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Conte de Noël (16 décembre 2004)

 

Le petit garçon au biscuit

 

Petit Jean n’a pas de papa ni de maman. Ses parents, désemparés, l’ont déposé tout bébé dans la trappe des Sœurs Notre-Dame, il y a bientôt cinq ans de cela. Il vit depuis à l’orphelinat auprès, notamment, de Sœur Béatrice et Sœur Dominique qui s’occupent de lui et d’une dizaine d’autres enfants.

Petit Jean sent bon le biscuit et l’enfant qui a bien dormi… c’est comme une odeur de miel. C’est que Petit Jean aime bien dormir et quand il ne fait pas la sieste, on le voit bien souvent un biscuit à la main. Est-ce pour cela que personne ne l’a choisi ?

Les autres enfants, arrivés en même temps que lui, ont tous trouvé une famille d’accueil. Élise avec ses belles boucles blondes est aux Etats-Unis à Miami, Olivier le futé est au soleil de l’Ile de Beauté, Carole voyage à travers toute l’Europe grâce à ses nouveaux parents forains, Désiré est allé à Matongé, le père adoptif de Paulo fait du vélo et il le suit pendant le Tour de France… Mais personne, non vraiment personne n’a demandé de pouvoir adopter Petit Jean. Il n’est pourtant pas laid, pas idiot… peut-être est-il juste un peu plus arrondi que les autres. Ce n’est pas un nerveux. Il aime rester au calme dans son coin à observer la vie qui se déroule : les disputes des uns, les malheurs des autres, les premiers déplacements des “nouveaux”, les gamelles des plus téméraires…

Petit Jean sait qu’il est trop “vieux” maintenant pour espérer être adopté par un couple. On lui préfère les bébés et s’ils ont les yeux bleu azur, c’est encore mieux !

 

Dans le grand salon de l’orphelinat, tout le monde s’affaire à préparer Noël. Sœur Sourire décore le sapin de boules somptueuses et de guirlandes lumineuses de toutes les couleurs. Sœur Pauline se débat avec sa dinde, quelques enfants répètent un chant pour la messe. Et Petit Jean mange un biscuit.

Tout comme ses camarades, il a disposé ses chaussures devant la cheminée dans l’espoir d’avoir un petit cadeau du Père Noël. Il y a mis quelques carottes pour les rennes.

 

Le soir est tombé depuis longtemps en ce 24 décembre et les enfants dorment maintenant profondément dans leur chambre. Mais Petit Jean ne trouve pas le sommeil et décide de redescendre près du sapin pour attendre le Père Noël. Il a quelque chose qui le turlupine à lui demander…

 

Péniblement, Père Noël arrive à se glisser dans la cheminée des sœurs Notre-Dame. Il ne voit pas l’enfant tout de suite. Méticuleusement, il dépose chaque cadeau dans le soulier ou la chaussette de laine. Il prend bien soin de respecter les désirs des enfants. Au moment où il allait remplir les chaussures de Petit Jean, il aperçoit l’enfant.

- Qu’est-ce que tu fais là toi ?, demande Père Noël.

- Je vous attends. J’ai une question à vous poser, répond Petit Jean.

- Je t’écoute…

- Pourquoi n’ai-je pas le droit de vivre dans une famille, d’avoir un papa et une maman ?

- Mais tu as une famille ! Sœur Béatrice, Sœur Dominique, Sœur Sourire… et tous les enfants ! Ils sont auprès de toi, ils t’aiment et prennent soin de toi. Et tu as un papa et une maman, seulement ils ne pouvaient s’occuper de toi, mais je suis sûr qu’ils pensent encore à toi.

Mais… tu pleures… Tiens ! Prends ce biscuit et viens dans mes bras, répond alors le Père Noël tout ému.

Une fois Petit Jean un peu consolé, Père Noël lui propose de l’aider à terminer sa tournée.

- Habille-toi chaudement. Nous partons dans cinq minutes. Je t’attends !

- Petit Jean n’en croit pas ses oreilles. Il court chercher son manteau, ses bottes, son bonnet et son écharpe et le voilà prêt en deux temps, trois mouvements !

 

Le traîneau du Père Noël tiré par six majestueux rennes prend son envol et survole les bourgades ardennaises. Petit Jean est à son bord, callé entre le Père Noël et son chien, un gros Saint-Bernard. Il n’en croit pas ses yeux… toutes ces lumières, ces décorations sublimes… C’est d’autant plus beau vu d’en haut ! Soudain, lorsqu’ils volent au-dessus du petit village de Vonêche, Petit Jean aperçoit une maison sans décoration, ni sapin, ni lumière.

- Père Noël, pourquoi cette maison n’est-elle pas éclairée pour t’accueillir ?, demande Petit Jean.

