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Éditorial (1er septembre 2005)

 

Vrais problèmes et fausses solutions

 

Fin de carrière et prépension, emploi, financement de la sécurité sociale sont les grands thèmes de la rentrée sociale. Il faudra les aborder dans un contexte budgétaire difficile puisque la croissance économique n’est plus au rendez-vous.

 

Ces trois thèmes sont étroitement liés. En Belgique, la sécurité sociale est financée en grande partie par les cotisations sur le travail. Et quand la charge devient trop lourde, cela peut nuire aux créations d’emplois. Le Ministre des Affaires sociales, Rudy Demotte, a déposé des propositions pour élargir les sources de financement de la sécurité sociale afin d’alléger la charge qui pèse sur le facteur travail tout en prévoyant d’autres ressources. C’est une bonne idée qui demande à être concrétisée. Sans financement alternatif, les budgets sociaux devraient être réduits, ce qui n’est pas acceptable dans les circonstances actuelles où les besoins restent importants. Tous les pays sont confrontés à cette même équation difficile: comment maintenir le financement collectif des besoins sociaux de plus en plus grands sans nuire au développement de l’emploi? 

 

Les Etats-Unis, un contre-modèle

 

Plusieurs articles de presse (1) ont évoqué durant les vacances la manière dont se pose le problème aux Etats-Unis en matière de pensions et d’assurance maladie. Il est intéressant d’en prendre connaissance, étant donné que ce pays est souvent cité en exemple et que des mesures préconisées chez nous par certains veulent s’en inspirer. Aux Etats-Unis, les entreprises prennent en charge les couvertures maladie de leurs travailleurs et de leur famille, et il n’y a donc pas de système généralisé obligatoire d’assurance maladie. Ceux dont l’entreprise n’intervient pas doivent s’assurer eux-mêmes. A défaut, ils sont repris dans des systèmes de couverture spéciale pour les indigents.

 

Tout se négocie donc avec des assureurs tant au niveau individuel que collectif. Le résultat est édifiant. Les dépenses de santé, en l’absence de régulation d’ensemble, sont beaucoup plus élevées que chez nous : 15 % du Produit Intérieur Brut au lieu de 9 % chez nous ! Et 45 millions d’Américains n’ont aucune couverture santé ! Le comble est que le coût pour les entreprises est largement supérieur aux cotisations sociales des travailleurs et employeurs payées chez nous pour l’assurance maladie !

 

Ainsi, Général Motors, premier constructeur automobile mondial, se plaint amèrement de devoir débourser 8.000 dollars (6.500 euros) par personne par an pour couvrir les quelque 1,1 million de salariés et de retraités ainsi que leur famille qui constituent leur personnel (500.000) et leur ancien personnel (600.000). Et le patron de Général Motors d’ajouter pour s’en plaindre : cela représente un surcoût de 1.500 dollars par voiture.

 

On retrouve des chiffres équivalents dans de nombreuses grandes firmes américaines. Ils sont à comparer aux cotisations sociales destinées à l’assurance maladie chez nous : 7,35% du salaire brut (part patronale et part travailleur). Pour un salaire de 3.000 euros bruts par mois, on n’arrive pas à la moitié du coût constaté chez General Motors aux Etats-Unis !

Bref, aux Etats-Unis la santé coûte globalement plus cher; les entreprises déboursent plus pour la couverture de leur personnel, et il reste 45 millions de personnes sans assurance.

 

Voilà le bilan. Mais les conclusions des patrons américains sont inquiétantes : les entreprises doivent payer moins, les couvertures doivent diminuer, les travailleurs actifs et pensionnés doivent contribuer plus.

 

Des fonds de pension exsangues

 

En matière de pensions le panorama est le même et pire encore.

Les entreprises américaines ont créé des Fonds de pensions pour leur personnel. Or ces fonds ne disposent pas des réserves suffisantes et dès lors les pensions ne sont tout simplement plus payées ou fortement diminuées. Ainsi la compagnie aérienne United Airlines en difficulté a obtenu d’un tribunal de Chicago l’autorisation de cesser de payer les pensions de ses 120.000 anciens salariés. Et il semble que d’autres grandes entreprises en difficulté pourraient faire de même.

 

Tout cela devrait sérieusement faire réfléchir ceux qui voient dans les privatisations des assurances maladies et des pensions le moyen de réaliser des économies, sauf à dire évidemment qu’il s’agit purement et simplement d’aboutir à la suppression de la couverture collective de ces dépenses.


Le mieux est évidemment d’avoir un financement sûr et collectif quitte à en diversifier les sources pour alléger les charges qui pèsent sur le facteur "travail". L’universalité de la couverture (100% de la population couverte) va de pair avec cette perspective. Et cela permet une réglementation d’ensemble du système de santé qui rend finalement les soins moins coûteux pour tous.

 

Edouard Descampe, 

Secrétaire Général

 

(1) Notamment "Le Monde" - 12 juillet 2005, p 12 et 13.

 

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