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Sécurité sociale
(4 mars 2010)
Il était une fois les pensions...
Quel que soit notre âge (enfin pas trop
jeune tout de même...), on y pense tous un jour ou l’autre quand les
médias en font leurs titres ou quand notre banquier ou assureur y pense
pour nous ! Les pensions de retraite soulèvent de nombreuses questions.
Depuis quelques temps, on entend tout et son contraire au sujet de leur
avenir. Eclaircissements.
Le premier pilier de
pensions
est le plus solide et le
plus solidaire.
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Philippe Turpin/Belpress |
Le visage de notre pays au XXIème
siècle, sur le plan démographique, n’aura plus rien à
voir avec celui que l’on a connu au siècle passé. Eléments majeurs
de cette évolution : les personnes nées au lendemain de la deuxième
guerre mondiale atteignent progressivement l’âge de la retraire. Le
baby-boom d’hier est devenu aujourd’hui le papy-boom. Parallèlement,
l’espérance de vie moyenne ne cesse d’augmenter. Fixée actuellement
à 77 ans pour les hommes et à 83 ans pour les femmes, elle devrait,
d’ici à cinquante ans, augmenter encore pour atteindre 85,3 ans pour
les hommes et près de 91ans pour les femmes. Conséquence ? Le nombre
de personnes âgées de plus de 65 ans ne cesse d’augmenter en
Belgique (1,7 million en 2000 et 1,8 million aujourd’hui) et, selon
l’INS, ce chiffre devrait pratiquement doubler d’ici à 2060, plus
d’une personne sur quatre atteignant alors au moins 65 ans ! En soi,
ceci n’a rien d’inquiétant. Si ce n’est que depuis l’après-guerre,
notre société n’a plus connu de baby-boom et que la part de la
population des 15-64 ans continuera à diminuer, passant de 66% à
58,5% d’ici à 2060.
La
problématique se précise donc : Si aujourd’hui, le rapport entre les
actifs et les plus de 65 ans et est de un pour quatre, ce rapport serait
en 2060 de un pour deux ! Or, les pensions légales sont financées par le
budget de la sécurité sociale, lui-même alimenté à 66% par la population
active via les cotisations sociales des travailleurs et les cotisations
patronales. On comprend mieux les raisons qui poussent aujourd’hui les
uns (comme les syndicats ou les mouvements sociaux des aînés, dont l’UCP,
Mouvement social des aînés) à mettre le dossier des pensions à l’agenda
politique et les autres (comme certaines banques et compagnies
d’assurance) à brandir les risques que cette situation pourrait
engendrer pour inciter les actifs d’aujourd’hui à épargner eux-mêmes
pour leur pension…
Mise à l’agenda
politique
Consolider
l’avenir des pensions. Tel est l’objet de la Conférence Nationale des
Pensions qui réunit depuis deux ans les acteurs politiques, les
interlocuteurs sociaux (syndicats et patronat) et les mouvements sociaux
d’aînés (dont l’UCP). Cette Conférence vient d’accoucher d’un « Livre
vert» qui doit servir de base de travail pour prendre, dans les
prochains mois, des décisions politiques importantes sur l’avenir des
pensions (1). Dans ce volumineux document de 300
pages, on découvre, d’une part, un état des lieux et le point sur la
viabilité actuelle de notre système de pensions, et, d’autre part, une
série de questions et d’orientations pour débattre et identifier les
priorités de travail des gouvernements fédéraux à venir. Le « Livre
vert » devrait ainsi déboucher, cet été, sur un « Livre blanc ».
Face à
l’ampleur de l’enjeu, il est illusoire de croire que tout pourra être
résolu d’un simple coup de baguette magique. Il faudra donc choisir les
priorités d’action, baliser le cadre des évolutions du système de
pensions et formuler des recommandations précises.
Si nous
aspirons tous à avoir une « bonne » pension de retraite, ou une retraite
« suffisante », force est donc de constater que nous avons chacun des
attentes et des conceptions différentes en fonction de nos parcours de
vie. Des attentes le plus souvent bien légitimes, quand on sait que plus
d’une personne âgée sur quatre vit sous le seuil de pauvreté (892 euros
par mois) ou quand on compare la pension moyenne mensuelle d’un salarié
(924 euros) avec le coût moyen mensuel en maison de repos, sans les
suppléments (1.164 euros). Certes, ces moyennes présentent des limites
mais elles expriment une tendance bien réelle : trop de personnes âgées
ne peuvent nouer les deux bouts sans d’autres ressources propres ou sans
l’aide de la famille et/ou du CPAS.
Un double défi
Le débat est
complexe et le défi double. Non seulement il faut apporter des réponses
pour absorber le coût financier structurel lié au vieillissement de la
population mais, plus encore, il faut revaloriser les montants actuels
et à venir des pensions de retraire les plus basses. Certains sont prêts
à améliorer le système pour le rendre plus juste et plus solidaire alors
que d’autres se contenteraient de relever le premier défi ! Pour les
premiers, c’est en priorité le premier pilier qui devrait bénéficier de
nouvelles mesures de renforcement (voir encadré). Pour les seconds, les
avancées devraient bénéficier davantage aux deuxième et troisième
piliers. Mais il y a fort à parier qu’une troisième voie sera
privilégiée au nom de notre traditionnel compromis à la belge.
