Société Consommation
(6 mars 2008)
Dans le champ
d’à-côté
Ne pas s’alimenter au supermarché, c’est le choix d’un nombre grandissant de
ménages. Sous la forme de groupes d’achats communs ou de paniers en vente à
la ferme, les initiatives alternatives fleurissent. Elles remettent en cause
le fonctionnement du commerce alimentaire de masse et entendent favoriser la
production agricole locale.

Les paniers bio,
proposés soit directement auprès du producteurs,
soit en magasin, se composent de fruits et légumes de saison issus d’une
production locale.
Vanessa
Rasquinet est membre du GAC de Pierreuse à Liège. Le GAC? Groupe d’achats
communs. La région liégeoise en compte quelques-uns. Elle était invitée par
l’asbl ATTAC (1) à témoigner de son expérience lors d’une
journée sur le thème “grande distribution et alimentation” (2).
Elle explique: le GAC en Pierreuse compte entre 10 et 25 ménages; il se
réunit pour l’achat de produits de consommation primaire comme la viande,
les légumes, le pain…; en lien avec une ferme biodynamique de la région, le
groupe travaille en contact direct avec l’agriculteur Louis Larock et
d’autres producteurs des environs.
Comme elle
le souligne, le métier de formatrice qu’elle exerce au sein du CRIE
(3) de Liège a sans doute favorisé son intérêt pour ce mode
de consommation sensible à la durabilité des comportements.
Une
consommation plutôt active. Selon un principe d’autogestion bénévole en
effet, le groupe se répartit les tâches en tournante. Pour centraliser les
commandes, diviser en portions, empaqueter voire parfois même récolter les
légumes, l’implication est requise. Du bonheur pour ceux que le contact avec
la ferme et la nature attirent.
Un investissement actif
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Il est important de réinvestir dans
l'agriculture locale. |
Les
avantages qu’elle y trouve? Celui de bénéficier de produits de qualité, en
toute confiance. Celui de réduire les coûts, les produits étant moins chers.
Celui de consommer des produits locaux et de saison. Celui d’un certain
«retour aux sources». Celui de rencontrer aussi d’autres personnes qui
partagent une même démarche, en toute convivialité. Le GAC de Pierreuse se
prépare d’ailleurs régulièrement des auberges espagnoles où s’échangent mets
et recettes. Pas facile en effet de composer dans la diversité avec les
produits de saison. Les astuces pour varier les plaisirs des choux de
Bruxelles ou des poireaux sont les bienvenus. Parmi les aspects plus
difficiles de la pratique du GAC, la jeune femme évoque également la
question de l’investissement en temps. Pour la vie du GAC, l’engagement est
nécessaire sur la durée. La participation et l’interactivité sont à l’œuvre.
La contrainte peut se révéler trop lourde et provoquer le turn-over des
participants. Autre désavantage, le GAC se limite aux produits de base. Et
si certains groupes élargissent le champ de leurs produits, des achats
complémentaires et le recours à d’autres filières s’imposent.
Soucieux de santé, d’environnement, de solidarité
Les GAC se
multiplient, remarque Noëlle Leroy de Nature & progrès (4).
Les consommateurs sont intéressés par cette démarche pour des raisons qui
varient. Certains recherchent à consommer moins cher, d’autres sont attachés
au goût. Certains sont préoccupés par la traçabilité des aliments, ou encore
briguent une plus grande fraîcheur dans leurs assiettes. Tant au niveau de
la santé, de l’environnement que des liens de solidarité entre consommateur
et producteur, les groupes d’achats communs se posent en alternative.
Nature &
progrès encourage des rencontres entre les groupes existants et diffuse des
informations sur les initiatives prises aux quatre coins du territoire
wallon et de Bruxelles.
Sous la forme de paniers bio
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Tant au niveau de la santé, de
l'environnement que des liens de solidarité entre consommateur et
producteur, les groupes d'achats communs se posent en alternative. |
En tant que
défenseur d’une agriculture et d’un jardinage biologique, l’association
évoque à côté des GAC, les fameux paniers bio. Productions de maraîchers et
d’arboriculteurs (5), garanties sans recours aux OGM et aux
produits chimiques de synthèses, ils sont proposés soit directement auprès
du producteur, soit en magasin. Nature & progrès met à disposition du grand
public une liste des points de vente des paniers bio de saison, ainsi que
des maraîchers et arboriculteurs qui pratiquent la vente en direct de
produits bio en Wallonie. Petit outil précieux, l’association a également
édité un calendrier des fruits et légumes bio de saison produits en Wallonie.
Un guide pour respecter les cycles saisonniers.
Comme pour
les GAC, le succès des paniers saisonniers est grandissant. Et de citer
l’exemple de ce maraîcher dans le Brabant wallon, qui en 2 ans a atteint les
300 paniers. Un tel nombre qu’il doit ainsi compléter parfois ses produits
par des apports extérieurs. Mais attention de la garantie bio ne découle pas
nécessairement la garantie de la provenance d’une production locale.
Certains paniers vendus en magasin sont agrémentés de fruits ou de légumes
importés. Les philosophies varient, remarque-t-on du côté de Nature &
progrès. Le tout est d’en être conscient, de s’intéresser à la question et
de choisir donc en connaissance de cause, au regard de ses exigences et de
ses principes.
La reconnaissance de la saveur paysanne
Xavier
Delwarte de la FUGEA, mouvement de paysans wallons (6),
souligne l’importance de réinvestir dans les filières locales, dans
l’agriculture paysanne. Attention au bio qui n’est pas le fruit d’un échange
équitable, il perd de sa saveur. Attention à l’agriculture bio industrielle
qui engendre aussi des problèmes sociaux et environnementaux, remarque-t-il.
