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Éditorial (3 février 2005)

 

2005, une année charnière

L’année 2005 sera certainement une année cruciale pour l’assurance maladie. Le Ministre fédéral de la Santé Rudy Demotte, après avoir constaté une évolution dangeureuse des dépenses, a décidé une série de mesures d’économies : elles concernent les médicaments, l’indexation des médecins, le financement de la biologie clinique et de l’imagerie médicale, etc.

 

Tout cela se retrouve dans un projet de loi spéciale santé qui contient aussi, comme un bâton derrière la porte, un dispositif de pouvoirs spéciaux qui lui permettrait d’agir plus rapidement si les dépenses devaient continuer à déraper.

Entre-temps, le Président du parti socialiste flamand Steve Stevaert a lancé 5 idées en matière d’assurance maladie. Elles ne sont pas neuves, elles sont techniquement complexes à mettre au point mais elles ciblent toutefois des problèmes réels et importants dans notre secteur. Elles tranchent surtout avec l’habitude que l’on a trop souvent au Nord du pays de voir dans la scission de l’assurance maladie la solution à toutes les difficultés du moment.

 

Ces 5 idées sont :

 

1. Appliquer le modèle “Kiwi” pour les médicaments; il s’agit pour chaque classe de médicaments de sélectionner, pour le remboursement, le produit le moins cher après appel d’offre public. Cette proposition a au moins le mérite d’indiquer clairement que de nombreuses et importantes baisses de prix sont possibles.

 

2. La seconde idée réclame une répartition plus équitable des honoraires entre les spécialistes. Il est exact que certains médecins spécialistes, surtout dans les plus techniques, ont des revenus beaucoup plus élevés, trop élevés par rapport à d’autres spécialistes, notamment les moins techniques. En plus de l’iniquité de cette mauvaise répartition, cette situation entraîne des effets pervers. En effet, elle provoque aussi la course vers ces spécialités lucratives sans rapport réel avec les besoins de la population. Ainsi par exemple, si la chirurgie cardiaque n’était pas exagérément tarifiée dans la nomenclature, nous n’assisterions pas à cette course à l’équipement cardichirurgique entre les hôpitaux. Un effort de réajustement doit être réalisé.

 

3. La troisième proposition concerne le refinancement des hôpitaux. Il est vrai que si les hôpitaux recevaient un financement correct ils ne devraient pas recourir aux expédients signalés dans notre point 2 et aux suppléments dont on va parler dans le point 5. Ajoutons néanmoins qu’en matière d’équilibre des finances des hôpitaux, beaucoup dépend de la qualité de la gestion. Des hôpitaux qui se trouvent dans des situations désastreuses invoquent souvent des pseudo-explications (par exemple le caractère plus social de leur patientèle) pour éviter d’analyser sérieusement les problèmes de gestion de leur institution.

 

4. La quatrième proposition reprend l’idée déjà avancée en son temps par Frank Vandenbroecke de financer par un prix de référence tout compris certaines opérations simples et classiques dans les hôpitaux. Idée intéressante certes mais, techniquement, elle n’est pas simple à mettre au point : il faut éviter la sélection des malades par rejet des cas plus graves et empêcher aussi que certains examens compris dans le forfait ne soient réalisés ambulatoirement avant l’hospitalisation.

 

5. Enfin, la dernière idée de Steve Stevaert rejoint notre préoccupation permanente : les suppléments d’honoraires dans les hôpitaux.

Chaque année, les Mutualités Chrétiennes évaluent le coût d’une hospitalisation à charge des malades. En 2003 on enregistre une hausse de 5% par rapport à l’année précédente, la dépense moyenne s’établissant à 446 EUR par séjour. On constate que ce sont les suppléments d’honoraires qui ont provoqué l’augmentation et non les tickets modérateurs qui peuvent entrer en ligne de compte pour le calcul du Maximum à facturer. Le problème social est donc complexe car il n’y a aucune prise en charge pour ces montants. Il y a une sérieuse recrudescence des suppléments d’honoraires, et nos services nous indiquent que parfois même il s’agit de suppléments réclamés au noir en argent liquide, directement auprès des malades, ce qui est totalement inadmissible.

Il faudra donc dorénavant soigneusement choisir l’hôpital, la chambre et le médecin si on veut éviter des surprises désagréables quand on reçoit la facture. Heureusement un très grand nombre d’hôpitaux sont très respectueux des tarifs et on ne court aucun risque en les choisissant. Mais encore faut-il les connaître et avoir confiance envers les médecins qui y travaillent. L’information est donc de première importance. Cette évolution de la situation ne peut nous laisser indifférents car à l’hôpital les sommes en jeu sont importantes. Nous allons par le journal En Marche informer régulièrement nos membres de la situation réelle de chaque hôpital y compris ceux qu’il est préférable d’éviter. Le choix judicieux d’un hôpital devient un facteur très important quant à ce qui sera facturé comme supplément sans que ces suppléments ne signifient un quelconque surcroît de qualité. C’est même souvent le contraire.

 

L’année 2005 sera donc une année charnière très déterminante pour l’avenir de l’assurance maladie. Les prises de position, parfois spectaculaires, des responsables politiques sont le reflet de l’importance de ce secteur pour la population. Les organisations sociales comme la nôtre sont là pour veiller au respect des droits des malades et au meilleur usage des ressources de l’assurance maladie.

 

Edouard Descampe

Secrétaire Général

 

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