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Éditorial (21 janvier 2010)

 

Des soins accessibles :

une question de volonté politique

Restructurations, licenciements, réductions salariales, suppressions d’avantages extra-légaux… les revenus de nombreux ménages ont été touchés en 2009 et le seront encore en 2010. Si la maladie survient, le coût des soins peut faire basculer des familles dans la spirale de la pauvreté.  Pourtant on peut l’éviter, en agissant sur les coûts. C’est une question de volonté politique, de régulation, pas une question de moyens.

 

En Belgique et dans le monde, la crise frappe durement malgré notre filet de protection sociale. La perte de revenus affecte de nombreux ménages et est à la source de drames sociaux et familiaux. Si le ménage doit faire face à un problème de santé, la facture des soins risque d’entraîner l’endettement, d’amener au renoncement ou au report des soins et ainsi, d’aggraver encore l’état de santé. Ce risque est élevé en Belgique puisque près de 27% des coûts en soins de santé, soit plus de 8 milliards d’euros, sont à charge des patients. Or, il est parfaitement possible de réduire ces risques et de réguler ce qui est mis à charge des patients en agissant sur les prix, les suppléments, la prescription médicale. Voici trois exemples et domaines très concrets où les politiciens peuvent agir !

 

Rendre la médecine générale plus accessible

Quand on a peu de moyens, la consultation chez le médecin généraliste peut être inabordable, même si on est bien remboursé. Il faut d’abord avancer l’argent et cette avance constitue parfois un frein. Pour éviter cette avance, le système du tiers-payant existe néanmoins : le patient paye, non plus l’entièreté du prix de la consultation, mais seulement le ticket modérateur (ou quote-part personnelle). Le médecin envoie ensuite l’attestation directement à la mutualité qui rembourse le médecin généraliste. Cette procédure est simple à expliquer mais est un peu plus compliquée dans son application car elle n’est possible que pour ceux qui bénéficient de l’intervention majorée c’est-à-dire ceux qui ont un revenu faible ou statut social particulier. C’est pourquoi la Mutualité chrétienne a déposé une proposition visant à simplifier radicalement la procédure : une identification plus aisée du patient qui peut bénéficier du tiers-payant (par la vignette ou une attestation), une procédure administrative simplifiée, un paiement rapide pour le prestataire, un chiffre rond et unique pour le ticket modérateur. Par exemple, pour la consultation chez le médecin généraliste, le patient qui a ouvert un dossier médical global paierait 50 centimes ou 1,50 euro, s’il n’en a pas.

L’application du tiers-payant social ne coûte rien au budget de l’assurance soins de santé obligatoire ; il simplifie la paperasserie pour tout le monde et surtout il rend la médecine générale plus accessible.

 

Rendre la facture de l’hôpital sans surprises

Nous avons déjà évoqué à plusieurs reprises les différentes mesures que garantirait une couverture sans faille des hospitalisations en chambre commune et à deux lits par l’assurance soins de santé obligatoire. Ici aussi, cela ne nécessite pas de moyens supplémentaires mais une action politique visant chaque élément de la facture hospitalière. Il s’agirait d’interdire les suppléments d’honoraires en chambre commune et à deux lits, d’interdire la facturation des médicaments coûteux hors indication médicale de remboursement, de mutualiser les médicaments non remboursés, d’utiliser le budget prévu des 70 millions d’euros pour rembourser tout le matériel médical (1). Au bout de ces mesures, plus aucun patient n’aurait de surprises en cas d’hospitalisation en chambre commune ou à deux lits. Plus besoin non plus de payer une prime pour une assurance hospitalisation facultative.

 

Quant aux chambres privées, pourquoi ne pas réguler (c’est-à-dire plafonner) les suppléments d’honoraires et de chambres ? Ce n’est que par une intervention publique que l’on peut arrêter la spirale inflatoire des suppléments et … des primes d’assurance. Enfin, l’Etat peut aussi stimuler les assurances hospitalisation accessibles à tous, sans questionnaires médical, sans exclusion, sans prime plus élevée pour les malades chroniques, en exonérant ces assurances du paiement de la taxe de 9,25%.

 

A nouveau, cela ne coûte rien au budget de l’assurance soins de santé obligatoire.  En régulant par décision politique, c’est-à-dire en posant des choix de société, on peut rendre l’hôpital accessible à tous.

 

Rendre les médicaments moins chers

Le coût des médicaments, tickets modérateurs et médicaments non remboursés, représente la part la plus élevée dans le coût total des soins à charge des patients : près de 35%. Et cette facture est d’autant plus lourde chez les malades chroniques.  En agissant sur le prix des médicaments et en stimulant la prescription des médicaments « moins chers » (dont les médicaments génériques), on peut faire baisser le coût à charge des patients sans coût supplémentaire pour l’assurance soins de santé obligatoire. Agir sur ces deux composantes demande à nouveau une action politique. Nous avons déjà souligné que l’application d’une procédure d’appel d’offre telle que pratiquée aux Pays-Bas dans le secteur du médicament, pourrait diminuer les prix de manière drastique. Cela pourrait constituer une économie de plus de 100 millions d’euros pour les patients. Selon une étude de nos collègues de la Mutualité socialiste, si déjà aujourd’hui les médecins prescrivaient systématiquement les médicaments les moins chers, cela entrainerait une économie de 91 millions d’euros pour l’assurance soins de santé obligatoire et de 86 millions d’euros pour les patients !

 

On le voit : le coût des médicaments à charge des patients peut être diminué de manière conséquente en agissant sur les prix et les habitudes de prescription.

 

Malgré la crise et les difficultés de nos finances publiques, nous pouvons améliorer l’accès aux soins de première ligne, l’accès à l’hôpital et aux médicaments, en régulant les prix, les suppléments, les pratiques médicales… C’est une question de choix et de volonté politiques, et non de moyens financiers supplémentaires.

La Mutualité chrétienne a des propositions concrètes et elle les défendra.

Jean Hermesse//Secrétaire général

 

(1) Lire l’éditorial du 17 décembre 2009, « La Mutualité chrétienne se bat contre une médecine duale » - www.enmarche.be

 

 

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