Santé
(4 septembre 2008)
Accompagner la personne âgée
désorientée
et son entourage
Que la
maladie se nomme Alzheimer, Parkinson, que l’on parle de confusion, de
désorientation ou de démence… les souffrances endurées par les familles et
les patients laissent des traces indélébiles sur les corps et des blessures
profondes dans les cœurs.
Peu
à peu on perd pied, las, épuisé de vivre aux côtés d’un parent, d’un
conjoint désorienté que l’on ne reconnaît plus. La distance se creuse même
lorsque tout est mis en œuvre pour être (constamment) présent. Apprendre à
vivre avec l’inconcevable quotidien devenu contraignant, c’est avant tout
accepter la personne chère qui devient l’ombre d’elle-même, se détache de
tout, surtout de nous…
Une histoire
qui s’écrit au jour le jour
Je vous attends dimanche de
bon matin vers huit heures m’a dit monsieur A. Mon épouse dormira encore,
nous pourrons discuter tranquillement.
La maison lumineuse est
baignée par le soleil qui y pénètre abondamment. L’endroit est plus
qu’agréable. La terrasse où nous nous installons donne sur un jardin coloré
et très bien entretenu. Qui imaginerait qu’entre ces murs se déroule depuis
cinq ou six ans, une histoire familiale et surtout conjugale des plus
chahutée. L’état de santé de l’épouse de monsieur A., atteinte de la maladie
d’Alzheimer, s’aggrave. A bien y réfléchir, dit cet homme jovial, la
septantaine bien engagée, cela fait treize années que les premiers signes
sont apparus, mais sans réelles conséquences parce qu’isolés et sans
gravité. Des changements préoccupants sont survenus au moment de la
construction de notre nouvelle maison et du déménagement qui a suivi. Ma
femme manifestait de moins en moins d’entrain à organiser notre nouvelle
vie. Quelle déception! Je pensais à un caprice ou à la peine de quitter le
logis qui avait vu grandir notre famille et s’écouler des jours heureux. Le
jour du déménagement, je n’étais pas encore certain que nous allions nous
installer définitivement dans cette maison qu’elle avait pourtant désirée.
Ce projet, nous l’avions conçu ensemble mais elle me le laissait porter
seul. Ce ne fut qu’une fois les meubles familiers installés qu’elle déclara
pouvoir bien se plaire dans ses nouvelles briques. Ce fut un réel
soulagement pour moi. Une trêve pourtant de courte durée. Progressivement,
elle s’est mise à répéter les mêmes questions et à se désintéresser
progressivement de tous et de tout. Aujourd’hui son état général exige que
je sois constamment à ses côtés, seule manière pour elle de se poser
quelques instants.
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Communiquer et se faire comprendre
d’elle deviennent
difficiles. |
Notre médecin traitant m’a
dit d’emblée qu’il pouvait s’agir d’une maladie grave. Orientés vers des
spécialistes, tout d’abord un neuropsychiatre, chez qui cela ne se passe pas
bien, ensuite vers le cabinet d’une gériatre, chez qui le diagnostic nous
tombera dessus comme une guillotine. Ma vie a basculé en quelques secondes,
tout s’est écroulé, dit-il, et notre quotidien est entré dans une sorte de
spirale qui n’en finit pas. Cette maladie ne connaît pas de guérison, on
n’en réchappe pas. Elle ne vous quitte pas et vous tue à petit feu. Ce
fléau efface petit à petit l’image familière et attachante de l’être qui,
par la maladie devient l’ombre de ce qu’il fut. Je redoute, poursuit-il le
moment où elle ne me reconnaîtra plus. J’en ai déjà vu de toutes les
couleurs mais ce moment, si vous saviez comme je le redoute.
