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Santé des femmes (4 février 2010)


 

Les zones intimes en fragile équilibre

 

Les femmes peuvent être confrontées à des petits soucis au niveau de la partie la plus intime de leur anatomie. Et cela, pour un oui ou pour un non… Mais pourquoi au juste et que faut-il faire pour éviter ces tracasseries?

 

Pour l'hygiène intime, il est préférable de choisir un produit "ph neutre" car il ne modifiera pas le taux d'acidité de la zone vaginale.
© Reporters

S’il ne fallait retenir qu’un seul mot pour le bien-être de la flore vaginale, ce serait le mot «équilibre». Un mot qui devrait aussi qualifier notre attitude en matière d’hygiène intime : ne pas être trop laxiste ni trop «maniaque», sinon cette harmonie très sensible sera vite perturbée, ouvrant la porte aux infections.

Pour mieux comprendre cet équilibre, il faut garder à l’esprit que, comme toute «entrée» naturelle de notre organisme (bouche, nez…), le vagin est protégé par une flore bactérienne riche et efficace… mais fragile. Cette flore est constituée, pour l’essentiel, de «bonnes» bactéries appelées communément lactobacilles : les bacilles de Döderlein, présents en nombre. Chaque millilitre de sécrétions vaginales en contient environ dix millions. Les bacilles jouent un rôle de protection de deux manières. Tout d’abord, ils assurent un niveau d’acidité idéal qui empêche la prolifération de «mauvaises» bactéries, dites pathogènes, car à l’origine de maladies ou de désagréments. Ensuite, grâce leur supériorité numérique, ils s’empressent à ne plus laisser la moindre place pour ces «mauvaises» bactéries. Malin, non ?

 

Bactéries amies et ennemies

Le vagin, qu’on le veuille ou non, est un vrai concentré de bactéries, mais aussi de bien d’autres germes ! Certains sont présents naturellement dans notre organisme comme les bonnes bactéries, les lactobacilles évoqués ci-dessus, mais aussi les germes moins bien intentionnés : bacilles Gram négatif, du genre Bacteroides et Prevotella, Escherischia coli ou les mycoplasmes génitaux, des bactéries Gram positif et Gardenerella vaginalis. Autant de noms barbares qui n’augurent rien de bon. D’autres proviennent de l’extérieur, essentiellement par les contacts sexuels, comme Neisseria gonorrhoeae et Chlamydia trachomatis. Environ une femme sur deux serait porteuse de ces germes «externes», mais seulement une moitié d’entre elles s’en plaint…

Logique, car lorsque le vagin est dans un contexte normal (qu’il n’a subi aucune agression), les «bonnes» bactéries sont en nombre suffisant pour assumer correctement leur rôle et refouler les indésirables. Dans ce cas, les symptômes ne se manifesteront pas, malgré la présence de germes. Par contre, si cette flore bactérienne bénéfique a été agressée, c’est là que les désagréments peuvent commencer : les germes pathogènes risquent de prendre le dessus ; le manque de lactobacilles entraîne une perturbation de l’acidité au profit des agresseurs et c’est là que l’on commence à en ressentir les conséquences : mauvaises odeurs, démangeaisons, sensations de brûlure, douleurs… C’est pourquoi il vaut mieux être attentive à éviter tous ces soucis. Du moins quand c’est possible.

 

Inévitable…

Dans certains cas, en effet, il est difficile d’éviter ce chamboulement. Par exemple, lorsque nous devons prendre des antibiotiques. Comme chacun sait, les antibiotiques ont pour vocation de «tuer» les bactéries. Malheureusement, ils ne font pas dans la dentelle et peuvent, dans la foulée, éliminer les bonnes bactéries. Résultat : le traitement ouvre une voie royale aux autres germes, comme les mycoses qui ne sont pas sensibles aux virus… Il n’est donc pas rare de ressentir des démangeaisons ou sensations de brûlures au niveau du vagin après une cure d’antibiotiques : ce sont les champignons qui ont profité de la faiblesse des lactobacilles pour proliférer.

 

Le statut hormonal des femmes intervient également, ce qui explique les différences de colonisation selon les âges : les filles jeunes sont plus souvent touchées par le chlamydia, par exemple. Le port d’un stérilet peut aussi être un risque supplémentaire de souffrir d’infection vaginale, par la présence d’un corps étranger.

 

Mais, outre ces facteurs de risque inévitables, il y a une série de bons conseils à suivre au premier rang desquels le respect d’une hygiène intime raisonnable (voir « Ni trop, ni trop peu d’hygiène).

