est extrait du Journal de votre enfant n°12-13, une
publication de La Ligue des familles.
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