La perte progressive
des repères
Le traitement ralenti la
progression du mal, mais ne lui rend pas son autonomie. Aujourd’hui, ma
femme a besoin d’une assistance permanente. Pour se lever, sans ma présence,
elle reste au lit ou se lève, mais ne se lave pas. Elle enfile alors ses
habits sur la chemise de nuit qu’elle a gardé, quand elle ne termine pas par
mettre son soutien-gorge par-dessus tout. Pour la toilette du matin, je dois
lui décrire tous les gestes qu’elle a à accomplir. Elle a décrété, une fois
pour toutes, qu’elle ne voulait plus de la douche. Pour manger, c’est
pareil. Elle a bon appétit, mais il n’est plus possible pour elle de prendre
une tartine, de la beurrer et d’y déposer une garniture. Sans mon aide, elle
trempe son pain dans la boîte de margarine, ouvre les sachets de fromage et
de charcuterie, mais les referme aussitôt la plupart du temps sans se
servir, comme si elle n’avait droit qu’à un bout de pain sec. Elle qui a été
une bonne vivante! Après le repas, elle commence volontiers la vaisselle,
mais sans ma présence, celle-ci se fera à l’eau froide, sans détergent ni
lavette et la tâche sera abandonnée avant d’être terminée. Les objets seront
rangés au frigo, ou dans le four, quelque part dans la cuisine, mais
pratiquement jamais à l’emplacement habituel. Les choses se font en dépit du
bon sens. Je vis avec elle dans l’insensé, une incohérence presque totale.
Communiquer et se faire comprendre d’elle deviennent difficiles.
Quelques bonheurs
partagés
Son bonheur, c’est
d’embarquer avec moi en voiture et de rouler, et rouler encore. Ca, elle
raffole. Idem pour le théâtre et le cinéma. Elle adore, dit-il dans un
sourire, mais ces derniers temps elle manifeste la volonté de partir avant
la fin du spectacle… Je vois qu’elle ne suit plus tout ce qui se passe. Son
intérêt pour les choses est actuellement de (très) courte durée.
Aujourd’hui je suis usé,
j’ai besoin de souffler de temps à autre… sans sa présence à mes côtés.
Mettre des mots
sur ce que l’on vit
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Aujourd’hui je suis usé, j’ai besoin de souffler de temps à
autre… sans sa présence à mes côtés. |
Il y a deux ans, j’ai
contacté la Ligue Alzheimer pour suivre une formation proposée en six
soirées. L’un de mes fils m’a accompagné. Nous avons appris de nouvelles
choses. J’ai aussi mieux compris la
maladie, j’ai pleuré et me suis confié.
Cela m’a fait du bien. Dans la vie de tous les jours, mes enfants me
soutiennent et, pour le ménage, une dame me remplace une fois par semaine.
Par la mutuelle et son service d’aide et de soins à domicile, j’ai bénéficié
d’une aide ménagère. Mais en fin de compte, c’est d’une garde à domicile
dont j’ai réellement besoin pour tenir compagnie à ma femme un après-midi
par semaine et qui ne sera là que pour elle. Il va falloir que je m’organise
pour bien profiter de ce temps qui se libère et qui me sera réservé.
J’aspire à vivre d’autres choses pour poursuivre le chemin avec elle le plus
longtemps et le plus sereinement possible. Ce qui est de moins en moins
facile, je dois bien me l’avouer.
Envisager le jour où…
Je projette de rentrer en
maison de repos lorsque je ne pourrai plus assumer la situation entièrement,
soupire monsieur A. Je ne la laisserai pas y aller seule. Ca non, je ne peux
m’y résoudre. Ce serait comme un abandon…
Notre entretien touchant à
sa fin est brusquement interrompu par la sonnerie de la porte d’entrée. Un
voisin ramène madame qui s’est levée seule, a enfilé en catimini ses habits
au-dessus de son pyjama avant de s’éclipser discrètement dans la rue à notre
insu. Elle s’est volatilisée pour rejoindre la maison familiale de son
enfance à quelques quinze kilomètres de sa demeure actuelle dans l’espoir
d’y retrouver sa maman, décédée depuis longtemps. C’est sa quatrième
“échappée” en quelques semaines, toujours pour la même raison.
