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Familles
(7 juillet 2005)
Les enfants
et la sexualité
Est-ce de lamour ?
Lêtre humain est marqué par sa sexualité qui existe et se manifeste dès la petite enfance. Dans une société paradoxale où labsence de limites et les codes rigides se côtoient, parents et éducateurs ont le délicat devoir dapprendre à respecter lintimité de leurs enfants tout en fixant des limites claires à leurs comportements.
Lire également ci-dessous :
(Pré-) adolescence :
Besoin d'une présence vigilante
Des mots pour le dire :
trois petits livres pour les plus jeunes
"En classes vertes, il nous est arrivé de découvrir quun petit garçon et une petite fille sétaient glissés ensemble dans le même lit et endormis ainsi. Comment réagir en pareil cas ?", demande une institutrice. "Lamour sest sexualisé même chez les petits.
Ce nest plus un amour romantique
", regrette une grand-mère.
"Les comportements des enfants sont plus agressifs. Ils utilisent des mots et des gestes obscènes. En connaissent-ils vraiment toute la portée ?" Ces quelques témoignages dénotent une certaine inquiétude chez les parents et grands-parents. Chez les enseignants, le ton se durcit. Des gamines de 10 à 14 ans, shabillent comme les "vedettes" quelles admirent sur certaines chaînes de télévision : jupes ultra-courtes, jeans tombants, strings apparents, petits tops brodés très, très courts
Comment réagir ? Que peut-on permettre et que faut-il interdire ? La réponse nest pas simple. Dune part, parents et éducateurs cherchent les mots justes, sans tabou ni provocation, pour aborder la sexualité avec les enfants et, dautre part, de nombreux jeunes en découvrent certaines formes via la télévision voire des sites pornographiques sur internet.
Cette difficulté à trouver le bon équilibre dans un monde où les valeurs sont bouleversées explique lintérêt et la forte participation au colloque "Les 6-12 ans et la sexualité" organisé conjointement par lEcole des Parents et des Educateurs et Couples et Familles
(1).
Jean-Michel Longneaux, philosophe (Facultés Notre-Dame de la Paix à Namur), situe la problématique dans son contexte socioculturel. Il rappelle quen matière de sexualité, les pratiques et les normes nont rien dintangible et ont même profondément évolué au fil des siècles. Néanmoins, si les normes et les règles sont relatives, elles nen sont pas moins indispensables puisque cest "ici" et "maintenant" que lon vit et que toute société a besoin de règles communes.
Trois discours sur la sexualité
Le philosophe montre aussi que dans une société où lon ne cesse de parler de "libération des murs", le discours sur la sexualité est en réalité terriblement cadré et placé sous le contrôle dun triple discours :
- Le discours médicalisant : Il porte sur lhygiène et la performance. Parle-t-on de sexualité aux enfants, on commence souvent par parler danatomie ! Parle-t-on de "dysfonctionnement" sexuel ? On parle dhormones ou dartères ! Et, bien sûr, le sida a permis un surinvestissement du médical sur la sexualité.
- Le discours juridicisant :
Les affaires Dutroux, Fourniret, les révélations sur linceste
ont montré que la sexualité peut être dangereuse pour les personnes et pour la société. Doù lintervention de la justice et le durcissement des sanctions.
- Le discours économique : Dans notre société, rien néchappe à léconomique et certainement pas la sexualité. Celle-ci est vécue par beaucoup de parents et déducateurs comme un "capital bonheur" que possèdent les enfants et quil faut faire fructifier (par léducation, lhygiène, etc.) pour en tirer le plus possible.
Ces trois discours ont en commun dêtre "objectivants". Or la sexualité est vécue très subjectivement. Ces trois discours qui ont leur intérêt ne disent absolument rien de lamour, du sens de la sexualité, de la passion
Peut-on alors utiliser un langage basé sur le sentiment, léducation au sentiment ? Où met-on linterdit ? Cest tout cela que tout adulte, tout éducateur doit envisager.
