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La santé de nos enfants

L'hygiène intime du petit garçon (1er janvier 2004)

Lorsque les parents ont leur premier garçon, beaucoup de questions se posent à eux sur la bonne attitude à adopter quant à l'hygiène du pénis de leur fils. Décalotter ? Circoncire ? Laisser faire la nature ? Dans ce domaine, à chacun sa théorie. Et pas question d'espérer rencontrer un consensus chez les médecins!

A la naissance d'un enfant, point de mode d'emploi. Les parents, et les mères en particulier, font souvent ce qu'ils peuvent, ce qu'ils pensent être le mieux pour leur enfant. Face au petit bonhomme, la question du décalottage se pose un jour ou l'autre. Bon nombre de parents vont tenter de se renseigner sur l'attitude la plus adaptée à adopter. Et là, c'est l'effusion de théories...

Petite leçon d'anatomie

A la naissance, le prépuce couvre l'extrémité du gland et y adhère complètement. Il ne s'en décollera naturellement que progressivement. Chez 95% des nouveaux nés, l'orifice formé par le prépuce est serré. Plus tard, la rétraction du prépuce peut rester difficile : elle est impossible chez 50 % des petits garçons d'un an, 20 % des petits de 2 ans et 10 % des gamins de 3 ans. Ce n'est donc pas un phénomène anormal. Et les érections spontanées de l'enfant ou du nourrisson ne permettent jamais une mise à nu totale du gland, ce qui n'est atteint qu'à l'adolescence. Car l'anneau prépucial, à savoir l'ouverture du prépuce, va s'élargir et devenir élastique avec le temps. En fait, le développement du pénis du petit garçon est très progressif et peut prendre plusieurs années. Avec les érections, peu à peu et naturellement, le gland et le prépuce vont normalement se séparer.

Actuellement, donc, les parents sont confrontés à plusieurs théories que voici.

Méthode ancienne, à la dure !
Il fut un temps où le décalottage était pratiqué d'office chez les nourrissons, d'abord par les grands-pères ou par le barbier. Aujourd'hui, certains pédiatres continuent dans cette voie, le considérant comme nécessaire pour éviter des difficultés lors des premiers rapports sexuels notamment, avec un risque de saignement et d'infection. Naguère, le décalottage était pratiqué sans aucune préoccupation de la douleur ressentie par le bébé ou l'enfant et des dégâts qu'ils pouvaient occasionner. D'un coup sec, le prépuce était séparé du gland, provoquant une douleur intense pour l'enfant, mais aussi des conséquences psychologiques importantes. Sans compter que les risques d'infection prétendument évités étaient tout simplement favorisés... La seule certitude en matière de décalottage est que cette méthode est à proscrire. Hélas, il existe encore quelques pédiatres de cette ancienne école qui pratiquent encore cet acte traumatique.
D'autres pédiatres préconisent de forcer ce décollement, tout en prenant la précaution d'appliquer une crème anesthésiante avant de décalotter pour la première fois. Cet acte reste néanmoins traumatisant psychologiquement pour le petit garçon. Sans compter que, pour peu que la crème n'ait pas eu le temps d'agir, ait été mal appliquée ou que le pansement censé la maintenir en contact avec la peau ait bougé, la douleur sera là ainsi que l'impact psychologique. Car il s'agit toujours d'une dilatation forcée du prépuce, même si elle n'est plus aussi brutale, qui sera suivie par deux jours au moins de douleurs intenses pour l'enfant lorsqu'il doit uriner. Par la suite, les parents sont sensés pratiquer régulièrement cet acte, chose que l'enfant ne voudra certainement pas laisser faire !
La majorité des pédiatres, considérant que le décalottage est nécessaire vers 6 mois, recommande de tirer très doucement sur le prépuce du petit garçon, sans essayer de le rétracter, tous les jours, dans le bain. Le but étant de séparer progressivement prépuce et gland.
D'autres proposent également une légère intervention chirurgicale sous anesthésie générale pour permettre le décalottage, avec les mêmes douleurs post-opératoires pour l'enfant.
Aux Etats-Unis, comme dans les cultures juives et musulmanes, la circoncision est largement répandue. L'argument invoqué étant qu'il s'agit d'une réponse efficace en terme d'hygiène. Le gland dénudé étant plus facile à nettoyer, il est vrai que cette méthode radicale présente ses avantages. En tout cas pour les adultes.
A l'opposé, en Europe et au Canada, on rencontre les partisans du "laissez faire la nature". Ils suivent les recommandations d'associations américaines, canadiennes ou françaises de pédiatrie, qui considèrent que "moins on touche au prépuce du petit garçon, moins on a d'ennuis".
Devant cet éventail d'attitudes, les jeunes parents se trouvent bien désemparés. Pour préparer cet article, quelques parents et médecins ont été sondés et le résultat est qu'il y a autant d'attitudes que de personnes interrogées ! Mais rares sont les parents qui disent sans hésiter avoir fait le bon choix... On entend très souvent "j'aurais dû" ou "je n'aurais pas dû".

