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Dessins de RIF

Bénévolat (21 septembre 2006)

 

Qui sont ces bénévoles?

 

Ils sont très nombreux, d'âge moyen, plutôt actifs et scolarisés... Ils sont impliqués largement dans le secteur associatif et remplissent une part importante des services relevant de la santé, de l'action sociale, de la formation, du sport et de la culture. Voici un bref panorama des volontaires et du volontariat dans notre pays.

 

 

Le bénévolat :
une pratique qui se perpétue
de génération en génération!

 

 

On compte en Belgique environ un million et demi de volontaires, soit environ 17 % de la population totale (1) mais ce chiffre ne représente que la partie immergée de l'iceberg. Ils seraient en fait beaucoup plus nombreux... Le volontariat est en Belgique comme ailleurs, en rapide évolution et il existe un déficit de données fiables et surtout complètes. On peut cependant, en se basant sur les quelques sources d’informations disponibles, dire que les volontaires belges se répartissent dans toutes les classes d’âge, avec toutefois une dominante parmi les trentenaires et les quadragénaires (de 35 à 44 ans).

 

Des volontaires actifs

Contrairement à ce qu’on peut penser spontanément, ce ne sont pas les personnes inactives qui participent le plus aux activités bénévoles, dans la mesure où les actifs semblent présenter des taux de participation bénévole supérieurs. En réalité, la situation n’est pas aussi claire et le clivage actif-inactif moins simpliste qu’il n’y paraît. Si l’on distingue les actifs à temps plein des actifs à temps partiel, ce sont ces derniers qui enregistrent les plus hauts niveaux de participation. Cela conforte l’idée que la progression du volontariat s’est bien développée parallèlement à l’accession à la civilisation du temps libre.

 

Plutôt scolarisés

Autre signe des temps, les volontaires se recrutent davantage dans les catégories sociales supérieures et chez les personnes les plus scolarisées, les taux de participation allant jusqu’à doubler lorsqu’on distingue les scolarisés primaires des scolarisés supérieurs. Ce fait s’explique sans doute par des facteurs psychologiques et pratiques eux-mêmes liés au niveau de formation : les personnes qui ont reçu une scolarisation supérieure disposent d’un capital de connaissances, mais aussi des réseaux de relation plus importants que celles qui n’ont pas beaucoup fréquenté le système scolaire.

 

De génération en génération

Il semble que le bénévolat ne résulte pas uniquement de choix personnels stricts : il existe apparemment une détermination sociale et une transmission culturelle de génération en génération, puisque les volontaires sont deux fois plus nombreux à s’engager lorsqu’ils ont connu des antécédents familiaux de volontariat chez au moins l’un de leurs parents.

 

Dans tous les secteurs

Quoi qu’il en soit l’engagement des volontaires est loin d’être de pure forme, puisqu’en moyenne le volontaire belge consacrerait près de 7 heures par semaine à ces activités, et cela dans des secteurs très diversifiés allant des associations patriotiques aux arts et lettres : les secteurs les plus représentés sont néanmoins le sport et l’action sociale et, un peu en retrait, les associations professionnelles, l’éducation et l’enseignement.

 

Pourquoi et où s'engager?

Les raisons pour lesquelles les bénévoles s’engagent sont aussi très diverses, et l’époque où le bénévolat était surtout un espace de charité est révolue, dans la mesure où les motivations se répartissent aujourd’hui entre des valeurs communautaires (se rendre utile, défendre des causes collectives) et des valeurs plus individualistes (s’épanouir, entretenir ses compétences, occuper son temps…).

Quant aux associations recourant à des bénévoles, elles vont des petites structures aux organisations multinationales, avec toutefois une large dominante des très petites structures de moins de 20 volontaires, ce qui peut s’expliquer en partie par les exigences de proximité par rapport au domicile des volontaires.

La même diversité peut être observée du côté des sources de financement, avec toutefois une singularité par rapport à d’autres pays, dans la mesure où les subventions publiques sont beaucoup plus importantes qu’ailleurs (de l’ordre d’au moins 80 % contre 45 % environ en moyenne européenne), avec très peu de financement privé ou de financement par des recettes propres résultant de l’activité des associations. Cette particularité est généralement attribuée au fait que la Belgique a développé à l’époque de l’Etat-Providence des politiques sociales visant à déléguer l’exécution d’un certain nombre de services à des associations.

 

Créateur d'emplois

Contrairement aux affirmations habituelles, le volontariat ne s’érige pas en concurrent aux secteurs d’activités traditionnelles, et il est davantage créateur que destructeur d’emplois. En Belgique, on estime à environ 160.000, le nombre d’emplois en équivalents temps plein créés suite à des initiatives bénévoles, la majorité dans les secteurs de l’action sociale, ce qui représente environ 5 % de l’emploi total, avec une dynamique de création d’emplois deux à trois fois supérieure dans le secteur non marchand par rapport au secteur marchand.

