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Grisonner et garder toute sa tête

L’âge venant, certaines fonctions s’amenuisent, tandis que d’autres restent intactes, voire s’améliorent. "Je n’ai plus la mémoire d’autrefois", entend-on souvent. Pourtant, ceux qui s’en plaignent lisent le journal, regardent la télévision, achètent ce dont ils ont besoin, se promènent dans des lieux connus ou inconnus toutes sortes d’activités qui, d’une manière ou d’une autre, font appel à la mémoire.

L’étude scientifique des effets de l’âge.

Depuis une dizaine d’années, la recherche s’intéresse de plus en plus aux changements liés à l’âge dans le fonctionnement mental. Cette recherche porte sur ce qu’en psychologie on appelle les processus cognitifs. Cette démarche est très différente de celle consistant à utiliser des tests pour mesurer les capacités intellectuelles d’individus particuliers. Le but est de comprendre ce qui se passe, plutôt que de décider si le phénomène est normal ou pathologique. En pratique, la recherche s’effectue au moyen d’expériences essayant de simuler en laboratoire des conduites de la vie quotidienne. On étudie par exemple très minutieusement la façon dont les adultes jeunes et âgés lisent un texte sur lequel ils sont ensuite interrogés. Dans ce genre de recherche, les lecteurs peuvent choisir la vitesse avec laquelle le texte est lu. Celui-ci est présenté morceau par morceau sur un écran d’ordinateur ; les lecteurs font apparaître chaque phrase une à une en poussant sur une touche. On peut ainsi mesurer avec une très grande précision le temps mis par chacun pour lire chaque phrase du début à la fin du texte. En procédant de cette manière, on a pu montrer que les adultes jeunes et âgés ne lisent pas un texte de la même manière ; certains lecteurs âgés font notamment plus de pauses, ou de pauses plus longues, comme s’ils avaient besoin de davantage de temps pour "assimiler" les informations. Des recherches de ce genre, comme d’ailleurs toutes les expériences de psychologie qui font appel à des volontaires, doivent respecter des règles éthiques définies par la communauté scientifique. Nul ne peut-être contraint de participer à une expérience contre son gré ; il ne peut pas non plus y être incité par rémunération équivalente à un salaire. L’expérience peut être interrompue à tout moment sans nécessiter de justification. La recherche doit viser le progrès des connaissances et ne présenter aucun risque pour les volontaires. L’expérimentateur doit expliquer dans les grandes lignes les buts poursuivis, de manière compréhensible, de manière à obtenir le consentement informé des participants.

A l’UCL aussi, un ensemble de recherches sur le vieillissement cognitif.

Depuis une dizaine d’années, le département de psychologie expérimentale de l’UCL s’est engagé dans ce type de recherches. Dans la plupart des pays industrialisés, les chercheurs se posent les mêmes questions : comment peut-on expliquer qu’avec l’âge, certaines performances déclinent, alors que d’autres se maintiennent à un niveau élevé ? Un premier type d’explication repose sur l’idée que le fonctionnement mental résulte d’une machinerie complexe, comportant de nombreux éléments. Certaines composantes subissent une "usure" plus rapide que d’autres. Le vieillissement révèle ainsi l’existence de différents compartiments dans le système des connaissances emmagasinées. Nous n’avons pas une mémoire, mais plusieurs. Nous pouvons avoir oublié ce qui vient d’être dit dans une conversation, mais parfaitement reconnaître notre interlocuteur, se souvenir qu’il s’agit d’un ancien collègue de bureau, savoir que ce bureau se situait dans la capitale, etc… Cette approche, dite analytique, tente de découper les tâches en divers éléments afin d’identifier précisément le ou les composants du système qui sont à l’origine du problème.

Dans cette autre direction, on cherche au contraire ce qu’il y a de commun à toutes les capacités préservées d’une part, à toutes les capacités en déclin d’autre part, pour identifier un "facteur général". L’objectif est de découvrir un petit nombre d’explications pour un grand nombre d’observations. Plusieurs propositions ont été en ce sens. Si l’on gomme les détails, on peut les regrouper sous l’étiquette des "effets de difficulté" : les différentes entre les personnes jeunes et âgées seraient minimes dans les tâches faciles et accentuées dans les tâches plus exigeantes. Malheureusement, si l’on regarde les choses de près, on voit qu’il existe de nombreuses manières de définir ce que l’on entend par difficulté d’une tâche : le temps nécessaire à sa réalisation, le degré d’attention qu’elle exige, le nombre d’éléments à mettre en relation, etc… Tout comme celles poursuivies dans d’autres universités, les recherches en cours à l’UCL visent à clarifier cette conception des effets de l’âge et à examiner dans quelle mesure elle s’oppose réellement à des approches plus analytiques.

