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Éditorial (17 mai 2007)


 

Consolider la solidarité

Sans aucun doute, la législature qui s’achève est-elle remarquable dans le domaine des soins de santé. Elle se termine, en effet, avec un boni important au budget.

Les discussions vont déjà bon train pour savoir ce qu’il serait possible de faire avec ce boni (qui semble pouvoir être récurrent ). D’autres pensent qu’il n’est pas utile de conserver une telle norme de croissance du budget (4,5% net) et que notre pays peut se contenter de 3 ou 3,5% de croissance du budget des soins de santé.

 

Remettre le budget dans des perspectives, non seulement d’équilibre mais de boni, était sans doute le défi de cette législature et il est rencontré. BRAVO!

La réussite de cet objectif permet de couper les ailes aux canards boiteux qui agitent les peurs et les angoisses de la population et qui affirmaient, il n’y a pas encore si longtemps, des “petites phrases” du type: “Demain, il ne sera plus possible de se soigner dans notre pays”, “La médecine coûte de plus en plus cher, il est normal de devoir compléter l’investissement de l’Etat par un paiement d’une assurance privée, ….” “L’Etat ne pourra plus que couvrir que les besoins minimaux en soins de santé”, etc.

Nous invitons

le prochain ministre aux commandes de la politique des soins de santé à consolider cette confiance

dans l’assurance obligatoire.

Ce genre de discours visant à l’optimalisation des profits des assureurs privés a déjà fait ses preuves. Cette même dialectique est utilisée en matière de pensions. Et il est malheureusement devenu bien difficile d’expliquer qu’il faut miser sur un réel refinancement de celles-ci plutôt que d’encourager chacun à faire ce qu’il peut, soit par l’intermédiaire d’un contrat d’assurance groupe (via les conventions d’entreprise), soit par une pension complémentaire du 3ème pilier et financée par l’épargne individuelle.

C’est pourquoi, l’enjeu fondamental de la prochaine législature sera de consolider la confiance que l’ensemble des citoyens ont dans notre système de soins de santé, dans la qualité des prestations, dans la couverture des risques rencontrés, et dans la capacité de chacun à faire face aux dépenses quand on doit recourir à des prestations de santé.

Tout au long de la législature qui s’achève, la principale préoccupation a été de rencontrer les situations les plus précaires, de palier aux difficultés réelles d’une partie de la population à avoir accès aux soins de santé. Cette préoccupation s’est traduite dans des mécanismes tels que le MAF (maximum à facturer), des mesures ciblées en faveur des malades chroniques, des enfants, etc. Ces mesures ont conduit à de réelles avancées sociales.

 

Consolider l’assurance obligatoire

La volonté politique doit maintenant s’orienter résolument vers l’élargissement le plus important possible de la couverture par l’assurance obligatoire. C’est elle qui garantit la meilleure égalité de traitement.

Nous savons déjà que les tenants de la théorie de la libéralisation du marché des soins de santé tenteront de faire croire à ceux et celles qui participent par leurs cotisations sociales au système que celui-ci favorise les moins méritants au détriment des autres, qu’il vaudrait mieux avoir un salaire plus important en poche et pouvoir s’assurer personnellement plutôt que de payer pour les autres.

Il est nécessaire que le système solidaire de couverture des dépenses de soins de santé permette à tous, pauvres et riches, travailleurs et allocataires sociaux, enfants ou personnes âgées, etc. de savoir que demain comme aujourd’hui, ils n’auront pas de difficulté financière à ajouter aux difficultés morales et physiques qu’entraine la maladie et que la qualité de leurs soins ne sera pas fonction de l’épaisseur de leur portefeuille comme dans d’autres pays, y compris dans l’Union Européenne.

Avant de poser tout autre acte politique, toute autre proposition de réforme du système, nous invitons le prochain ministre aux commandes de la politique des soins de santé à consolider cette confiance dans l’assurance obligatoire.

 

Faire face aux dépenses d’hospitalisation

Un des arguments les plus efficaces des “marchands de santé” est l’impossibilité d’une part de plus en plus grande de notre population à faire face aux dépenses lors d’une hospitalisation. Les coûts à charge des patients sont en constante augmentation dans les hôpitaux. Les hôpitaux arguant, entre autres, d’un sous financement chronique de leur secteur pour justifier en partie la part de sur-facturation dans les honoraires réclamés. Et cet argument est en partie exact.

Actuellement, la somme de 610,36 millions d’euros (source 2005) est “investie” par les entreprises et les individus pour couvrir les primes réclamées dans le cadre des assurances hospitalisation privées et marchandes.

Une étude récente de la Mutualité chrétienne a démontré qu’avec un refinancement de 123 millions d’euros, la gestion des hôpitaux pourrait être garantie. Ce refinancement permettrait d’exiger en contre-partie que plus aucun supplément ne soit permis dans les chambres communes et à deux lits. Nous pourrions même envisager de plafonner les suppléments autorisés dans les chambres individuelles.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes: 123 millions investis par l’Etat dans le budget des soins de santé (qui comporte aujourd’hui un boni de plus de 700 millions d’euros) à la place de 610,36 millions d’euros dépensés aujourd’hui par les entreprises et les individus dans des assurances hospitalisation.

 

La prochaine législature sera essentielle pour déterminer quel tournant prendront les soins de santé dans notre pays: la marchandisation accompagnée d’une dualisation croissante de l’accès aux soins y compris pour les personnes à revenus moyens ou une consolidation du système par un élargissement au profit de toute la population de l’assurance obligatoire?

Pour la Mutualités chrétienne, le choix est clair: la solidarité est non seulement la meilleure garantie pour tous mais aussi la plus économique pour les individus, les entreprises et l’Etat.

Alda Greoli

Secrétaire nationale


 

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