Par ailleurs, l’évolution du secteur bénévole ou volontaire est en croissance rapide, avec un rythme de création d’associations qui suit une courbe quasi exponentielle, le nombre d’associations ayant été multiplié par 8 en 40 ans, de 500 associations en 1950 à 4.000 en1990. Plusieurs facteurs expliquent un tel dynamisme : la progression des besoins sociaux, du temps de loisirs, de la scolarisation, le souci de participation citoyenne sous des formes neuves, la délégation par l’Etat de certains services, le désir de proximité, le vieillissement de la population…

Enfin, on constate une professionnalisation accrue du secteur volontaire qui s’exprime par une plus grande technicité des activités et par une qualification accrue des bénévoles.

 

En évolution constante

Pour être réels, ces progrès n’empêchent pas de soulever certaines inquiétudes, notamment le risque pour les pouvoirs publics de se désengager davantage d’un certain nombre de secteurs en se déchargeant sur les groupements associatifs, et aussi celui de voir s’accentuer le processus d’exclusion du volontariat de certaines catégories de personnes peu formées ou peu fortunées.

 

On le voit, le bénévolat soulève surtout un certain nombre de questionnements et engage un certain nombre d’enjeux. La raison en est que le volontariat évolue à la frontière de plusieurs domaines, eux-mêmes en rapide transformation, de sorte qu’il s’est créé une grande zone d’incertitude qui ne pourra être levée que si des débats publics et une large concertation citoyenne sont organisés dans la durée. En particulier, on sait que le bénévolat se situe au croisement du monde du travail et de la sphère politique, mais aussi de l’initiative privée et de l’intervention collective, du marchand et du non marchand, de l’éthique et de la production.

Florence Loriaux

(Carhop)

 

(1) Voir la brochure “Pour le volontariat” éditée par la Fondation Roi Baudouin - 1999 - Tél. : 070-233.728. www.kbs-frb.be

 

 


Associations et innovations sociales

 

Le volontariat est une sorte de “marqueur” qui attire l’attention sur les problèmes ou manquements d’une société. Il vise à les combler en intervenant là où ultérieurement, les pouvoirs publics ou les entreprises privées pourront (peut-être) prendre le relais et intervenir de façon plus formelle ou plus structurée.

 

 

 

Dans l'aide aux personnes,
le bénévolat trouve
une place de choix.

 

 

L’exemple-type est celui de la solidarité collective qui s’est d’abord organisée autour d’initiatives associatives de nature mutuelliste, lesquelles ont été regroupées et fusionnées ultérieurement autour de grands systèmes publics de protection sociale. Mais, malgré tout, des citoyens passent encore à travers les mailles des filets de protection et de nouveaux champs d’intervention se sont ouverts pour le volontariat, comme, par exemple, l’aide aux sans domicile fixe (SDF), aux personnes âgées ou aux femmes battues. C’est sans doute à cause de l’imprécision et du caractère fluctuant de ses frontières que le volontariat risque constamment d’entrer en conflit de compétence avec le secteur marchand ou même les pouvoirs publics. Il y a quelques années, par exemple, un différent est intervenu entre le secteur marchand des transports en ambulance et la Croix-Rouge, accusée de concurrence déloyale de par l’utilisation de volontaires.

 

Est-ce à dire que le volontariat devrait se cantonner dans des activités ne nécessitant pas de formation, ni de qualification, ne risquant pas de concurrencer l’emploi officiel et ne donnant lieu à aucune compensation financière afin de ne jamais entrer en opposition avec les représentants des salariés ou avec les professionnels des services ?

Nous ne le croyons pas, car il s’agirait d’un confinement dans des limites trop étroites peu compatibles avec le rôle de pionnier que le volontariat peut - et doit - jouer dans nos sociétés post-modernes.

A contrario, des qualifications pointues ne devraient pas constituer une exigence pour l’engagement dans des activités bénévoles. En revanche, il faut davantage organiser des formations spécifiques pour bénévoles afin d’accroître leurs compétences dans leurs domaines d’intervention (gestion des ressources humaines, comptabilité, mise en place de projets de développement, etc.).

 

Une chose est certaine : l’exercice du volontariat est un droit au même titre que la liberté d’association est un droit constitutionnel fondamental et, de ce fait, il ne devrait être incompatible avec aucun statut, pas plus avec celui de chômeur ou d'invalide qu’avec celui de travailleur.

Nos sociétés occidentales découvrent aujourd’hui que les besoins sociaux ne cessent de croître, mais qu’en même temps beaucoup de services aux populations sont devenus “impayables”. La délégation de ces compétences aux associations de bénévoles est alors la seule issue possible, pour peu bien entendu que la reconnaissance du secteur soit à la hauteur des espoirs mis en lui et des missions qui lui sont confiées, et que les pouvoirs publics ne prennent pas pour prétexte la couverture des besoins assurée par le volontariat pour réduire ses budgets sociaux et ses propres interventions.

F L

 

 

 

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