La suite du programme.

Par le biais des "Actions de recherche concentrée", la Communauté française de Belgique a accordé à l’UCL le budget permettant de financer un nouveau programme de recherches, intitulé "Le vieillissement cognitif : au-delà des facteurs généraux". Jusqu’à présent, les participants à ces recherches ont été contactés grâce à la collaboration de l’Université des aînés, ainsi que par l’intermédiaire de l’Union Chrétienne des Pensionnés (section du Brabant wallon). Il est souhaitable d’élargir cette base afin de ne pas solliciter trop souvent les mêmes personnes ; c’est dans cette perspective qu’est lancé un nouvel appel aux volontaires (voir encadré).

 

Appel aux volontaires

Les personnes acceptant de collaborer aux recherches menées à l’UCL sur le vieillissement cognitif peuvent fournir leurs coordonnées (nom, adresse, numéro de téléphone) ou demander

des renseignements à l’adresse ci-dessous.

Département de psychologie expérimentale

place du Cardinal Mercier, 10

1348 Louvain-la-Neuve

Téléphone : 010/47. ? ? ?

Les responsables du projet sont Pierre Feyereisen, Michel Hupet et Martial Van der Linden.

 

 

Les recherches effectuées dans le cadre de ce programme ont un caractère fondamental. Le but est de comprendre avant d’agir. Les chercheurs restent toutefois préoccupés par les retombées pratiques de leurs travaux. Une fois que l’on a identifié la nature des problèmes que rencontrent les personnes âgées et mesuré l’étendue de potentialités qui sont les leurs, on peut proposer diverses mesures améliorant le fonctionnement dans la vie quotidienne. Et comme les connaissances que nous conservons en mémoire dépendent d’un réseau complexe de relations entre éléments (par exemple, le lien entre un visage familier et un nom de personne), les interventions efficaces sont celles qui envisagent la multiplicité des facteurs qui jouent un rôle entre le moment où une information est reçue et celui où l’on doit la récupérer.

 

A propos de quelques idées concernant les personnes âgées :

VRA ou FAUX ?

Les auteurs d’une recherche interdisciplinaire sur l’état psychologique, la santé et les conditions socio-économiques des personnes âgées présentent les conclusions de leur travail sous la forme d’un jeu "vrai ou faux". Grâce à la participation de 516 habitants de Berlin âgés de 70 à 100 ans, ils montrent que certains préjugés ne résistent pas aux observations. Voici quelques extraits de ces conclusions.

 

  • "La mémoire décline avec l’âge". VRAI : même après exclusion des réponses de personnes atteintes de démence, les performances diminuent entre 70 et 100 ans.
  • "La plupart des personnes âgées ne peuvent plus apprendre de nouvelles choses". FAUX : dans une tâche où on demandait de mémoriser une liste de 16 mots, les 2/3 des participants ont sensiblement amélioré leur score du premier au deuxième, ou du troisième essai.
  • "De bonnes études et un métier stimulant protègent des effets du vieillissement". FAUX : l’exercice des fonctions intellectuelles permet d’atteindre de meilleurs scores dans les épreuves proposées mais ceux-ci diminuent avec l’âge dans toutes les catégories de la population.
  • "La plupart des personnes âgées souffrent de déficiences intellectuelles". FAUX : la proposition de scores considérés comme pathologiques est de 17% environ pour l’ensemble de l’échantillon.
  • "Près de la moitié des nonagénaires montrent un déclin des capacités cognitives". VRAI ; le diagnostic de démence est rare chez les personnes dans la septantaine mais monte à 60% au-delà de 95 ans.
  • "La plupart des personnes âgées se disent en mauvaise santé". FAUX : ce pourcentage de réponses est de 14%, contre 29% considérant la santé bonne ou très bonne, 38% satisfaisante et 19% correcte.
  • "Les troubles dépressifs augmentent avec l’âge". FAUX : l’enquête ne montre aucune différence entre les personnes âgées et très âgées.
  • "Beaucoup de personnes âgées vivent en institution". FAUX : le pourcentage estimé par l’enquête est d’environ 15%.

Source : Paul B. Baltes& Karl U. Mayer (Eds.) The Berlin aging study : aging from 70 to 100.