Anne
Jaumotte
UCP,
mouvement
social des
aînés
D’autres aidants proches témoignent
Mireille
vit avec son conjoint cérébro-lésé à la suite d’un grave accident de
voiture. Il est totalement dépendant et oublie dans la minute ce qu’il vient
de dire, de faire ou demander. Si la question lui est posée de savoir de
quelles aides il a besoin, sa réponse est claire et sans équivoque: il se
débrouille seul, tout va bien.
Pour Mireille, l’aide
qu’elle apporte est difficile à vivre, même si elle sait que cela fait
partie de la maladie de son époux. Sur le conseil d’un psychologue, nous
avons établi la règle du pense bête, dit-elle, sur lequel toutes les actions
quotidiennes sont répertoriées jour après jour. Chaque fois que l’une d’elle
est passée, je l’indique d’une croix afin qu’il ne se lave pas les dents 15
fois par jour, par exemple, ou qu’il ne réclame pas une toilette déjà faite
ou un repas déjà pris. Le quotidien est d’une lourdeur que vous ne pouvez
imaginer, dit-elle à mi-voix…
Gérard, quant à lui, a perdu
sa mère atteinte de la maladie de Parkinson. Au début, elle vivait au
ralenti, comme toutes les personnes âgées. Je devais me forcer à m’accorder
à son rythme. Lorsque les troubles cognitifs se sont aggravés, j’ai perdu
patience, épuisé que j’étais, impuissant devant cette déchéance qui me
révoltait. Je me suis senti seul et désarmé. Appeler à l’aide, c’était
impensable! Aujourd’hui je pense que l’on ne doit pas rester seul pour
affronter les accidents de la vie.
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Une journée d’information |
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L’UCP, mouvement social des
aînés, et Espace Seniors organisent le jeudi 25 septembre une journée sur le
thème : Accompagner la personne âgée désorientée et son entourage. Elle
s’adresse aux familles autant qu’aux professionnels.
Au programme:
La matinée: des spécialistes
éclaireront l’assemblée sur les caractéristiques des diverses formes de
désorientation et les moyens d’y faire face à domicile et en institution.
Seront abordées également, les difficultés liées à la communication, lorsque
les mots perdent de leur sens.
L’après-midi: sera consacrée
à des: échanges en ateliers centrés sur l’accompagnement à domicile et en
institution des personnes désorientées, le travail des groupes de parole
ainsi que des associations spécialisées dans le domaine de la maladie
d’Alzheimer, entre autres.
►Date:
Le jeudi 25 septembre.
Lieu:
au Plaza Art, rue de
Nimy, 11 à 7000 Mons (près de la Grand Place).
Prix:
5 EUR.
Infos et
inscription:
02/246. 46. 72 ou www.ucp-asbl.be
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De l’aide
et des conseils
Des
associations et des services peuvent donner un coup de main aux familles
confrontées à la désorientation. Elles mettent tout en œuvre pour informer
et soulager tant les patients que leurs proches, contribuant jour après jour
à mieux gérer la relation et le quotidien d’une personne désorientée et la (re)construction
d’un avenir commun.
Contacter:
►
La Fédération
des Aides et des Soins à Domicile (FASD) pour les services d’une garde à
domicile dans votre région. (02/735.24.24,
secretariat@fasd.be ).
Signalons que la revue
‘Contact’, publication trimestrielle de la FASD, a publié récemment deux
numéros consacrés au thème “Mieux approcher la démence”. A lire sur
www.fasd.be
►
Infor-Homes
pour trouver un lieu d’hébergement adapté (02/219.56.88,
www.inforhomes-asbl.be ).
►
La Braise
pour une prise en charge des adultes cérébro-lésés (02/523.04.94,
www.labraise.org ).
►
L’association
Parkinson pour des groupes de parole, des conseils de professionnels
(085/51.91.09,
www.parkinsonasbl.be ).
►
La Ligue
Alzheimer (04/ 229.58.10, www.alzheimer.be
),
Alzheimer Belgique (02/428.28.19,
www.alzheimerbelgique.be ),
Le Baluchon Alzheimer (02/
673.75.00,
www.baluchon-alzheimer.be ):
des groupes de parole, des formations/colloques, des informations pour ceux
qui vivent avec la maladie d’Alzheimer.
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