|
Échos de
l'actualité sociale et de la santé
( 3 juin 2010)
Ceci n'est pas
une politique migratoire
L'année
2009 a connu des changements importants dans la politique migratoire belge.
Le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme les
examine à la loupe et les évalue. Non sans plaider en faveur du maintien
d'un ministre ou d'un secrétaire d'Etat spécialisé dans cette matière.
La migration n'est pas
un phénomène nouveau! La circulation des populations d'un pays à l'autre est
observée depuis bien longtemps. Si la Belgique accueille plus ou moins
100.000 migrants (en 2007), près de 40.000 Belges quittent chaque année le
territoire pour s'expatrier. Parmi ces 100.000 migrants, près de 70% sont
des ressortissants européens avec en tête les Français et les Néerlandais.
Parmi ces immigrés, on compte des travailleurs, des étudiants, les personnes
qui bénéficient du regroupement familial… La libre circulation est inscrite
dans la Déclaration universelle des droits de l'Homme: “Toute personne a
la droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un
Etat; toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et
de revenir dans son pays.”
 |
| ©
Tim Diirven/Reporters |
Le
deuxième motif de délivrance de visa longue durée
est la poursuite des études, suivi de l'emploi,
le premier étant le regroupement familial.
Malgré cela, la mise en
place d'une politique migratoire concrète en est encore à ses débuts en
Belgique. En 2008, le monde politique a fait un pas important en créant un
portefeuille ministériel “politique de migration et d'asile”. Mais les
mesures qui ont suivi sont restées maigres et peu structurelles. Pourquoi?
Les responsables des pays de destination seraient tiraillés entre “la
résistance de l'opinion publique face à ces migrations et de sérieuses
raisons économiques et sociales d'alléger les barrières à l'entrée de ces
migrants”(1). Et, à la suite
de la crise financière de 2008, le volet économique est resté à l'écart dans
les débats et réflexions. Mais il reviendra à l'avant-plan dans les années à
venir.
Les mesures mises en
œuvre ces dernières années dans notre pays – régularisation de certaines
personnes, réformes dans le regroupement familial… – ne sont qu'un début.
Ces timides avancées expliquent le thème de la campagne qui accompagne la
publication du rapport du Centre: “Ceci n'est pas une politique
migratoire”.
Divisé en six chapitres,
l'ouvrage se termine par des recommandations adressées aux autorités belges.
Il insiste sur la protection internationale, le droit de vivre en famille ou
encore l'accès à la nationalité belge, sans oublier la question de la
détention et de l'éloignement des étrangers. Pour instaurer une véritable
politique migratoire, il faut une transparence du dossier et la mise en
œuvre de mesures pérennes qui ne sont plus uniquement prises dans l'urgence.
Le maintien d'un ministre ou secrétaire d'état en la matière est donc plus
que recommandé.
// VT
(1) Rapport mondial sur le développement humain 2009,
Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), p.107
>>
Infos:
02/212.30.00. Le
rapport “Migration 2009” du Centre de l'égalité des chances et de lutte
contre le racisme est téléchargeable gratuitement sur
www.diversite.be
Quelques fables
économiques
sur le grill
Un petit
ouvrage très critique incite à (re)découvrir l'économie. Et à contester ses
lois prétendument naturelles et inéluctables, fruits d'une propagande qui ne
date pas d'hier.
Connaissez-vous
Tina? Il s'agit de l'acronyme de “There Is No Alternative” (Il n'y a pas
d'alternative). Selon un petit livre paru récemment, c'est le dogme dans
lequel la plupart d'entre nous sommes enfermés, pour peu que l'économie ne
soit pas notre tasse de thé. Notre système économique actuel serait le seul
valable, certes toujours ouvert à la critique aux entournures mais
certainement pas susceptible d'être remis en cause dans ses fondements.
Tabou: on ne touche pas!
Journaliste au Groupe de
recherches pour une stratégie économique alternative (Gresea), Erik Rydberg
entend démontrer le contraire au fil de 80 pages écrites avec une plume
toujours documentée, souvent moqueuse et parfois acerbe. Dénonçant les
carences du discours économique omniprésent depuis quarante ans, il rappelle
tout d'abord que le capitalisme n'existe que depuis trois siècles, soit deux
minutes à peine à l'échelle de l'histoire humaine. Vu sous cet angle, on
comprend évidemment que ce modèle socio-économique ne soit pas considéré par
l'auteur comme le début et la fin de toutes choses… Plus sérieusement,
dédaignant la presse généraliste qui “épouse le discours officiel à
vocation soporifique”, Eric Rydberg passe au crible – pour les critiquer
en règle – une série d'informations extraites de la presse économique et
financière, jugée la plus pertinente pour l'analyse critique car elle
informe les élites dirigeantes avec un maximum d'exactitude.
