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EDITORIAL (18 septembre 2003)

Le lobby pharmaceutique est-il bon pour les patients?

Ces dernières semaines, les Mutualités Chrétiennes ont dénoncé dans la presse des décisions ministérielles manifestement influencées par le lobby pharmaceutique. C’est que l’enjeu mérite qu’on se mobilise : maintenir des soins accessibles ou accroître les ventes et les profits des firmes pharmaceutiques.

Pourquoi toute cette agitation autour du prix des médicaments ? La raison est simple à comprendre.

Les médicaments sont protégés contre la concurrence par un brevet pendant 20 ans. Grâce à cette protection, la firme peut maintenir un prix élevé qui lui permet de financer la recherche, la publicité, les actionnaires et de s’assurer des profits. Après cette période, le médicament peut être copié par une autre firme sous une dénomination générique. Or, le prix des médicaments génériques étant en général beaucoup plus bas que l’original, ceux-ci sont moins coûteux pour les patients, et allègent le budget de l’assurance maladie. En Belgique cette réduction doit atteindre au moins 26 %.

 

Le coût du traitement du cholestérol peut être réduit de 70%

Parmi les médicaments dont le brevet vient à échéance figurent les médicaments réducteurs de cholestérol, appelés hypolipémiants. Un des médicaments-vedette de cette catégorie est le Zocor de la firme MSD. Vu son prix élevé, la prescription de ce médicament est soumise à des conditions strictes, nécessitant l’accord préalable du médecin-conseil de la mutualité. Comme le brevet de ce médicament est tombé dans le domaine public, une firme générique a introduit une demande de remboursement pour un produit dont le prix est 70% moins cher que l’original. Grâce à cette réduction substantielle, on pouvait envisager d’assouplir les conditions d’accès au remboursement en supprimant pour ce générique la nécessité de recours au médecin-conseil tout en élargissant sa prescription aux patients présentant un risque cardiaque même si le taux de cholestérol était normal. Les Mutualités Chrétiennes ont évidemment soutenu ce dossier, avec les autres mutualités.

Quelle ne fut pas alors notre stupeur d’apprendre en juillet que le Ministre avait refusé le dossier de la firme générique, empêchant ainsi de faciliter l’accès à un meilleur traitement pour de nombreux patients et de réaliser une économie conséquente pour le budget de l’assurance maladie.

Il est vrai que les enjeux financiers impliqués par le traitement du cholestérol sont colossaux. 600.000 Belges sont concernés. Ce marché représente 4,6 millions de boîtes de médicaments et un budget de 150 millions d’euros pour l’assurance maladie.

 

La maîtrise des prix des médicaments, un enjeu pour l’assurance maladie

Réduire le prix du traitement du cholestérol est d’autant plus important que demain les prix d’autres classes de médicaments devraient être revus à la baisse, tels les anti-ulcéreux.

Ces réductions de prix seront absolument indispensables parce qu’elles permettront de libérer des moyens pour financer les nouveaux médicaments très coûteux. Malgré cela, le budget des médicaments augmentera bien plus rapidement que tous les autres secteurs de soins. L’industrie pharmaceutique est en effet une industrie dont le taux de profit reste le plus élevé.

Dans le cadre d’un budget des soins de santé généreux, mais malgré tout fermé, accorder plus de ressources au secteur des médicaments, c’est forcément renoncer à d’autres dépenses : mieux rembourser les soins dentaires, accroître le personnel soignant en maison de repos, mieux financer les hôpitaux…

 

Le pouvoir du lobby pharmaceutique

L’affaire du prix des médicaments contre le cholestérol pose des questions quant au pouvoir du lobby pharmaceutique dans les processus de décision en assurance maladie. Quel est encore le contrôle social sur les décisions de prix et de remboursement en matière de médicaments ? Le Ministre prend les décisions seul. Il ne doit pas nécessairement suivre l’avis de la Commission de Remboursement des Médicaments. Les décisions ne sont plus soumises au Comité de l’Assurance de l’INAMI. Le budget des médicaments n’est plus suivi par la Commission de Contrôle Budgétaire. Les décisions sont prises par une poignée d’experts, parmi lesquels figurent quelques représentants des mutualités, pour un budget dépassant 2,7 milliards d’euros !

Quand, par ailleurs, mettra-t-on en place une réglementation plus sérieuse sur la publicité pharmaceutique, sur les cadeaux et autres stimulants à la prescription médicale ? Que l’industrie pharmaceutique fasse du profit, c’est normal. Mais si le lobby pharmaceutique gonfle ces profits de manière injustifiée, c’est inadmissible ! Tant de besoins essentiels restent mal couverts.

 

Jean Hermesse

Secrétaire National