Santé
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Les génériques mal-aimés et malmenés
Les
médicaments génériques sont de qualité équivalente aux médicaments originaux
mais coûtent bien moins cher. Pourtant leur consommation reste faible dans
notre pays. En cause ? Des obstacles légaux, des stratégies dans le chef des
firmes pharmaceutiques ainsi qu’un manque d’informations et de confiance de
la part des médecins, patients et pharmaciens.
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Reporters |
Lorsqu’une entreprise pharmaceutique met au point un nouveau
médicament, elle reçoit pour lui un brevet de 20 ans. Celui-ci lui
permet d’être la seule à pouvoir le mettre sur le marché. Après
l’expiration du brevet, d’autres firmes peuvent produire ce
médicament, en lui donnant un autre nom souvent basé sur le nom
scientifique de sa substance active. C’est alors un médicament
générique. Ce dernier doit être enregistré par le Service Public
Fédéral de la Santé publique, comme tout médicament. Pour cela, il
doit répondre à une série de critères de qualité: il doit contenir
la même substance active que le médicament original, le même dosage
et la même forme. Il doit se diffuser dans le corps humain avec la
même rapidité et en même quantité que le médicament original pour
obtenir exactement les mêmes effets. C’est ce qu’on appelle la
« bioéquivalence ».
Le marché des
médicaments génériques reste faible dans notre pays même s’il est en
augmentation depuis quelques années : moins de 10% des produits
pharmaceutiques vendus en officine
(1), ce qui est très
peu au regard de pays comme l’Allemagne, la Suède, le Danemark, les
Etats-Unis (environ 40% dans ces pays) ou le Royaume-Uni (22%). Ces pays
ont, depuis bien longtemps, une « culture » des médicaments génériques, les
gouvernements ayant pris des mesures pour favoriser leur prescription. Il
n’en va pas de même dans les pays du sud de l’Europe (France, Grèce, Italie,
Espagne…) où les génériques ne dépassent pas la barre des 1 à 3% de parts de
marché. L’absence de politique volontariste et un prix moyen des médicaments
relativement bas expliquent en partie cette situation.
Une concurrence inégale
Dans son mémoire
de fin d’études en droit, Laurie Caucheteux a analysé les réticences et
freins au développement des médicaments génériques
(2).
« La première raison tient au régime de propriété intellectuelle fort
protecteur, avance-t-elle. Les brevets ont une durée de 20 ans mais bien
souvent, un certificat complémentaire de protection est accordé afin de
prolonger de quelques années encore la période de monopole commercial. Cela
reporte d’autant la mise sur le marché de médicaments génériques ».
Par ailleurs,
les firmes pharmaceutiques développent diverses stratégies pour accroître la
durée d’exclusivité de leurs brevets et sauvegarder leurs parts de marché,
comme l’explique Laurie Caucheteux. «Par exemple, les firmes déposent un
nombre important de brevets pour les différentes structures chimiques de la
même molécule afin de retarder ou bloquer l’entrée des médicaments
génériques sur le marché. Ou encore, elles recourent à des demandes de
« brevets divisionnaires » pour séparer une demande initiale, ce qui
complique les choses et augmente l’insécurité juridique pour les entreprises
génériques. Elles introduisent aussi des actions en justice en invoquant la
violation des brevets ou en contestant la bioéquivalence».
La riposte des firmes
La juriste
ajoute : « Une autre stratégie consiste à aligner le prix de la molécule
innovante sur le prix des médicaments génériques concurrents. Certaines
firmes procèdent également à la fabrication du médicament générique de leur
propre molécule ».
Ces pratiques
parmi d’autres ont été dénoncées dans un Rapport de la Commission européenne
fin 2008 (3). Celui-ci fait également apparaître que
des « entreprises pharmaceutiques innovantes » développent des stratégies
d’enregistrement de brevets dans le but, essentiellement, d’empêcher leurs
concurrents de mettre au point de nouveaux médicaments. Les conséquences de
toutes ces stratégies sont mesurables : nombre peu élevé de nouveaux
médicaments mis sur le marché en comparaison avec ce qui pouvait être
attendu, retard (sept mois en moyenne) dans l’introduction de médicaments
génériques sur le marché, et coûts supplémentaires substantiels pour les
budgets de santé publique et pour les patients.
De l’avis même
de Neelie Kroes, Commissaire européenne chargée de la concurrence, la
protection des brevets n’a jamais été aussi forte. Celle-ci ne stimule pas
les sociétés pharmaceutiques à chercher de vraies innovations et crée une
distorsion dans la concurrence avec les firmes de génériques
(4). La Commissaire plaide pour la création d’un brevet
unique pour l’Union européenne. Par ailleurs, les premières enquêtes
antitrust sont en cours et des ajustements réglementaires sont attendus pour
régler une série de problèmes dans le secteur.
Manque de confiance
Malheureusement,
les médicaments génériques font encore l’objet de trop de réticences et de
méfiance chez les professionnels de la santé. « Le corps médical est
largement influencé par les firmes pharmaceutiques qui se montrent très
généreuses à son égard et lui fournissent plus de 90% de l’information sur
les médicaments, explique Laurie Caucheteux. Ainsi, beaucoup de médecins
accordent prioritairement leur confiance aux spécialités originales ».