Plus qu'un passage en
revue sous forme de B.A.ba scolaire des fondements de notre système
économique, l'auteur démystifie une série de “canards” trop souvent
présentés comme des vérités incontestables: seule la privatisation sauvera
le service public; la concurrence est la condition sine qua non pour la
disponibilité de biens abondants et à bas prix; etc. Puisant ses
informations dans des rapports officiels rédigés (pour l'essentiel) en
Belgique, en France et dans l'Union européenne, il démonte la manipulations
des chiffres et des moyennes, ébranle quelques ouvrages considérés comme des
“classiques” de l'économie et invite à ne pas se décourager devant le jargon
pseudo-savant utilisés dans les couloirs des bourses et des ministères.
Bref, une invitation très étayée et partisane à réinstaurer la contradiction
et la contestation du discours économique plus ou moins consensuel “après
plus d'un quart de siècle de domination unilatérale du néolibéralisme”.
//
Ph.L.
>>
Petit manuel de
contre-propagande économique •
Ed. Couleur
livres 84 p
•
www.couleurlivres.be
L'hémophilie,
loin des images reçues
D'après
une récent sondage, l'hémophilie est une maladie mal connue du grand public.
Beaucoup croient, à tort, qu'elle se transmet par le sang et l’associent à
des saignements visibles impossibles à traiter. L’Association belge de
l’hémophilie lance un site d'information pour démystifier cette maladie et
changer notre regard sur les personnes hémophiles.
 |
| © PhilippeTurpinBELPRESS |
L’hémophilie est
une maladie héréditaire rare qui touche environ 1 personne sur
10.000 et peut être transmise par le père, comme la mère
(1). La maladie se caractérise par des troubles
de la coagulation: lors d’un saignement, le sang des personnes
hémophiles ne coagule pas normalement (plus lentement). En fait, les
saignements ne sont pas plus importants ni rapides, mais ils peuvent
être plus fréquents et durer plus longtemps que la normale. Les
saignements peuvent être externes ou internes. La plupart des
saignements externes peuvent être soignés par les gestes de premier
secours. Ce sont donc principalement les saignements internes qui
sont dangereux car invisibles. D’où l’importance d’un bon suivi et
d’un bon traitement.
“Les
traitements ont tellement évolué qu’on a du mal à croire aujourd’hui qu‘avec
deux à trois piqûres par semaine, un hémophile peut vivre une vie semblable
à tout le monde, explique Le Dr Lê, pédiatre au service d’hémato-oncologie à
l'Hôpital universitaire des enfants Reine Fabiola. Dans les années 70 et 80,
les traitements étaient fabriqués à base de plasma humain et pouvaient
entrainer un risque de contamination virale telle l’hépatite C ou le HIV. Au
début des années 90, de nouveaux traitements issus du génie génétique ont
fait leur apparition: les recombinants. Ces produits ne dépendent plus des
dons de sang, ce qui garantit leur approvisionnement et réduit, voire
élimine complètement le risque de contamination virale”.
Par ailleurs, les
modalités du traitement ont changé. Avant, le traitement s’administrait à la
demande, quand il y avait un saignement. Aujourd’hui, il est possible de
prévenir les saignements grâce aux injections régulières, 2 à 3 fois par
semaine, de produit coagulant. “Même s’il est toujours impossible de guérir
de cette maladie, pour le patient, cela représente une réelle amélioration
de la qualité de vie, assure le Dr Lê. Les recherches continuent et nous
promettent encore de belles avancées d’ici quelques années.”
(1) Le gène de l'hémophilie se trouve sur l'un des
chromosomes sexuels, le chromosome X. Un père hémophile aura des filles
porteuses, la transmission ne sera donc pas “visible” directement (les
filles n’auront pas de manifestations cliniques). Une mère porteuse aura une
chance sur deux d'avoir une fille porteuse si c'est une fille et une chance
sur deux d'avoir un garçon hémophile si elle a un garçon.
