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Consommation (18 novembre 2004)
Jeux coopératifs

 

Gagner… mais tous ensemble

 

Depuis tout juste 20 ans, les jeux coopératifs ont fait leur apparition en Belgique. Ces jeux ne sont pas plus sorciers que les autres… ils invitent tout simplement les enfants à s’associer pour gagner ensemble contre un élément extérieur. Exit donc l’esprit de compétition individuel qui parfois gâche le plaisir du jeu.

 

Sur le plateau, des pommes, des poires, des cerises et des prunes qui attendent d’être cueillies de l’arbre. Au centre, un terrible corbeau qui aimerait bien voler les fruits bien mûrs… mais tous les joueurs vont se liguer contre l’oiseau noir pour attraper les fruits avant lui. Les enfants lancent le dé. Une couleur ? Ils remplissent leurs paniers de fruits. Un corbeau ? Ils construisent le puzzle à son effigie. Nous sommes dans un des plus célèbres jeux coopératifs : Le Verger (Haba). Destiné aux 3-8 ans, on le trouve aujourd’hui dans la plupart des magasins spécialisés et parfois même en grande surface pendant la période de St-Nicolas.  

Jeux coopératifs… que cachent ces mots qui ont l’air antinomiques ? Quand on parle de jeux, on pense généralement à la compétition entre joueurs. Dans les jeux traditionnels, il y a un joueur gagnant, des perdants et bien souvent au cours de la partie des personnes éliminées qui ne peuvent finir la partie et doivent attendre l’épilogue entre les derniers participants.

 

Dans les jeux coopératifs, l’adversaire n’est jamais un autre joueur mais bien un élément extérieur contre lequel tous les joueurs doivent lutter : un corbeau, un poisson, la pluie, le vent, le jour qui décline… Le but du jeu est alors commun et les joueurs doivent l’atteindre ensemble. Tout le monde gagne ou tout le monde perd. Fini les crises d’hystérie des uns parce qu’ils perdent, sont éliminés, dévalorisés et l’égo surdimensionné de l’autre, le gagnant, qui “se la joue”. Fini aussi les joueurs mis de côté, parfois dès le début du jeu, ou ceux malchanceux qui passent la partie “en prison” ou encore qui doivent sans cesse “passer leur tour”. Tous les joueurs jouent jusqu’au bout de la partie. La collaboration et l’entraide sont valorisées car en coopérant, on augmente ses chances de gagner. Ces jeux n’en sont pas pour autant “magiques” et n’empêchent pas les éternelles chamailleries du genre “si tu n’avais pas tiré le corbeau à la fin, on n’aurait pas perdu”… Mais de toute façon perdre ensemble est beaucoup moins dur pour l’enfant que perdre tout seul. Et si l’on gagne, c’est ensemble que l’on se réjouira. Cet esprit communautaire ne peut que favoriser l’envie d’encore jouer ensemble une fois la partie finie.

 

Ces jeux ont aussi l’avantage de pouvoir faire jouer des enfants d’âges parfois fort différents. Le plus petit n’est plus systématiquement à la traîne. Au contraire, pour gagner tous ensemble les plus grands doivent l’aider, lui expliquer le fonctionnement, le guider dans le jeu. Dans le même ordre d’idée, l’adulte n’est plus obligé de se forcer à perdre pour laisser gagner l’enfant puisque c’est ensemble, parents et enfants, que l’on va gagner ou perdre. On le voit, les jeux coopératifs favorisent la communication entre les participants, les échanges voire les mini-débats lorsqu’il s’agit d’élaborer une stratégie commune. Dans les jeux traditionnels, chaque joueur est seul avec son ou ses pions et trop parler risque parfois de le perdre…

 

20 ans de “coopération” en Belgique

Ces jeux coopératifs sont loin d’être neufs. Dès 1980, Le Ligueur présente les jeux de société coopératifs dans ses pages après les avoir découverts en Suisse. En 1984, un premier magasin de jouet namurois, La Hotte, les propose à ses clients. Un an plus tard, Casse-Noisettes à Bruxelles (1) importe à son tour ces jeux coopératifs et son responsable Pascal Deru n’hésite pas à transformer les règles de certains jeux voire à même leur rajouter des pièces pour leur donner une version coopérative. D’autres détaillants vont suivre à Liège (La Parenthèse), à Verviers (L’Ile Ouverte)… Et aujourd’hui, on trouve les jeux coopératifs les plus courants chez la plupart des marchands de jouets.

Depuis le début, le secteur Éducation à la Paix de l’asbl De Bouche à oreille (2) a travaillé à la promotion de ces jeux différents par le biais d’animations dans les écoles, les mouvements de jeunesse ainsi que par des formations pour adultes. En général, les animateurs d’Éducation à la Paix commencent par des jeux en extérieur lors de leurs animations (données à la demande). Ainsi, Balle chasseur, Cache-cache ou La chaise musicale trouvent leur version coopérative au grand étonnement des participants. “Les enfants sont au départ surpris lorsqu’ils sont confrontés pour la première fois à un jeu coopératif. Ils tentent au début d’instaurer un mode de compétition. Et puis, très rapidement ils prennent conscience du plaisir qu’il y a à jouer ensemble”, explique Jean-Marc Piron, animateur bénévole à l’asbl De Bouche à oreille. A l’occasion du 20e anniversaire de l’apparition des jeux coopératifs en Belgique, l’asbl tente de sensibiliser un large public via des animations, certains magasins spécialisés mais aussi les ludothèques de la Communauté française.