L'opération dans des cas précis
Tout d'abord, on l'a dit, la méthode à la dure doit être d'office rejetée car elle est génératrice de douleurs inutiles et de risques de déchirement de l'orifice, de saignements et de traumatismes. De plus elle peut engendrer un paraphimosis, c'est-à-dire que le prépuce reste coincé derrière le gland, ce qui est un cas d'urgence !
Pour ce qui est des opérations chirurgicales, au vu des théories les plus crédibles, elles semblent réservées à des cas pathologiques bien précis, comme un phimosis, c'est-à-dire lorsque le prépuce est tellement étroit qu'il empêche tout décalottage. Une théorie qui est réfutée par les associations de pédiatres, comme nous le verrons par la suite, puisqu'elle ne peut s'appliquer qu'aux adultes.
Les interventions chirurgicales s'imposent aussi dans les cas de balanites - une inflammation du gland et du sillon entre le gland et le prépuce - résistant au traitement antibiotique, certaines scléroses du prépuce dues à des érythèmes fessiers mal soignés ou un paraphimosis irréductible.
Parmi ces interventions, la circoncision peut être pratiquée pour des raisons médicales, mais aussi culturelles ou religieuses - et ici, il est difficile et délicat de juger du bien-fondé. Quant à savoir si un pénis circoncis est plus "hygiénique" qu'un pénis non-circoncis, rien ne permet de l'affirmer, à condition que l'enfant vive dans des conditions normales d'hygiène...
Enfin, pour ce qui est du décalottage proprement dit, le débat reste ouvert, entre les partisans du laisser-faire, ceux du décalottage progressif et ceux du décalottage sous anesthésie.
Autrement dit, à chaque parent d'agir au mieux de ses convictions, ... En attendant qu'un consensus soit enfin trouvé et communiqué aux pédiatres...
 

Carine Maillard

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Pour ou contre le décallotage?

Arguments des "pro-décalottage" et réponses des partisans du "laissez faire la nature".

- "Il faut éviter le phimosis". Non, répondent les "pro nature" : ce resserrement de l'orifice du prépuce est tout à fait normal chez le nourrisson et évolue avec le temps, de la manière la plus naturelle qui soit. Le phimosis n'est pathologique que chez les adultes chez qui, effectivement, l'intervention s'impose. Mais pas chez les enfants.


- "Il faut éviter l'accumulation de smegma", à savoir une sécrétion produite pour permettre, notamment au moment de l'érection, au prépuce de bien glisser sur le gland. S'il est vrai que le smegma peut créer des dépôts plus ou moins solides suite à sa macération et son mélange aux peaux mortes, entre le prépuce et le gland, les partisans du "laisser faire" rétorquent qu'il n'est produit qu'après la puberté, et non chez les bébés et les enfants.
 

- "Il faut nettoyer partout pour éviter les infections". Encore faux, disent les détracteurs. Il n'est ni nécessaire ni souhaitable d'exposer et de laver des parties du gland et l'intérieur du prépuce non séparés naturellement. Il suffit de nettoyer le pénis à l'extérieur, comme n'importe quelle autre partie du corps. C'est l'urine qui se charge de nettoyer les peaux mortes et agit comme un antiseptique. Le décallotage forcé est justement source d'infections.
 

- "L'enfant a un prépuce anormal". Ridicule, rétorquent les opposants. Trop étroit, trop long ou en trompe d'éléphant, tous les prépuces sont normaux. Car avec les années, il sera rempli par le corps du pénis.
 

- "Une fois le décalottage pratiqué, il faut continuer de le faire à la maison". Surtout pas ! Les partisans de la nature vous recommanderont de vous en tenir là. Il ne faut pas répéter les traumatismes, car chaque déchirement de l'anneau prépucial va donner naissance à une cicatrice. Or, les tissus cicatriciels sont moins élastiques que les tissus normaux. Une accumulation de cicatrices va donc rendre cette ouverture moins élastique et risque de provoquer le phimosis que précisément, le décalottage était sensé éviter.


C.M.

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