- C’est que tu vois, dans ce foyer, il n’y a plus d’enfants. Ces gens avaient trois garçons : l’aîné est parti vivre en Australie, le second était photographe et il est mort pendant la guerre en Afghanistan, le cadet ébranlé par la mort de son frère s’est enfui on ne sait où. Trop tristes d’une telle destinée, les parents ne veulent plus entendre parler de la magie de Noël. Ils ont perdu tout espoir.

- Père Noël, est-ce que moi je pourrais faire renaître une lueur d’espoir dans cette maison ? Puis-je aller l’éclairer ?

- Pourquoi pas, c’est une bonne idée !

 

Petit Jean fouille dans ses poches et y déniche une bougie, une feuille de papier et quelques pastels. Il se faufile par la cheminée comme Père Noël le lui a indiqué, rentre à pas de loup et se dirige vers le salon. Il allume sa bougie et s’applique à faire un beau dessin pour ces parents qu’il ne connaît pas et qui, d’une certaine manière, sont orphelins comme lui. Il griffonne en bas de son œuvre un “JEAN” maladroit.

 

En se levant de bonne heure, Mamy Rose tombe sur la flamme qui brille au salon. Il fait encore noir dehors et elle ne sait trop quoi penser. Est-ce un voleur qui s’est introduit dans sa maison ? Serait-ce son cadet qui est revenu ? Lentement elle s’approche de la lueur jaune et voit le dessin. Un dessin d’enfant aux traits encore hésitants. Il représente un bonhomme en culotte courte qui donne la main à ce qui doit représenter un Père Noël. Au dos de la feuille, Mamy Rose reconnaît le logo du couvent et de l’orphelinat des sœurs Notre-Dame. À côté du dessin, un biscuit à moitié entamé.

 

Nous sommes le 25 décembre, il est midi. La messe vient juste de se terminer et les invités sont rassemblés dans la salle de séjour de l’orphelinat. Sœur Béatrice, Sœur Dominique, Sœur Sourire et Sœur Pauline s’affairent à la cuisine. Petit Jean fait le service et passe de groupe en groupe avec un plateau de biscuits. Soudain, une mamy aux cheveux gris lui demande comment il s’appelle.

- Petit Jean et j’ai cinq ans, répond-il fièrement.

Les yeux de la vieille dame s’illuminent tout à coup.

- Dis-moi mon garçon crois-tu au Père Noël?, continue d’interroger la dame.

- Oh oui ! Pour sûr !, s’exclame le garçon en se remémorant ses exploits nocturnes à bord du traîneau.

- Et… connais-tu un village du nom de Vonêche ?, demande hésitante la vieille dame.

- Ben justement hier soir je l’ai survol… euh… je l’ai visité avec… euh… un ami m’a… euh… montré des photos. Oui voilà c’est cela, j’ai déjà vu ce village en photo.

Petit Jean ravale sa salive. De peur d’en avoir trop dit ou pas assez, le garçon prend la poudre d’escampette. Pffffououou… il a eu chaud ! Cette dame serait-elle celle chez qui il a allumé sa bougie et déposé son dessin ?

- Elle a l’air sympa ma foi!, se dit-il.

 

Lundi 26 décembre, c’est l’heure des visites. Encore un peu endormi, Petit Jean grignote son biscuit dans son coin. Il n’y a pas grand monde. Seul un couple d’un certain âge est venu voir les enfants de l’orphelinat.

- Tiens ! On dirait la dame d’hier ! se dit l’enfant.

Pour une fois, Sœur Béatrice se dirige vers lui avec ses hôtes.

- Jean, je te présente monsieur Paul et madame Rose. Vous avez déjà fait connaissance hier paraît-il. Ces personnes ont émis le souhait de t’accueillir dans leur foyer dans le village de Vonêche à quelques kilomètres d’ici.

- Je sais que c’est toi qui nous as offert ce si joli dessin. Un ami qu’on appelle Père Noël me l’a confirmé. Tu nous as redonné espoir. La flamme de ta bougie brille toujours dans notre salon et je te propose de venir te réchauffer le cœur autour d’elle dans notre maison.

Monsieur Paul s’est exprimé d’un ton presque solennel, peut-être pour cacher son émotion.

Petit Jean n’en croit pas ses oreilles !

- Papy Paul, Mamy Rose ! Alors, c’est bien vrai, je peux venir habiter avec vous ?, questionne-t-il.

- Tu m’aideras à planter des carottes pour les rennes du Père Noël, dit Papy Paul, heureux d’avoir ainsi été baptisé par Petit Jean.

- Et moi je te ferai des galettes et des biscuits, s’emballe Mamy Rose.

 

C’est à l’arrivée de l’été que Petit Jean fut officiellement adopté par deux habitants d’une petite bourgade ardennaise. En hiver comme en été cette maison est désormais toujours illuminée.

 

Françoise Robert

 

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