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Voilà la clé de tous les conflits du Soudan ! C’était l’une des causes principales de la guerre qui a opposé pendant vingt ans le Nord et le Sud du pays. C’est également une des origines du conflit du Darfour. En 2002, ce territoire aussi vaste que la France ne comptait que … 170 km de routes goudronnées et un médecin pour 150.000 habitants ! (2) Alors que les pourparlers de paix entre le Nord et le Sud du pays semblaient enfin sur le point d’aboutir, les Four, une ethnie d’agriculteurs «noirs», de l’Ouest du pays, bientôt rejoints par les Zaghawa et les Masalit, se révoltent à leur tour contre le gouvernement central, réclamant une meilleure répartition du pouvoir et des richesses. Début 2003, l’Armée de libération du Soudan (SLA) lance ses premières attaques et réussit quelques coups d’éclat comme la prise de l’aéroport d’Al-Fasher. Bientôt, un deuxième groupe rebelle, le Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM), d’obédience islamiste, voit à son tour le jour. Au Darfour, contrairement à ce qui se passait dans la guerre entre le Nord et le Sud du pays, ce sont des musulmans qui se battent contre des musulmans. Et non des chrétiens contre des musulmans. L’indisponibilité d’une grande partie des troupes, encore stationnées en 2003 dans le Sud du Soudan, inquiète le gouvernement. Il décide alors d’armer des tribus d’éleveurs «arabes» à qui il confie le soin de réprimer la rébellion. En échange, il fermera les yeux sur leurs pillages. Il faut savoir qu’au cours des trois dernières décennies du vingtième siècle, les conditions de vie se sont considérablement détériorées : le Darfour a connu plusieurs grandes sécheresses qui, conjuguées à une importante croissance démographique, ont provoqué une raréfaction dramatique de l’eau et des pâturages. Cette dégradation environnementale a envenimé les conflits traditionnels entre éleveurs semi-nomades et agriculteurs sédentaires, comme il en existe à travers tout le Sahel. Mais ici, le gouvernement a jeté de l’huile sur le feu de ces affrontements séculaires, en dressant délibérément une composante de la population contre une autre. Une méthode contre-insurrectionnelle qui rend toute résolution du conflit particulièrement complexe.
Que faire?En mai 2006, un accord de paix a été signé à la hâte par le gouvernement et une faction seulement de l’Armée de libération du Soudan. Mais l’encre n’en était pas encore sèche que les combats ont repris. «Actuellement, le chaos est total, explique un policier des Nations unies. Les mouvements rebelles ont éclaté en de multiples groupuscules de moins en moins contrôlables, dont certains se battent entre eux.» Des dissensions que les autorités de Khartoum se sont d’ailleurs empressées d’accentuer. Et les 7.000 Casques verts de l’AMIS, la Mission de maintien de la paix de l’Union africaine au Soudan, sont totalement dépassés. Il est vrai que 7.000 hommes pour sécuriser un territoire aussi vaste que la France, cela relève de la gageure ! Face à l’impuissance de l’AMIS, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté, en août 2006, la résolution 1706 qui autorise le déploiement de 20.600 Casques bleus au Darfour et leur accorde un mandat leur permettant de faire usage de la force pour protéger les civils menacés et pour se défendre eux-mêmes. Mais depuis lors, le Soudan a soufflé le chaud et le froid, acceptant l’envoi de cette troupe, puis se rétractant. Au grand dam de Kofi Annan qui, jusqu’à la fin de son mandat de secrétaire général des Nations unies, en décembre 2006, a tenté - en vain - de convaincre le président Al Bachir.
Coup de théâtre?Le 17 juin dernier, après de nombreuses tergiversations, le Soudan donnait son accord au déploiement d’une force hybride (ONU-UA) d’environ 20.000 hommes. De nombreux observateurs restent toutefois dubitatifs, rappelant, à l’exemple de ce diplomate qui a requis l’anonymat, que “le chef de l’Etat soudanais est le spécialiste des manœuvres dilatoires qui lui permettent d’échapper aux sanctions de la Communauté internationale.” De toutes façons, cette force, difficile à déployer, ne sera pas la panacée. Comme le souligne Antonio Guterres, le haut commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, “même si vous aviez 100.000 policiers au
Darfour, ils ne seraient pas en mesure de couvrir tout le territoire” (3). A défaut d’un changement de
régime à Khartoum, la relance du processus de paix entre toutes les parties
au conflit, y compris les groupes rebelles qui n’avaient pas signé l’accord
d’Abuja, apparaît comme la seule véritable solution. Philippe Lavergne,
directeur de recherche au CNRS, insiste sur la nécessité d’exercer “des
pressions fermes à l’égard du régime qui a décidé de cette
contre-insurrection massive et de ces massacres de grande ampleur et qui,
seul, dispose des moyens de les arrêter.” (4) Les Etats-Unis se disent, pour leur part, en faveur d’une plus grande fermeté à l’égard de Khartoum et ont décidé d’instaurer de nouvelles sanctions économiques unilatérales. Mais pour certains, il ne s’agit-là que de poudre aux yeux, destinée à une opinion publique dont plusieurs composantes - communautés noire, juive et évangélique - se sentent particulièrement concernées par le drame du Darfour. Depuis le 11 septembre 2001, malgré une rhétorique très anti-américaine, Khartoum collabore en effet avec Washington en matière de lutte contre le terrorisme. De surcroît, comme le révélait, le 11 juin, le Los Angeles Times, le régime soudanais aurait secrètement envoyé des espions en Irak pour le compte de la CIA ! Une attitude qui lui vaut en retour la mansuétude de la Maison Blanche. La Chine, qui est l’un des principaux partenaires économiques du Soudan, et la Russie, qui (comme Pékin d’ailleurs) fournit des armes à Khartoum (5), ne devraient pas non plus se montrer très fermes à l’égard du plus grand pays africain. Seule petite lueur d’espoir: à un an des jeux olympiques, Pékin pourrait être tentée d’améliorer son image sur la scène internationale en faisant davantage pression sur les autorités soudanaises. Globalement, le président Bachir n’a donc pas trop à s’inquiéter: l’impuissance - ou l’absence de réelle volonté politique - des uns et les intérêts particuliers des autres entraveront encore longtemps toute action concertée et efficace de la Communauté internationale. Aicha et les deux millions d’autres réfugiés du Darfour resteront encore longtemps parqués dans des camps. Anne-Marie Impe, Rédactrice en chef d’Enjeux Internationaux ______________ (1) Voir «La malédiction du pétrole» - Luke Anthony Patey - Enjeux internationaux n°14, quatrième trimestre 2006, p 40 à 43. (2) «Accords avec le Sud, guerre au Darfour. Paix fragile et partielle au Soudan» - Gérard Prunier - Le Monde diplomatique, février 2005, p 17. (4) Interview réalisée par Alvaro Villalobos pour Plus news.fr (5) Lire : «Sudan: arms continuing to fuel serious human rights violations in Darfur», Amnesty International, 8 mai 2007. Rapport disponible en anglais sur le site d’Amnesty : http://web.amnesty.org/library/
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