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L'enfance pas à pas (17 avril 2003)

Nuits chahutées : "Dors, je le veux !"

Les soirées, les nuits hachées qui perdurent encore à 1 an sont loin d’être des phénomènes isolés. Beaucoup de parents s’en plaignent, sur les nerfs, parfois résignés. Si l’enfant semble souvent en pleine forme la journée, les parents, eux, se sentent épuisés et dépassés, rêvant de talents d’hypnotiseur ou d’île déserte, sans braillard s’entend. Ils ont essayé maintes stratégies. Sans grand succès.

Le sommeil est quelque chose de tellement banal – sauf quand on en manque – mais vous êtes-vous déjà demandé ce que signifie bien dormir ? Pas une définition scientifique, mais votre perception personnelle. Sûrement déjà différente de celle de votre conjoint ou d'autres personnes de votre entourage.

Bien dormir, serait-ce dormir beaucoup ?

Sachons qu'un enfant de 1 an dort en moyenne, siestes comprises, 14-15 heures par jour. Ce nombre d'heures de sommeil est loin d'être une norme universelle. À cet âge, les écarts entre enfants sont importants, encore plus que durant les premiers mois de vie. La durée de sommeil normale de votre enfant est celle qui lui permet de ne pas être fatigué la journée. Il y a les couche-tôt et les couche-tard, les lève-tôt, les lève-tard...

S'obstiner à le mettre au lit à une heure qui ne correspond pas du tout à son rythme ne sert donc pas à grand-chose. De même, si vous dépassez le moment où il est mûr pour aller dormir, vous aurez encore plus de mal ensuite. Il a besoin de repères et vous avez besoin de soirées calmes et décontractées.

Bien dormir, serait-ce s’endormir rapidement ?

Le temps nécessaire à l'endormissement est plus important que dans les premiers mois de vie. Entre 9 mois et 3 ans, un enfant peut mettre 20 minutes à s'endormir alors qu'un autre aura besoin d'une heure, rien que cela !

Bien dormir, serait-ce ne pas se réveiller pendant son sommeil ?

Est-ce que le sommeil de l'enfant peut être réparateur même s'il se réveille plusieurs fois la nuit ? Ce qui est sûr, c'est que les parents, eux, dorment mal. Il faut savoir que "(…) un enfant normal se réveille – et se rendort – spontanément cinq à sept fois par nuit. Ces éveils sont brefs, ne durent que quelques secondes ou quelques minutes pendant lesquelles l'enfant ouvre les yeux, suce sa tétine ou son pouce, bouge dans son lit, pousse des petits cris ou pleure. L'enfant s'endort tout seul et ne garde aucun souvenir de ces "micro-réveils"" (1).

Mais les parents, babyphone branché, ont alors tendance à intervenir. En agissant ainsi de manière répétée, le sommeil de l'enfant est troublé. Il perd de son autonomie car les incursions de sa maman ou de son papa dans son univers nocturne feront désormais partie des conditions qui lui seront nécessaires pour retrouver son sommeil. Ce sera devenu sa norme, en somme…

Les nuits parentales hachées sont loin d'être des cas isolés. "Plusieurs travaux réalisés en Europe et aux États-Unis révèlent que près de 25 % des nourrissons s'éveillent fréquemment la nuit entre l'âge de 6 mois et de 1 an. La fréquence s'élève à 50 % chez les nourrissons qui sont allaités. Entre l'âge de 1 et 2 ans, 20 % des enfants s'éveillent encore fréquemment la nuit (…)" (1).

Ces réveils nocturnes ou soirées chahutées pèsent. Les parents se sentent happés dans un engrenage qui leur échappe totalement. Quand on entend son enfant pleurer la nuit, on pense aux voisins, à la grand-mère ou à la grande sœur qui risquent d'être réveillés. Parfois, on a peur pour son enfant. S'il pleure, c'est qu'il est en détresse, comment ne pas aller à son secours ? Est-il en danger ? De quoi ? Que risque-t-il de se passer si l'un ou l'autre parent n'accourt pas ? L'enfant se croira-t-il abandonné ? Abandonné à quoi, à qui ? Comment laisser son enfant seul alors qu'on est tant impressionné par ces plaintes nocturnes, voire quasi en état de choc ? Cela peut être l'occasion de regarder d'un peu plus près nos vieux fantômes…

Ces difficultés de sommeil ont souvent des répercussions sur le fonctionnement familial. Le couple peut se rassembler autour de cette préoccupation ou, au contraire, se déchirer. Les divergences de vue éventuelles peuvent remplir une relation qui passe par un creux. Parfois, ces réveils nocturnes épuisent tellement qu'ils assomment l'esprit, ne laissant pas l'opportunité de penser à autre chose. Une fatigue peut distraire de difficultés professionnelles par exemple. En focalisant l'attention des parents, ils peuvent permettre à un autre enfant dans la famille de prendre un peu le large. De nombreux exemples pourraient encore être donnés, liés à l'histoire de chaque famille.

Aider l'enfant à gérer lui-même son sommeil, ce n'est pas l'abandonner ou le traumatiser, c'est le reconnaître capable de le faire, capable de grandir. Il n'est jamais trop tard pour changer des mauvaises habitudes. Vous avez droit à de bonnes nuits et lui aussi, expliquez-le lui. Instaurez les changements en douceur si cela vous semble trop brutal de ne plus vous lever du jour au lendemain. Donnez une réserve de bisous à son doudou adoré, privilégiez les rituels. Faites-en de véritables créations en duo, en trio, un moment-bulle pour pouvoir se séparer en toute sérénité, une parenthèse entre le jour, où on peut jouer, explorer, se faire des câlins, et la nuit, où on se repose, récupère et rêve. Où on dort, quoi !

Catherine Crabbé

(1) André Kahn, Le sommeil de votre enfant, Paris, Éd. Odile Jacob, coll. Santé au quotidien, 1998.

À lire aussi : I. Gravillon, Le sommeil des bébés, Toulouse, Éd. Milan, coll. Les Essentiels de Milan - Du côté des parents, 1999.

Cet article est extrait du Journal de votre enfant n°12-13, une publication de La Ligue des familles.

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