Les clés du financement
Le Livre
vert plaide pour un «renforcement du premier pilier» (la pension légale)
et la «démocratisation du second pilier» (les assurances groupes). Il en
fait deux instruments complémentaires, ce qui est particulièrement
interpellant. Favorable au renforcement du premier pilier de pension, l’UCP
estime qu’il n’est pas opportun de suivre les recommandations de l’Union
européenne, à savoir reculer l’âge légal de la retraite, augmenter les
cotisations sociales ou encore diminuer le montant des pensions de
retraite. Par contre, selon l’UCP, il y a lieu de prendre des mesures
pour augmenter le taux d’emploi de la population en âge de travailler et
d’encourager l’augmentation de l’âge effectif (et non légal) de prise de
la retraite de 57 à 60 ans. Par ailleurs, l’UCP estime nécessaire de
renforcer le financement alternatif de la sécurité sociale par des
rentrées autres que celles qui proviennent des revenus du travail. A
défaut d’alimenter le fonds de vieillissement(2)
tant que l’Etat n’est pas revenu à l’équilibre budgétaire, ne
faudrait-il pas revoir les réductions d’impôts et de cotisations
sociales accordées aux employeurs pour les assurances de groupe pour
augmenter d’autant le budget de la sécurité sociale en matière de
pensions légales ?
Une priorité pour
toutes les générations
Notre
société, en perpétuelle évolution, se trouve aujourd’hui à la croisée
des chemins. Un peu comme pour l’avenir de la planète autour de
l’environnement et du climat. L’avenir des pensions est devenu un enjeu
de société majeur pour ce XXIème siècle. Car la question n’est pas de
savoir s’il y aura toujours une pension de retraite ou non demain, comme
on le laisse sous-entendre dans certains milieux, mais plutôt de savoir
à quelle hauteur, pour qui, pour quoi, au nom de quelles valeurs et pour
garantir quel vivre ensemble dans notre société ? Il s’agit de bien
peser le pour et le contre du changement du modèle existant. Car nos
choix d’aujourd’hui auront des conséquences sur l’ensemble des
générations, des aînés aux plus jeunes… qui seront les aînés de demain.
// Frédéric Possemiers, service pensions de la
MC
Sur le sujet, lire aussi l’éditorial d’Alda
Greoli en page 16.
(1) Plus d’infos sur
le Livre vert, sur une première analyse de celui-ci et sur la précarité
chez les aînés : www.ucp-asbl.be
(2) Réserve financière
au sein de la Sécu pour payer les pensions de demain.
Les trois piliers de pensions
> Le 1er pilier de pension englobe
les trois régimes de pensions existants, à savoir ceux des
travailleurs salariés, des travailleurs indépendants et des agents
statutaires de la fonction publique. C’est la pension légale collective,
le seul pilier qui garantit aux citoyens un revenu de remplacement une
fois à la retraite, quel que soit le parcours de vie. Le montant, versé
mensuellement jusqu’au décès, est calculé sur la base de la carrière
professionnelle. Il s’agit, en théorie, d’un certain pourcentage du
salaire, variant en fonction de l’état civil, de la composition du
ménage, du profil et de la durée de la carrière, mais aussi des aléas de
la vie (incapacité de travail, perte d’autonomie, demande d’emploi,
interruption de carrière, veuvage, divorce…).
Par ailleurs
une pension minimale peut être garantie grâce à la solidarité
interpersonnelle des travailleurs. Les pensions de retraite et de survie
des actuels pensionnés sont financées par les actifs d’aujourd’hui (via
les cotisations sociales). C’est ce qu’on appelle le système par
répartition au sein de la sécurité sociale, reposant à la fois sur une
logique « assurantielle » (proportion entre cotisations et prestations)
et une logique de « solidarité » (des actifs vers les inactifs). Un
second filet de protection sociale existe par ailleurs pour les
personnes défavorisées n’ayant pas eu de carrière professionnelle assez
longue. Il s’agit de la GRAPA (garantie de revenu aux personnes âgées).
> Le 2ème pilier de pension, dite
complémentaire, est une pension extralégale semi-collective,
dans la mesure où seuls 50% des travailleurs salariés en bénéficient
(les mieux lotis), ce qui constitue donc une inégalité de taille. Il
s’agit, pour l’essentiel, des « assurances groupes » reposant sur un
système de capitalisation (et pas de répartition) financé par
l’employeur (et parfois le travailleur), moyennant des réductions de
cotisations sociales et d’impôts pour l’entreprise. Pour le travailleur,
ce système rend incertain le niveau de pension complémentaire. En
effet, celui-ci repose sur les résultats des marchés financiers et
boursiers, faisant le jeu des banques et assurances. Par ailleurs, les
rendements peuvent varier selon la fonction du travailleur dans
l’entreprise et/ou le secteur d’activités.
> Le 3ème pilier de pension est la
pension extralégale individuelle, qu’il conviendrait
davantage de rebaptiser par « épargne individuelle ». Ici le citoyen, et
pas uniquement le travailleur, a la possibilité de contracter une
épargne-pension auprès d’une banque de son choix, dont une partie
plafonnée est déductible fiscalement. Ici aussi le système est fragile
car il dépend du marché financier. D’aucuns s’en sont rendu compte lors
de la récente crise boursière.
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