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Éditorial (5 avril 2001)

 

Ne pas se mettre la tête dans le sable:
le déficit 2000 est sérieux

 

Le Ministre des Affaires sociales, Franck Vandenbroucke, a fait savoir à la presse que le déficit de l’assurance maladie serait de 16 milliards de francs en l’an 2000. Dans le même temps, il rassure tout le monde. Selon son analyse, tout est sous contrôle, il n’y a pas lieu de s’inquiéter … 

 

Selon le communiqué de presse du Ministre, les dépenses en l’an 2000 atteindraient 517 milliards alors que le budget est de 500,7 milliards. Ce n’est pas étonnant. Lors de la fixation du budget 2000, nous avions annoncé qu’il était irréaliste et insuffisant. Nous avons été les seuls à voter contre. Les chiffres nous ont malheureusement donné raison : au fur et à mesure que l’année avançait, le dépassement devenait de plus en plus évident. Mais selon le Ministre il n’y a pas lieu de s’inquiéter.

 

“Tout va très bien, Madame la Marquise…”

Dans son communiqué, le Ministre se veut très rassurant. Une partie importante de ce déficit (6,5 milliards) serait imputable à un transfert de factures de 1999. Le dépassement dans le secteur pharmaceutique estimé à plus de 8 milliards ne serait plus que de 3 milliards en 2001 et sera récupéré à 65 % auprès de l’industrie pharmaceutique.

Plusieurs mesures de correction (réduction de tarifs) seront prises dans les secteurs des honoraires médicaux, des soins à domicile, des maisons de repos et des hôpitaux.

Enfin, les mutualités devront demander de nouvelles cotisations à leurs membres pour couvrir 25 % du déficit.

Le Ministre conclut : tout est sous contrôle et les nouvelles initiatives sociales promises en 2001 (facture maximale, accord social, mesures pour les malades chroniques …) peuvent être exécutées comme prévu.

 

“Pourtant, pourtant il faut que je vous dise, une petite chose, un petit rien …”

Signalons tout d’abord que les commissions officielles, chargées de suivre les budgets des soins de santé, n’ont reçu, à ce jour, aucun compte détaillé relatif à l’an 2000.

Cependant, sur base de l’analyse des dépenses des Mutualités chrétiennes, nous doutons sérieusement du soi-disant transfert des dépenses de 1999 sur l’an 2000.

Nous craignons aussi que le dépassement dans le secteur pharmaceutique soit à nouveau très conséquent. Alors que le budget 2001 est de 100 milliards, les dépenses atteindraient déjà 98 milliards en 2000. Et les dernières décisions du Ministre de rembourser de nouvelles spécialités contre les avis du Conseil technique des spécialités pharmaceutiques auront des conséquences financières importantes.

Nous savons déjà maintenant que le budget prévu pour l’accord social (3,3 milliards en 2001) et plus particulièrement pour financer la politique de réduction du temps de travail est insuffisant. De plus, est-il possible d’appliquer ces mesures positives et en même temps imposer des mesures de correction (économies) qui réduiront les tarifs, les prix de journée, les forfaits en maison de repos?

Enfin, lors de l’élaboration du budget 2001, l’effet des nouvelles initiatives sociales fut comptabilisé sur toute une année, mais dans les faits elles ne seront mises en route que progressivement. Nous aurons donc faussement l’impression que les dépenses sont mieux maîtrisées en 2001. Mais ce n’est qu’une fiction, l’impact est reporté sur 2002.

Le déficit de l’an 2000 n’augure donc rien de bon pour cette année. Nous l’avons dénoncé lors de l’élaboration du budget 2001 et nous nous étions abstenus dans le vote sur ce budget.

 

2002, l’année de toutes les factures

En minimisant la réalité du déficit 2000, en tablant sur une exécution échelonnée des nouvelles initiatives en 2001, et en reportant les mesures de correction sur 2002, le Ministre donne l’impression de faire vivre l’INAMI à crédit. La vraie facture ne sera visible que plus tard.

Mais ce ne sera pas la seule. La réforme des polices, de la justice, le programme de mobilité, les revendications de la fonction publique, les revendications sociales et… la réforme fiscale commenceront à s’additionner à partir de 2002 surtout.

Nous sommes favorables aux nouvelles initiatives sociales, au développement des soins palliatifs, aux mesures pour valoriser les métiers soignants, à une meilleure couverture des prothèses et implants, mais il faut alors que les moyens suivent.

 

Les soins de santé sont, à nouveau, sérieusement déficitaires en 2000. Ne pratiquons pas la politique de l’autruche. La situation est grave. Sans budget supplémentaire, 2001 et surtout 2002 plongeront à nouveau dans le rouge.

L’équilibre du système et des institutions de soins, les conditions de travail risquent d’être gravement perturbés.

Prévenir vaut mieux que guérir.

 

Jean Hermesse

Secrétaire national