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PET-Scan

Une programmation ministérielle contestée sur le terrain

Le PET-Scan est un appareil de pointe qui permet de diagnostiquer très précocement certains types de cancers et de suivre leur évolution de manière très fiable. Mais le gouvernement fédéral a décidé que 13 appareils seront agréés pour toute la Belgique. Une décision contre laquelle s’insurgent plusieurs hôpitaux wallons et bruxellois qui exploitent déjà cet appareil mais ne sont pas repris dans la programmation.

La Tomographie par Emission de Positons (PET ou TEP) offre une qualité maximale de soins aux patients cancéreux. En limiter l’utilisation est scandaleux”. Tel est l’avis partagé par les 7 hôpitaux menacés de ne plus pouvoir faire fonctionner leur PET-Scan car ils n’ont pas été retenus par la programmation ministérielle (1).

L’arrêté royal du 29 août 2000 prévoit en effet 13 appareils pour toute la Belgique dont 7 sont d’office attribués aux hôpitaux universitaires, et un à l’Institut Bordet par dérogation spéciale “en raison de son activité oncologique” (2). Restent donc 5 appareils à attribuer: 3 en Flandre et 2 en Wallonie, aucun autre hôpital bruxellois supplémentaire n’étant prévu.

D’aucuns reprochent aux pouvoirs publics d’avoir fixé cette programmation de manière très restrictive en se basant sur des statistiques dépassées (nombre et types de cancers) et sur des indications trop limitées alors qu’aujourd’hui l’utilité du PET-Scan est démontrée dans pratiquement tous les types de cancers et que l’appareil est indiqué également en cardiologie et neurologie (voir l’article: “tout savoir sur le PET-Scan”). Le Conseil national des établissements hospitaliers a d’ailleurs remis un avis favorable à l’installation de 19 PET-Scan en Wallonie.

Le ministre des Affaires sociales, Frank Vandenbroucke, rejette cette critique: “Avec 13 appareils pour 10 millions d’habitants, notre pays connaît une densité très élevée par rapport à d’autres pays industrialisés (en moyenne 4,6 appareils pour 10 millions d’habitants). Le nombre limité d’indications, le fait que la procédure soit encore en partie expérimentale et le danger d’un important dérapage macro économique (1.000 examens par an coûtent 33 millions de francs à l’assurance maladie), nous imposaient de limiter le nombre de PET-Scan”.

Le “front” rétorque que l’utilisation du PET-Scan en première intention évite des examens redondants aux résultats moins précis et des actes opératoires invasifs et coûteux. Ce qui devrait aboutir à un équilibre budgétaire.

Une répartition contestée

Pour être agréés, les hôpitaux doivent regrouper autour de la programmation d’un PET-Scan des hôpitaux faisant ensemble 100.000 admissions par an. Et le site pilote (où l’appareil est installé) doit faire la preuve d’une activité oncologique importante.

Le “Front “ des hôpitaux mécontents estime répondre largement à ces deux critères mais qu’un critère lié au statut a été ajouté pour écarter les candidats du secteur privé. Il dénonce ainsi la partialité de la répartition des appareils en faveur du secteur hospitalier public et des universités. Le conflit est donc éminemment politique.

Thierry Detienne, ministre de la santé de la Région wallonne, est intervenu dans ce débat en lançant un appel au gouvernement fédéral pour qu’il réexamine la programmation en regard des besoins des populations concernées. “Celle-ci ne prend pas assez en compte les évolutions, expériences, et exploitations du potentiel du PET-Scan menées au cours de ces trois dernières années et qui se vérifient au travers d’une utilisation régulière des 5 appareillages déjà installés en région wallonne”, plaide-t-il. Et de pointer également “la pénalisation qu’entraîne l’existence d’une seule structure universitaire en Région wallonne (ndlr: le CHU de Liège) comparativement à la Région bruxelloise qui dispose de trois établissements de ce type.”

Quel avenir?

En Flandre, la programmation des PET-Scan a fait moins de remous car jusqu’ici, seuls les hôpitaux universitaires en possédaient déjà. Cinq hôpitaux ou associations d’hôpitaux se sont portés candidats pour être agréés et le ministre a tranché sur base de critères géographiques et désigné une association d’hôpitaux du Limbourg, une autre en Flandre occidentale et une autre encore à Anvers pour accueillir à l’avenir un PET-Scan. L’hôpital St-Luc à Gand a fait appel contre cette décision.

Si le gouvernement fédéral décide de faire respecter de manière stricte sa programmation, les 7 hôpitaux qui ont formé un front commun devront fermer leur service PET-Scan avant le 29 août prochain sous peine de mise sous scellés et de sanctions financières. En effet, à Bruxelles aucun hôpital supplémentaire n’est prévu et en Wallonie, le ministre des Affaire sociales semble avoir désigné deux hôpitaux publics, l’un à Liège, l’autre à Charleroi, laissant les régions namuroise et luxembourgeoise sans hôpital équipé d’un PET-Scan!

En arrivera-t-on à cette extrémité? Chacun a encore en mémoire la pose des scellés sur le scanner en fonctionnement “illégal” à l’hôpital de Braine l’Alleud au début des années 80. Un appareil dont tous les hôpitaux se sont équipés par la suite et qui a été reconnu par le monde médical comme une avancée majeure en imagerie médicale.