Avant 6 ans
Face à ce discours objectivant, aux interrogations de lépoque, les adultes ont plus de mal à se situer que par le passé. Ils ont peur de mal faire, de mal dire. La preuve, constate Monique Meyfroet, psycho-clinicienne, cest que les demandes de consultation ne cessent daugmenter.
"Les enfants ont, face à eux, des adultes extrêmement préoccupés par tout ce qui concerne la sexualité : des parents inquiets pour leurs enfants à cause des affaires, des parents qui commencent eux-mêmes une nouvelle relation et sont un peu comme des adolescents
Des parents qui, par ailleurs, aiment avoir des enfants précoces dans leur intérêt, y compris sexuel, mais "retardés" dans lexpérience", souligne-t-elle, non sans humour. Tout ceci nest pas un cadre simple pour un enfant. Alors comment les enfants vivent-ils tout cela ?
Pour Monique Meyfroet, linfluence de la sexualité commence dès avant la naissance de lenfant. On attend "une fille" ou "un garçon". Selon lappartenance sexuée du bébé, on lui attribue déjà un certain nombre de stéréotypes. Ensuite, "de la naissance à lâge de 6 ans, le développement de la sexualité est en interaction constante avec tout le développement de lenfant, ce quil ressent, touche, les fantasmes quil a en tête et les jeux avec les autres", explique-t-elle.
Y a pas honte !
Ensuite, le développement se poursuit de manière plus explicite. A 6 ans, la curiosité et le jeu sont moteurs dans la vie des enfants. Ils balancent entre curiosité, expérimentation, intellectualisation des expériences
Lenfant est parfois (souvent) amoureux, mais dans le secret. Cest un peu une préfiguration de ce qui se passera à ladolescence. Lenfant est rempli de son secret amoureux, dans un processus narcissique. Il/elle sait très bien que les limites sont nécessaire et redoute lintrusion des adultes.
A 7 ans, lenfant amoureux se situe tout à la fois dans la rivalité
("il veut me piquer mon amoureuse") et dans la compréhension
("il laime aussi
").
Après cette période de sentiments intenses vient la période de latence :
"Cela ne veut pas dire que la sexualité nexiste pas, mais que lenfant a besoin de la tenir à distance. Il ressent des tas de choses, mais éprouve un grand besoin de sécurité, explique Monique Meyfroet. Vers 10 ans, cest le déni :
"On ne peut pas parler de ça, sinon les autres se moquent", affirment les garçons. Les filles, elles, en parlent beaucoup et dans le registre de lémotion. Parfois, lémotion submerge tout et elles se tapent un peu la honte, comme elles disent !"
Pourtant, en réalité, comme le dit une fillette, "Y a pas honte !"
(2)
Anne-Marie Pirard
(1) Ce colloque
s’est tenu au Centre Marcel Hicter à La Marlagne le 20 mai dernier. Des actes
seront publiés. Renseignements : Couples et Familles asbl, 081/45 02 99,
mcf@skynet.be
www.couplesfamilles.be et Ecole des parents et des éducateurs asbl, 02/733 95 50,
secretariat@ecoledesparents.be,
www.ecoledesparents.be
(2) Cette jolie expression dune fillette a donné son titre à une magnifique vidéo dentretiens avec des enfants réalisée par Monique Meyfrt et léquipe du FRAJ . "Y a pas honte" vaut dêtre vue par les parents, les enseignants et les éducateurs. La cassette est disponible dans les centres de la Médiathèque.
(Pré-)adolescence
Besoin dune présence vigilante
Le temps passe. Les enfants grandissent et ils ont de plus en plus envie dêtre grands. Ils voient des scènes amoureuses (voire érotiques) à la télévision, entendent les adultes parler et ont envie de connaître tout cela. Ils vivent entre ados, parlent, expérimentent.
"Même si, en moyenne, lâge moyen du premier rapport sexuel a peu évolué, il arrive aujourdhui que certains pré-adolescents ont, très jeunes, des relations sexuellement complètes. Ils en sont physiquement capables, mais ils nen ont pas la capacité affective", remarque Jean-Yves Hayez, pédo-psychiatre. Il estime donc quil y a tout à la fois un devoir de discrétion, mais aussi de présence vigilante des adultes, essentiellement des parents.