Au-delà de cette
force de l’habitude, certains médecins font part de leur scepticisme par
rapport à la bioéquivalence des génériques, évoquant des effets indésirables
ou une moindre efficacité après la prise du générique. Cependant, ces
derniers ne sont pas des médicaments au rabais. Ils sont surveillés de la
même manière que les produits de marque et on ne recense rien de probant
dans la littérature internationale à leur encontre. On sait aussi que le
simple fait de penser qu’un médicament va peut-être « moins bien marcher »
peut entraîner une moindre efficacité thérapeutique. C’est ce qu’on appelle
l’effet nocebo, moins connu que l’effet placebo, mais relevant aussi de
facteurs psychologiques.
Par ailleurs, au
sein du corps médical toujours, d’aucuns voient dans les génériques une
menace pour la recherche et l’innovation du fait de l’érosion des prix et
des marges qu’ils entraînent pour les « firmes innovantes ». Or, l’on
remarque que ce sont les pays les plus innovants qui mettent sur le marché
le plus de médicaments génériques. Les constats faits par la Commission
européenne et décrits ci-avant réfutent également cet argument.
Patients frileux?
Le doute et le
manque de confiance quant à la qualité des médicaments génériques
caractérisent aussi le comportement de nombreux patients. Laurie Caucheteux
l’a remarqué dans l’enquête qu’elle a menée auprès de 120 personnes d’âges
et de milieux différents. « La plupart des répondants savent que les
médicaments génériques sont moins chers que les originaux tout en étant de
qualité et non dangereux. Mais les plus âgés restent plus méfiants,
persuadés que ces ‘copies’ sont moins efficaces. Ils disent ne pas vouloir
brader leur santé ». Elle poursuit : « Il est frappant en tout cas de voir
combien les personnes accordent leur confiance à leur médecin et à leur
pharmacien. Beaucoup disent que si leur médecin leur prescrit des
génériques, elles ne remettent pas en cause ce choix. Cela montre la place
centrale des professionnels de la santé dans le choix des médicaments. D’où
l’importance de mieux les informer et de les sensibiliser à la question. Il
en va de même pour les patients d’ailleurs afin qu’ils interpellent
davantage leur médecin ou pharmacien».
Et de conclure :
« Contrairement aux idées reçues, le développement du marché des médicaments
génériques n’offre que des avantages : il permet à tous les patients l’accès
aux traitements de qualité à un prix moindre ; il réduit les dépenses de
sécurité sociale tout en dégageant de nouvelles marges budgétaires pour le
remboursement de nouveaux médicaments très onéreux. Et il stimule la
recherche et l’innovation dans un secteur sainement concurrentiel ».
// Joëlle Delvaux
(1)
Et
moins de 2% sur le marché hospitalier !
(2)
« Aspects intellectuels, concurrentiels et commerciaux des médicaments
génériques » - Laurie Caucheteux – Mémoire de fin d’études en droit de la
consommation – UCL – 2009.
(3)
« Enquête sectorielle dans le domaine pharmaceutique ». Rapport préliminaire
de la Commission européenne. DG Concurrence. 28 novembre 2008.
(4)
FeBelGen regroupe les 16 entreprises actives en Belgique dans le secteur des
médicaments génériques www.febelgen.be
Une politique volontariste
En Belgique, le
gouvernement fédéral a pris des mesures importantes visant à diminuer le
coût des médicaments et à promouvoir l’usage des génériques. Ainsi, en 2001,
il a instauré le système du « remboursement de référence » qui consiste à
accorder au médicament original la même base de remboursement que celle
attribuée au médicament générique. Quatre ans après, la décision d’imposer
une différence d’au moins 30% entre le médicament générique et le médicament
original a renforcé encore la différence financière entre les deux et donc,
l’intérêt pour le patient à utiliser des médicaments génériques.
Ces mesures ont
permis d’augmenter la consommation de génériques mais aussi, par le jeu de
la concurrence, de faire baisser le prix de nombreux médicaments lorsque
leur brevet a expiré.
Par ailleurs,
depuis 2005 également, un quota minimal de prescriptions de médicaments bon
marché est imposé aux médecins (27 % pour les généralistes par exemple),
qu’il s’agisse de médicaments originaux ou de génériques.
Dans le même
temps, le principe de la «prescription en DCI» (dénomination commune
internationale) est entré en application. Le médecin peut ainsi prescrire un
médicament sans mentionner de marque, mais en écrivant simplement le nom de
la molécule active du médicament sur l’ordonnance, en confiant au pharmaui,
seulement 2 à 3 % des médicaments vendus sont prescrits en DCI. Le dernier
accord médico-mutualiste (2009-2010) recommande dès lors aux médecins de
prescrire plus souvent en DCI. Par ailleurs, ceux-ci se sont engagés à
augmenter, au-delà du quota déjà atteint, la part des médicaments moins
chers dans leurs prescription.
Un module de calcul très pratique
Sur son site
internet, la Mutualité chrétienne fournit des informations sur les
médicaments génériques et propose un module de calcul qui permet de voir
clairement, sur base de sa situation personnelle, quelle économie réaliser
grâce à eux. Il est possible d’imprimer le résultat afin de le montrer à son
médecin.
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Rendez-vous sur
www.mc.be (remboursements). Vous
pouvez aussi vous adresser à votre conseiller mutualiste ou appeler
gratuitement le 0800/10 9 8 7.
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