D’aucuns espèrent que le ministre des affaires sociales temporisera en étendant le PET-Scan à un plus grand nombre d’hôpitaux mais en diminuant la subvention pour le PET-Scan qui sera dorénavant en partie intégrée au prix de journée, le remboursement à l’acte étant dès lors diminué (3). Aux mutualités chrétiennes, on plaide pour une programmation élargie sans aller pourtant vers une libéralisation totale. La programmation est en effet dépassée et même les chiffres internationaux cités par le ministre ne sont plus à jour. L’appareil est devenu incontournable pour le diagnostic et le suivi du traitement du cancer. Dès lors, il faut donner à chaque hôpital un budget par pathologie (diagnostic et traitement) en instaurant une coresponsabilité financière et en imposant des normes de qualité. C’est le seul moyen de ne pas créer une médecine à deux vitesses. Il serait possible aussi de récupérer la dépense supplémentaire en interdisant de cumuler l’examen Pet-Scan avec d’autres actes médicaux de diagnostic.

Joëlle Delvaux

 (5 juillet 2001)

 

(1) La Clinique Saint-Jean (Bruxelles), la clinique Sainte-Elisabeth (Bruxelles), le Centre hospitalier Edith Cavell (Bruxelles), les Cliniques Saint-Joseph et le Centre Hospitalier Saint-Vincent - Saint-Elisabeth (Liège), le Centre Hospitalier de Jolimont-Lobbes (Haine-Saint-Paul), les Cliniques universitaires (UCL) de Mont-Godinne et la Clinique Saint-Elisabeth (Namur) ont chacun investi près de 100 millions de francs dans cette technique. Ils se battent ensemble pour continuer à exploiter leurs appareils

(2) D’autres hôpitaux ont pourtant le même profil oncologique mais n’ont pas bénéficié de ce régime de faveur!

(3) Actuellement, l’INAMI prend en charge 27.000 F par examen, plus 6.000 F pour l’Isotope. Pour le patient, l’examen est gratuit s’il est réalisé pour une indication reconnue par l’INAMI et s’il est avalisé par le médecin conseil de l’organisme assureur. A partir de ce mois de juillet, la subvention est partiellement intégrée dans le prix de journée sans que le montant soit dès à présent défini!


Tout savoir sur le PET-Scan

Il existe deux sortes d’imagerie médicale:

1. L’imagerie médicale conventionnelle qui permet d’obtenir des informations sur la structure des organes, leur forme, leurs limites, et dans certains cas leur contenu (structures osseuses, calculs vésicaux). Elle regroupe la radiologie traditionnelle (qui utilise les rayons X), le scanner (qui utilise aussi les rayons X mais la source tourne autour du patient), l’échographie (qui se sert des propriétés des ultrasons) et l’imagerie par résonance magnétique (IRM qui place le patient à l’intérieur d’un champ magnétique).

2. L’imagerie médicale fonctionnelle qui s’intéresse à la fonction des organes, des tissus ou des cellules, c’est-à-dire à leur métabolisme. Les techniques d’imagerie fonctionnelle sont la scintigraphie, le PET-Scan et certaines études d’IRM, dite IRM fonctionnelle.

La Tomographie par Emission de Positons (TEP ou PET) fait ainsi partie, au même titre que la scintigraphie, des examens dits de médecine nucléaire: elle est fondée sur l’administration d’une substance radioactive émettrice de positons gamma, dont on suit la distribution dans l’organisme avec un détecteur approprié: le PET-Scan.

 (5 juillet 2001)


Principales indications

Le champ d’application clinique le plus important du PET-Scan est la cancérologie. Mais cette technique est également utilisée en cardiologie (maladie coronarienne, cardiomyopathie dilatée…) et en neurologie (maladie d’Alzheimer, maladie de Parkinson, épilepsies…).

En cancérologie, le PET-Scan est surtout approprié pour la détection de tumeurs dans les tissus mous: poumons, seins, intestins, œsophage, cerveau… Ses performances diagnostiques sont nettement supérieures à celles réalisées avec un scanner ou un IRM. Grâce à sa haute sensibilité, le PET-Scan peut détecter de minuscules métastases qu’on ne pourrait déceler avec les autres techniques. Il peut aussi apporter des informations concernant le grade de malignité de certains tumeurs (tumeurs cérébrales, sarcomes musculo-squellettiques…), détecter une rechute précoce et faire le bilan d’extension d’une tumeur, grâce au fait que le corps tout entier est examiné par le PET-Scan. En observant l’évolution d’une tumeur au poumon, on peut ainsi par exemple déceler des métastases au cerveau. Le diagnostic de haute précision permet donc de modifier radicalement la stratégie thérapeutique et d’améliorer les soins apportés au patient.

 (5 juillet 2001)


L’examen

Le PET-Scan ressemble à un scanner traditionnel. Il s’agit d’un appareil au travers duquel se déplace un lit mobile. Ainsi seule une partie du corps se trouve dans la machine à un moment donné. Le sentiment de claustrophobie ressenti par certains patients est donc beaucoup moins fréquent qu’en IRM.

La réalisation de l’examen lui-même nécessite habituellement moins d’une heure. Cependant, le patient doit consacrer entre 2 à 4 heures à l’ensemble de la procédure car avant l’examen, il doit recevoir une perfusion de sérum salé et une injection intraveineuse du traceur (il s’agit de l’isotope, produit émettant des rayons ionisants dont la durée de vie physique est d’environ deux heures) (1) et rester allongé durant 45 minutes en cabine afin de permettre au traceur de se répartir correctement dans l’organisme.

JD.

 (5 juillet 2001)

(1) Le traceur le plus utilisé est le 18 F- fluoro-déoxy-glucose. Les cellules malignes étant plus avides que les cellules normales, c’est cette sur-consommation de glucose que le PET par émission au 18 FDG tentera de détecter.

Pour plus d’informations sur le PET-Scan, visitez le site internet: http://petscanonline.com. Si une partie de celui-ci est toujours en construction, le chapitre des questions/réponses est très fourni et permet de comprendre comment fonctionne cet appareil, quels en sont les principes et les indications, etc.

 
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