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Éditorial (6 novembre 2003)

 

Le budget détaillé de l’assurance maladie est fixé

 

Le Comité de l’assurance de l’INAMI a voté sans surprise la répartition du budget fixé par le gouvernement à 16,25 milliards d’euros. Sans surprise, mais aussi sans enthousiasme puisque la plupart des prestataires de soins ont voté contre la répartition budgétaire proposée ou se sont abstenus.

 

Pourtant, répétons-le, le budget propose une augmentation réelle de 4,5 % par rapport au budget de cette année plus l’indexation prévue. Cela apporte malgré tout une croissance de quelque 6 %, ce qui est considérable par rapport à l’austérité budgétaire imposée partout ailleurs. On espère toujours que la croissance économique sera au rendez-vous l’an prochain pour permettre ultérieurement le financement collectif des soins de santé auquel la population reste très attaché. Nous voyons un peu partout les suppléments à charge des malades augmenter, comme en hôpital où cette augmentation atteint 27 % en 4 ans. C’est beaucoup, c’est trop et l’on a peur que cela entraîne la rupture du système et la dualisation de la médecine comme on le voit dans d’autres pays.

Le vote de ce budget fut sans enthousiasme aussi car, malgré l’augmentation, compte tenu de la croissance normale des dépenses, il y aura peu de marges pour des initiatives nouvelles. C’est ainsi que le budget des médecins, 5 milliards d’euros, laisse peu de place à des mesures nouvelles une fois octroyée une indexation normale des honoraires et la prise en charge en année pleine de mesures qui ont démarré en cours d’année 2003. Pour la médecine générale, un pas pourrait être fait vers les 20 euros de la consultation et les 30 euros de la visite, mais un pas seulement et certainement pas la totalité de l’augmentation.

Un signal encourageant toutefois a été donné par le corps médical qui désire collaborer très franchement aux efforts pour mieux maîtriser les prescriptions de médicaments et d’actes techniques de diagnostic. Il y a là des économies réelles possibles, des économies qui ne coûtent rien aux malades et qui permettent de dégager des marges budgétaires pour couvrir des dépenses vraiment nécessaires ou des améliorations dans les prises en charge de certaines prestations sous-évaluées.

 

En médicaments : des retards coûteux

En matière de médicaments, de nombreux produits fortement consommés arrivent hors brevet (après 20 ans de protection). C’est le cas notamment des médicaments contre le cholestérol zocor, lipitor etc…

L’assurance maladie dépense 150 millions d’euros par an (6 milliards de FB) pour les 600.000 personnes qui en consomment. Arrivent sur le marché des génériques qui sont les mêmes produits, mais jusque 70 % moins chers. On se rend compte immédiatement de l’économie possible à qualité égale.

Les Mutualités chrétiennes ont proposé que pour ces médicaments génériques beaucoup moins chers, l’autorisation préalable du médecin conseil soit supprimée (passage au chapitre I), mais que ces médicaments soient simplement prescrits par le médecin. La Commission de remboursement des médicaments (CRM) avait soutenu cette formule avec une majorité des 2/3. De façon incompréhensible, le Ministre Vandenbroucke l’avait refusée, le Ministre Demotte l’avait acceptée avant de se raviser et de déclarer vouloir mettre ce système en route plus tard, en un second temps. Il est clair que les firmes pharmaceutiques qui fabriquent ces produits, tels que le zocor ou le lipitor, font tout pour retarder l’échéance.

Entre-temps, chaque mois de retard dans l’application de la mesure provoque la perte d’une économie possible d’environ 6 millions d’euros (240 millions de FB) par mois.

C’est navrant et même un peu scandaleux quand on sait que dans tous les secteurs nous devrons refuser la couverture de besoins nouveaux et que dans le secteur des médicaments lui-même nous allons devoir prendre en charge des produits nouveaux extrêmement coûteux.

Le même problème va se reproduire dans le groupe des médicaments I.P.P. (inhibiteurs de la pompe à proton), losec, logastric, etc… médicaments contre les ulcères. Le budget total de cette classe de produit est de 100 millions d’euros. Le passage au remboursement simple sans autorisation préalable provoquerait un reflux vers les produits beaucoup moins chers avec une qualité égale. Ici, la Commission du remboursement des médicaments (CRM) a remis aussi un avis positif avec une majorité des 2/3. On ne comprendrait pas que cet avis ne soit pas suivi par le Ministre car nous perdrions toute crédibilité quand nous demandons des efforts d’économies aux prestataires de soins dans d’autres secteurs de dépenses.

Au moment où les médecins embrayent franchement dans les efforts conjoints pour prescrire dans le meilleur rapport qualité-prix, alors que nos données de profils seront étudiées par les médecins eux-mêmes dans les groupes d’évaluation locaux, il est particulièrement important de ne pas décevoir cette attente en cédant aux pressions de certains groupes pharmaceutiques.

 

Autre grand poste budgétaire : les hôpitaux.

Il y a un sous-financement réel qui provoque la croissance des suppléments de toute sorte réclamés aux patients. Ici aussi le Ministre devra s’atteler à écouter les plaintes du secteur et rencontrer des demandes justifiées. Il a déjà commencé à le faire notamment en cherchant à simplifier les normes qui se sont amoncelées ces dernières années en provoquant des hausses de coût. Il y aura beaucoup à faire aussi pour améliorer la transparence des fixations de prix de journée. Il ne faut pas que les prix octroyés résultent d’un cheminement incompréhensible.

Depuis la fixation, ce lundi, des enveloppes budgétaires pour chaque secteur de dépenses de l’assurance maladie, il appartient maintenant aux diverses commissions de convention de se réunir. Chaque commission devra prendre les mesures pour que, dans son secteur, le budget soit respecté. Ce ne sera pas simple, mais pas insurmontable non plus compte tenu de la croissance globale qui a été attribuée au budget de l’INAMI.

 

Édouard Descampe

Secrétaire général