// Carine Maillard

 

Quelques conseils pratiques

> Lorsque vous allez aux toilettes, essuyez-vous toujours d’avant vers l’arrière, pour éviter que les germes présents au niveau de l’anus ne soient ramenés à la vulve.


> Evitez autant que possible le port de (sous-)vêtements serrés ou synthétiques : il semble bien que les strings et culottes en synthétique irritent plus facilement la vulve et augmentent les plaintes, car ils ne permettent pas une bonne «respiration» de cette zone intime. Dans la même logique, dormez sans culotte.


> Au moment des règles, changez régulièrement vos tampons ou serviettes hygiéniques. Ce n’est pas l’emploi de ces protections en tant que tel qui est mis en cause mais leur durée d’utilisation… Des fabricants ont voulu mettre au point des protections plus favorables à nos chers lactobacilles, comme des tampons lubrifiés d’un gel destiné à équilibrer le pH, mais sans effet convaincant… Idem pour ceux munis d’un film extérieur plus poreux.


> Evitez d’utiliser des lingettes nettoyantes, des poudres ou sprays de toilette intime.

 

Ni trop, ni trop peu d’hygiène

 

Parmi les éléments perturbateurs de l’équilibre de la flore vaginale, il y a l’hygiène intime. Ou plutôt ses excès.

 

S’il est évident que trop peu d’hygiène crée un terrain favorable à la prolifération de germes de toutes sortes, trop d’hygiène n’est pas non plus une attitude adéquate ! Un exemple criant est la douche vaginale pour des raisons non thérapeutiques : elle est déconseillée depuis déjà plusieurs années, mais continue à être pratiquée couramment parmi certaines populations. En effet, en pratiquant la douche vaginale, on détruit les lactobacilles, ouvrant donc la voie aux germes pathogènes qui peuvent plus librement proliférer… Résultat : le risque d’infection vaginale est augmenté de 40% lorsque la douche est pratiquée une fois par mois ; il est même doublé dans la semaine qui suit la douche…
Les femmes qui souhaitent avoir une hygiène intime la plus «parfaite» possible sont donc tentées de se laver régulièrement. Or, un lavage très fréquent de la vulve, particulièrement lorsqu’il est appuyé, risque aussi de perturber l’équilibre bactérien et peut mettre à mal le film lipidique qui protège les muqueuses… Mieux vaut dès lors se limiter à deux lavages quotidiens.
Ce nettoyage de la zone vulvaire ne doit cependant pas se faire n’importe comment… Faut-il pour autant opter pour des savons spécifiques, plus chers que les savons destinés au reste du corps ? Certainement pas, mais il est préférable de choisir un produit qui n’est pas trop agressif : ceux qui se disent «pH neutre» sont donc tout à fait indiqués car ils ne modifieront pas le taux d’acidité de cette zone. Plus important : il est indispensable de bien sécher (en douceur) afin de ne pas laisser un terrain humide favorable aux mycoses.

 

Pas n’importe quel traitement

Et puis, il arrive que l’infection soit là, bien reconnaissable par des signes désagréables. Pour y remédier, il existe bien des traitements sans prescription médicale, mais il ne faut pas se fier à n’importe quoi : tous ne se valent pas. Par exemple, en cas de mycose, alors que l’on pourrait penser qu’il suffit d’utiliser un antifongique, il faut tout de même savoir que la moitié d’entre eux sont inefficaces… Evitez aussi de prendre un antiseptique ou un antibactérien sans l’avis de votre médecin : ces traitements pourraient être tout à fait contreproductifs et aggraver la situation en «tuant» les lactobacilles restants… Vous seriez alors en plein cercle vicieux !
La recherche s’active désormais vers des traitements plus spécifiques qui restaureraient localement la quantité de lactobacilles. Cependant, il faut encore attendre des preuves scientifiques de l’efficacité de cette méthode… Par contre, plus prometteuse est la prise orale de bacilles lyophilisés qui recolonisent d’abord les intestins puis secondairement le vagin. En effet, on a constaté que les déséquilibres de la flore vaginale sont généralement précédés d’un déséquilibre de la flore intestinale (par exemple après la prise d’antibiotiques). Autant de pistes à explorer, mais on voit que la question est désormais prise au sérieux.

/ CM

Tous nos remerciements au Dr Nathalie Derny, gynécologue aux Cliniques Sainte-Anne Saint-Rémy de Bruxelles.