Lapprentissage de lintime
Il rejoint ainsi lavis de Monique Meyfroet. Pour les deux spécialistes, les parents et les éducateurs doivent savoir que les enfants ne sont pas désincarnés et quils ont besoin dun espace de secret et de transgression (les cabanes dans le jardin ou dans le salon
). La sexualité des enfants est subtile et sophistiquée et les adultes ne doivent pas trop simmiscer dans leur monde, car lapprentissage de la sexualité, cest aussi lapprentissage de lintime.
Toutefois, en même temps, ils doivent pouvoir assumer leur rôle de "pare-feu", de "pare-excitation" :
"Si ladulte ne dit jamais non, lenfant ne sait pas se situer", dit Monique Meyfroet. Jean-Yves Hayez souligne :
"Il faut assurer à lenfant une vie quotidienne attractive, lui proposer des activités de qualité. Et, surtout, il faut assurer une présence de qualité à ses côtés. Certains parents pensent que lorsquun enfant peut se débrouiller, il na plus besoin de leur présence. Or cest faux ! Pour un jeune, il est très différent dêtre seul(e) dans sa chambre avec un adulte présent à la maison ou dêtre seul(e) dans sa chambre dans une maison vide. La présence du parent dans la maison, symboliquement, met des limites".
Lautre nest pas moi
Bien sûr, il nexiste pas de formule magique pour les parents, pour les éducateurs. Jean-Yves Hayez insiste beaucoup sur la cohérence entre le "dire" et le "faire" des adultes : "La manière dont les adultes se comportent eux-mêmes dans leur propre vie, lexemple quils donnent restent ce quil y a de plus parlant pour les jeunes, dans le domaine de la sexualité comme dans tous les autres. Dans les conversations avec les jeunes, il nest pas nécessaire de se lancer dans de grands discours ; mieux vaut dire simplement des choses que lon a expérimentées, découvertes. Et si le faire quils observent et le dire quils entendent vont ensemble, cela aura du sens et de linfluence".
Jean-Michel Longneaux estime que la manière dont les adultes ont à se comporter dans leur rapport à la sexualité des enfants et des jeunes est guidée par trois valeurs essentielles :
- Chaque adulte doit intégrer que "lautre nest pas moi" et, dès lors, accepter sa propre solitude pour accepter laltérité de lautre.
- Chaque adulte doit renoncer à sa volonté de toute-puissance, née de langoisse de vouloir bien faire.
- Chaque adulte doit souvrir à une existence où rien ne lui est dû, où le risque est possible.
AMP
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Des mots pour le dire
De nombreux livres existent pour aider
parents et éducateurs à parler de sexualité avec leurs enfants. Récemment, les
Editions de l’Homme ont sorti une nouvelle collection intitulée "Ma sexualité".
Elle comprend trois petits
volumes destinés aux enfants de 0 à 6 ans, de 6 à 9 ans et de 9 à 11 ans. Ils
sont dus à la plume de Jocelyne Robert, sexologue et pédagogue. Le premier,
invite les tout-petits, fascinés par la différence des sexes et prêts à le
manifester allègrement, à découvrir joyeusement leur propre développement
sexuel. Le deuxième tome s’intéresse à la fameuse période de latence où la
prépuberté s’élabore. Le volume invite filles et garçons à mieux connaître leur
corps, identifier leur besoin d’affection, comprendre le comment de leur
naissance. Le troisième tome est centré sur les phénomènes liés à la puberté, le
goût de se rapprocher de l’autre sexe. Des pistes sont proposées aux parents
pour établir le dialogue avec leur enfant.
Jocelyne Robert,
"Ma sexualité", Les éditions de lHomme, 3 tomes à 11,80 euros chacun. A lire aussi
"Le sexe, cest djeuns", destinés aux ados, chez le même éditeur, 20,39 euros.
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