Recherche :

Loading

La rédaction

Newsletter

Nous contacter

Une erreur dans votre adresse postale ?
Signalez-le

Actualité

Culture

International

Mutualité Service

Santé

Société

Nos partenaires

Visitez le site de la Mutualité chrétienne

Actes techniques (2 décembre 2004)


 

Comprendre les actes techniques

L’anesthésie sous hypnose

Mise au point en 1992 au CHU de Liège (1), l’hypnosédation est une technique qui utilise l’hypnose au moment de l’anesthésie. Explications.

 

L’hypnose n’a rien à voir avec le sommeil, il s’agit plutôt d’un état d’hyperconcentration détendue. En fait, dans l’état d’hypnose, l’inconscient occuperait l’avant-plan, laissant en veilleuse le conscient habituellement hyperactif. Il semble que la majorité d’entre nous expérimente régulièrement une forme légère de transe hypnotique. Ainsi, il arrive parfois, que concentrés sur une idée ou une sensation, nous fassions complètement abstraction de la réalité environnante tout en poursuivant des activités comme marcher, conduire et… rater la sortie d’autoroute !

Les premières descriptions de l’état d’hypnose sont anciennes. Il faut néanmoins attendre les années ‘50 pour que l’on envisage de l’introduire dans les procédures médicales. L’hypnose étant un excellent moyen de relaxation, elle est, depuis, utilisée en médecine pour régler des problèmes engendrés par l’anxiété. Mais les plus importantes recherches médicales dans le domaine de l’hypnose ont porté sur l’usage de cette technique dans le contrôle de la douleur. On a en effet découvert que l’hypnose pouvait avoir un réel impact à ce niveau puisqu’elle permet de bloquer les signaux de douleur quand ils atteignent le cerveau, en substituant une autre sensation à celle de la douleur. L’hypnosédation trouve là son origine. C’est en effet dans ce cadre que la possibilité d’utiliser l’hypnose en lieu et place d’une anesthésie générale a vu le jour.

 

Comment se déroule une hypnosédation?

Une anesthésie sous hypnose n’est possible que pour certains actes chirurgicaux : des actes de petite chirurgie comme l’extraction de polypes dans le nez, de dents de sagesse ou des interventions plus sérieuses comme les opérations de chirurgie plastique et maxillo-faciale, de la thyroïde, ORL, gynécologique (hystérectomie… ). En fait, il semble possible de recourir à l’hypnosédation pour tous les cas où l’on peut utiliser une anesthésie locale. Notons néanmoins qu’en Belgique, l’investissement des équipes chirurgicales dans cette technique varie très fort suivant les hôpitaux (2). L’hypnosédation demande du temps et de l’énergie, une demande du patient, l’accord du chirurgien et une grande synergie entre tous les intervenants.

Lorsque l’acte chirurgical le permet, on propose l’hypnosédation aux patients qui redoutent l’anesthésie générale, à ceux qui désirent faire l’expérience de l’hypnosédation ou ont une contre-indication à l’anesthésie classique.

Comment cela se passe-t-il? Vous êtes vu en consultation d’anesthésie par un médecin anesthésiste formé aux techniques d’hypnosédation. La consultation n’a rien de particulier mais elle insiste sur l’importance de votre collaboration et votre rôle actif, sur votre motivation et votre confiance envers l’équipe opératoire et la personne qui vous hypnotise. Il faut absolument que vous soyez volontaire.

Si vous êtes amené à subir une hypnosédation, vous êtes généralement accueilli le matin même de l’intervention et recevez une médication destinée à vous détendre, une heure avant la chirurgie.

Une fois au bloc opératoire, vous êtes confortablement installé sur la table d’opération, au besoin à l’aide de coussins. L’équipe médicale met en place un monitoring classique (mesure du battement du cœur, de la pression artérielle) et prévoit une procédure d’urgence qui permet à tout moment de recourir à une anesthésie générale.