 

Valeurs de solidarité

Outre le plaisir du jeu, outre leur intérêt éducatif, il est indéniable que les jeux coopératifs véhiculent d’autres valeurs. On n’y promeut pas la compétition entre individus. Cet esprit compétitif est déjà tellement présent dans notre société où la loi du plus fort, du plus riche, du plus rapide, du “winner” prime, où l’individu a plus d’importance que la communauté. Est-il nécessaire de le reproduire dans le jeu? Dans les jeux coopératifs, les principes d’entraide et de solidarité prévalent. On y apprend qu’il y a plus de richesse à agir ensemble que séparément. La communauté prime sur l’individu qui ne peut arriver seul à vaincre le danger extérieur. Une toute autre vision de la société…

Françoise Robert

 

Renseignements : (1) www.casse-noisettes.be  - (2) Education à la Paix, asbl De Bouche à oreille, Verte Voie, 13 à 4890 Thimister, 087/44.65.05, bao@swing.be - www.dbao.be/EP.htm

 


A vous de jouer…

 

Voici une sélection toute subjective et non exhaustive de quelques jeux coopératifs.

 

Le Verger

Un des plus célèbres et un des plus beaux aussi avec ses petits paniers en osier, ses fruits en bois, la grande illustration du plateau. Les joueurs doivent récolter les pommes, poires, prunes et cerises avant le corbeau, ennemi commun.

Haba. De 3 à 8 ans. 2 à 4 joueurs.

 

Félix Flotte

Les joueurs doivent placer un maximum de petits poissons au centre du jeu dans les couleurs de l’arc-en-ciel. Mais attention ! Bloup, le glouton tente de les en empêcher en dévorant les petits poissons des joueurs. Qui va gagner, Félix et les joueurs ou le terrible Bloup ?

Haba. De 3 à 6 ans. 2 à 4 joueurs.

 

Le Voleur de carottes

Les enfants sont des jardiniers qui plantent leurs carottes et les arrosent méticuleusement. Mais le lapin gourmand a faim et passe dans les rangs pour manger les carottes. En s’entraidant, les joueurs parviendront à ralentir la course folle du lapin.

Haba. Dès 4 ans. 2 à 6 joueurs.

 

Pimpon Pimpon !

Un très beau jeu avec des pions en bois, un plateau à deux étages et le thème des pompiers qui devrait séduire les petits garçons. Les pompiers sont très sollicités… pour un incendie, pour vider une cave inondée, récupérer un petit chat apeuré en haut d’un arbre. A chaque fois que l’alarme est donnée, les pompiers sautent de leur lit, se dépêchent de s’habiller et essayent d’emporter le bon équipement. Une des variantes est coopérative.

Haba. Dès 4 ans. De 2 à 4 joueurs.

 

La ronde du fermier

Fermier est un métier passionnant mais aussi très fatigant ! Il faut se mettre au travail dès le lever du jour car les animaux ont faim. Dans ce jeu de coopération le temps est compté car tout le bétail doit être nourri avant le coucher du soleil.

Haba. Dès 4 ans. De 2 à 4 joueurs.

 

Dans la forêt des contes

(Im Märchenwald). Il était une fois une princesse très appréciée dans tout le Royaume qui tomba très malade. Pour la guérir, il va falloir aller chercher sept objets dans la forêt des merveilles pour les lui apporter au château. Attention la forêt est hantée par des sorcières et des corbeaux pillards. Un très beau jeu de cartes coopératif.

Adlung Spiele. Dès 6 ans. De 2 à 10 joueurs.

 

Promenons-nous dans les bois

Se promener dans les bois pour découvrir la nature, voir de belles choses comme des papillons, et récolter de bonnes choses comme des pommes ou des mûres tout en évitant des dangers tels des insectes ou des plantes qui piquent.

Family Pastimes. De 4 à 7 ans. De 2 à 8 joueurs.

 

Joyeux Noël

(Christmas Game). Les joueurs vont faire en sorte que chacun passe un bon Noël. Pour ce faire, ils s’entraident afin d’obtenir tous les morceaux de puzzle qui formeront leur propre image de Noël. Ceci implique de partager et de donner. Au centre du jeu, la table de Noël.

Family Pastimes. De 5 à 8 ans. De 2 à 4 joueurs.

 

Le jeu de la lumière

(Waldschaltenspiel). Les nains se cachent dans les ombres des arbres, mais la lumière se déplace. Une bougie allumée se promène dans le noir de la forêt et cherche à débusquer les petits nains de leurs cachettes. Qui va gagner, la lumière ou les nains ?

Kraul. Dès 5 ans. De 2 à 8 joueurs.

 

T’Chang

Les explorateurs sont prisonniers de la superbe tombe de l’Empereur chinois T’Chang, inhumé depuis des siècles… Plongés dans l’obscurité, ils vont devoir, grâce aux lucioles, partir à la recherche de la sortie et du trésor… Mais attention au danger, il va falloir s’entraider pour sortir vivant du labyrinthe !

Casse-noisettes. De 7 à 11 ans. 2 à 4 joueurs.

 

Mobicité

Ce jeu de société basé sur la coopération sensibilise les enfants à la sécurité routière. Tous les joueurs s’entraident pour arriver à destination avant minuit. Les enseignants trouveront dans la boîte un carnet pédagogique.

IBSR. Dès 10 ans. De 2 à 6 joueurs.

 

 


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