Et de préférer insister sur la notion de souveraineté alimentaire – qui
inclut la priorité donnée à l’agriculture locale – et la défense de
l’agriculture paysanne. Le slogan du mouvement: “deux fermes valent mieux
qu’une. En route vers l’agriculture paysanne durable”. Une véritable gageure
au regard des chiffres qui montrent que en près de 40 ans, 75% des paysans
belges ont disparu pour des structures toujours plus grandes; que les plus
âgés ne trouvent pas de repreneur; que les terres sont alors reprises par de
plus nantis augmentant ainsi les surfaces.
En juillet
2007, une coordination de paysans et d’artisans soutenue par la FUGEA
(7) rendait public un manifeste en faveur des “saveurs
paysannes”. Y est dénoncée la mainmise des multinationales de
l’agro-alimentaire et de la grande distribution. Les paysans et artisans lui
oppose un modèle alternatif: le circuit court. Ils précisent: “La filière
courte est un mode de commercialisation directe avec un minimum
d’intermédiaires, ce système de commercialisation se base sur une économie
locale et des rapports équitables. L’objectif est que le producteur soit le
premier bénéficiaire de la vente de ses produits et non plus les
intermédiaires comme c’est le cas dans la grande distribution et le secteur
agroalimentaire conventionnel. Ainsi, on cherche à éviter un maximum
d’intermédiaires commerciaux qui contribuent à diminuer drastiquement la
marge bénéficiaire du producteur et répercutent directement ces surcoûts de
commercialisation sur le prix du consommateur (prix au détail).”
Que dire
alors des prix défiants toute concurrence, pratiqués par les “hard
discount”? Conditions de productions déplorables, agriculture toujours plus
productiviste et intensive… la recherche de “prix comprimés” par les
distributeurs a un coût que d’aucuns souhaitent ne pas oublier. Provocateur
à dessein, Christian Jacquiau, économiste français qui s’est penché sur “Les
coulisses de la grande distribution” (8) dresse le portrait
de la majorité d’entre nous: “Dissociant parfaitement le consommateur du
citoyen qui sommeille en nous, on se lève comme un seul homme pour aller
pousser le chariot dans les travées de ces temples de la consommation que
sont nos grandes surfaces préférées”. Pour réconcilier consommateur et
citoyen, les alternatives existent. Elles sont à développer.
Catherine Daloze
(1) ATTAC : association pour la taxation des transactions
financières et l’aide aux citoyens. ATTAC Liège, 48 rue du Beau Mur à 4030
Liège - 04/349.19.02 -
www.local.attac.org/liege
(2) Cycle de trois journées autour de la grande distribution
organisé par ATTAC Liège. La troisième journée, le samedi 26 avril, de 10 à
17h, abordera plus précisément les aspects environnementaux et des
conditions de travail.
(3) Centre régional d’initiation à l’environnement.
(4) Nature & Progrès Belgique, 520 rue de Dave à 5100 Jambes
- 081/30.36.90 - www.natpro.be
(5) La Wallonie compte une quarantaine de maraîchers et
d’arboriculteurs certifiés biologiques.
(6) FUGEA (Fédération unie de groupements d’éleveurs et
d’agriculteurs), rue Louis Piérard, 53 à 7040 Bougnies - 065 / 33.55.03 -
www.fugea.be
(7)
www.saveurspaysannes.be
(8) Christian Jacquiau, “Les coulisses de la grande
distribution”, éd. Albin Michel, 2000. Voir également “Producteurs étranglés,
consommateurs abusés. Racket dans la grande distribution française”, in Le
Monde diplomatique, décembre 2002.
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Slow Food |
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Le dernier numéro d’Etopia, revue d’écologie politique, aborde le
thème très en vogue du Slow Food, un mouvement qui prône une
alimentation “bonne, propre et juste”.
Le
mouvement Slow Food a été lancé en Italie en 1986 en réaction à la
frénésie du fast food. Ce mouvement a la volonté de réconcilier
l’alimentation, la qualité, la protection des écosystèmes et le
respect des producteurs. Il prône des réseaux commerciaux courts,
permettant de consommer beaucoup plus de produits locaux de qualité
et respectueux de l’environnement.
“Pour manger savoureux et sain, il ne faut pas forcément être riche,
explique dans son article Patrick Dupriez, ingénieur des Eaux et
Forêts. En revanche, il faut assurément être “outillé” de
connaissances et d’expériences. Il faut connaître les produits, leur
diversité, leur origine; où les trouver, comment distinguer leur
qualité, comment les préparer.” Il s’agit de connaître les
cycles de la nature pour consommer les produits de saison, vendus à
meilleur marché. Mais qui sait aujourd’hui à quoi ressemble un
salsifis sorti de terre, comment cuire un rutabaga? “Ces
savoirs-là, populaires et transmis au sein des familles se
retrouvent aujourd’hui trop souvent confinés dans les musées ou chez
les grands chefs... Il nous faut donc réinventer des formes de
transmission car la nourriture et nos façons de nous nourrir
constituent des patrimoines essentiels à préserver, à valoriser et à
partager”, continue l’ingénieur.
Une
série de conviviums Slow Food se sont créés en Belgique (on en
compte 11 aujourd’hui; infos sur
www.slowfood.com ). Ils sont avant tout portés par des
gastronomes passionnés de cuisine, de mets typiques, de produits
rares. “Les conviviums locaux de Slow Food célèbrent les plaisirs
de la table en consacrant un temps social à la découverte des
produits, de leurs origines, de leur préparation, au partage d’idées
et l’échange de connaissances.”
FR
Etopia n° 3, dossier 1:
Autonomie et écologie, dossier 2:
Slow Food. Prix: 8 EUR.
Infos :
081/22.58.48, www.etopia.be ,
info@etopia.be
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