L’hypnose peut alors commencer. Dans la salle d’opération, l’anesthésiste diffuse une musique lancinante et vous invite à vous détacher de l’environnement en fixant un point. Outre la musique, la salle est plongée dans un silence relatif : on diminue le volume sonore des bips, les médecins et infirmiers chuchotent. Le médecin anesthésiste parle d’une voix monocorde, lentement, avec un langage répétitif. Vous entrez en état d’hypnose : vos muscles se relâchent, vous vous immobilisez, votre fréquence respiratoire se ralentit. Cet état de conscience modifiée est maintenu pendant toute l’intervention par l’accompagnement verbal de l’anesthésiste qui suggère l’évocation d’un souvenir agréable qu’il aura convenu avec vous avant votre arrivée au bloc (vacances en montagne, pratique d’un sport…).

Vous restez donc conscient au cours de l’acte mais vous êtes toujours envahi par une sensation de détente. Vous vous dissociez de ce qui se passe dans la salle et dans votre corps en allant rechercher dans votre mémoire des moments agréables pour les revivre.

L’état d’hypnose est assez agréable : cela ressemble à ce qui se passe le matin au réveil lorsqu’on se sent dans une bulle, que l’on n’a pas envie d’ouvrir les yeux, mais que toutes les perceptions sont extrêmement claires. Toutefois, sous hypnose, la réalité et les images créées par le cerveau ont tendance à se confondre.

Après 5 à 10 minutes, le chirurgien place le champ opératoire et utilise l’anesthésiant local. Pendant toute l’opération, vous pouvez signaler l’inconfort par un signe de la main ou un clignement d’œil. L’anesthésiste rassure de la main et prévient le chirurgien qui réinjectera alors un anesthésiant local. Les manipulations chirurgicales sont précises et douces ; toute l’équipe doit s’adapter à vos besoins physiologiques et psychologiques. Bien sûr, il faut une grande collaboration entre tous les membres du personnel présents. En fonction des gestes posés par le chirurgien, l’anesthésiste module son discours et vous conditionne pour que vous intégriez le geste à ce que vous vivez. Ainsi, l’injection d’un produit froid peut être associée à la sensation d’un glaçon que l’on suce lorsque l’on “ farniente ” autour de la piscine.

Lorsque l’intervention est terminée, l’anesthésiste reprend une voix normale et vous invite à réintégrer un état de conscience normal.

Vous séjournerez en salle de réveil pendant une trentaine de minutes pour surveiller les suites de l’intervention. Ensuite, vous pourrez retourner dans votre chambre et pourrez quitter l’hôpital le lendemain de l’intervention.

 

Des contre-indications?

On ne propose pas cette technique aux personnes qui présentent des contre-indications : allergies aux anesthésiques locaux, surdité, troubles psychiatriques ou démences.

 

Quels sont les atouts de l’hypnosédation?

Avantages majeurs : après une hypnosédation, vous pouvez boire et vous alimenter sans délai. Vous ne ressentez ni nausées, ni vomissements, et pouvez vous lever immédiatement.

En outre, on a pu observer que, par rapport aux patients opérés sous anesthésie générale, ceux qui ont vécu une hypnosédation en gardent généralement un excellent souvenir, dû principalement à leur “ participation active à l’intervention ”. Ils montrent un état de détresse moindre durant la chirurgie, ressentent moins de douleurs après l’opération, se disent moins fatigués et consomment moins de médicaments. Surtout, et c’est un des principaux atouts de cette technique, l’hypnosédation laisse la conscience aux patients, ce qui, semble-t-il, leur permet de récupérer et de se rétablir plus rapidement.

Florence Coutellier

 

(1) Par le Dr. Marie-Elisabeth Faymonville. La Belgique est à la pointe concernant l’utilisation de cette technique. Certains pays d’Europe s’y intéressent (Allemagne, Suisse), d’autres l’utilisent de plus en plus (France).

(2) L’hypnosédation est pratiquée dans bon nombre d’hôpitaux en Belgique. Dans certaines cliniques, le service d’anesthésie comprend plusieurs médecins formés à cette technique. Par contre, quelques centres hospitaliers interrogés disent l’employer peu souvent, voire de moins en moins, en raison des investissements que cela occasionne.

 

Retour à l'index

"Actes techniques"

haut de page