>>
Pour en
savoir plus sur
l'hémophilie et comprendre la vie des patients, consultez le site
www.monhemophilie.be ou
contactez l'Association belge de l'hémophilie au 02/346.02.61 –
www.ahvh.be
Dix ans de secours
aux agriculteurs
Pour
certains éleveurs et cultivateurs, le métier devient très difficile à
pratiquer, voire insupportable. Plans de gestion, écoute psychologique,
aides à la reconversion, échelonnement des dettes: Agricall, qui fête ses
dix ans, est à leur écoute.
 |
| ©
J-m Lallemand/BELPRESS |
Le monde
agricole est plein de paradoxes. Ceux-ci n'en rendent pas la
compréhension très aisée par le grand public. Parmi ces curiosités,
le fait que beaucoup d'agriculteurs disposent d'un patrimoine
immobilier considérable tout en bénéficiant parfois d'un revenu très
réduit. Ou encore le fait que certains cultivateurs vivent bien,
voire très bien, alors que la majorité peine à nouer les deux bouts
et vit dans l'angoisse permanente des emprunts à rembourser et des
fluctuations du prix des matières premières. Sans parler des soucis
liés aux caprices de la météo ou aux maladies du bétail.
C'est pour répondre à ce
genre de difficulté qu'a été créée en Wallonie, il y a dix ans, une
structure spécialisée dans l'aide et l'accompagnement des agriculteurs et
agricultrices. Baptisée Preventagri à l'origine, elle se nomme aujourd'hui
Agricall. Mise sur pied dans la foulée de la crise de la vache folle, elle
répondait surtout, au départ, aux problème de stress lié aux abattages
massifs, aux accidents du travail et aux maladies professionnelles. Petit à
petit, cette structure fondée au sein du service de Psychologie du travail
de l'Université de Liège (ULg), a mis au point une approche sociale globale
des difficultés du monde agricole.
Ainsi, Agricall fournit
aujourd'hui à la fois une écoute et un soutien psychologique, mais aussi une
aide juridique et technique. Elle les accompagne dans des audits de gestion
destinés à redémarrer une exploitation d'une façon efficace. Elle aide à la
recherche d'un emploi, d'une formation ou d'une reconversion. L'année
dernière, son numéro d'appel gratuit (0800/85018) a été sollicité 1634 fois
et près d'une centaine de nouveaux dossiers d'accompagnement individuel ont
été ouverts. Au total, près de 80 audits financiers ont été menés et 16
nouvelles aides ont été fournies en vue d'un échelonnement des dettes.
Dans le cadre de sa
mission d'observation auprès des autorités politiques et à la lumière de la
récente crise du lait, Agricall rappelle que, ces dix dernières années,
“le secteur agricole a subi des mutations techniques, technologiques et
organisationnelles d'une grande ampleur, à tel point que les conditions de
travail et les compétences professionnelles sont aujourd'hui complètement
bouleversées.” Le 9 juin prochain, ce service organise une soirée
d'anniversaire, à Namur, sur le thème “Comment combattre le surendettement
en agriculture”.
//
Ph.L.
>>
Infos :
Muriel Bossut (Agricall). 081/22.48.66
•
0498/39.54.68.
Rencontres
avec des anonymes
“Une place publique, un lieu parmi d’autres, du temps, des passants. Un
réalisateur s’y arrête, pendant un an, pour regarder l’infime dans le
brouhaha”...
Pour
la réalisation du film Anonyme, le choix d'Eric Smeesters, le réalisateur,
s'est porté sur la place de la Monnaie à Bruxelles…, pourtant pas très
accueillante. Davantage lieu de transit qu'un espace bucolique. On dirait
d'elle qu'elle est entre deux, entre les commerces de la rue Neuve et la
Grand' Place. Elle n'est pas de celles où l'on s'installe vraiment… Quoique…
Eric Smeesters y a posé sa caméra des heures durant et les bancs publics se
révèlent moins vides qu'on aurait pu le croire. En dilettante, il capte
l'insignifiant: le reflet des nuages qui traversent les buildings vitrés, le
vent qui fait bruisser une banderole décrochée, les minuscules oiseaux que
des miettes ont attirés… et puis les hommes, les femmes sans fard, la tête
ailleurs, assis pour prendre le soleil, croquer un sandwich, assis pour
regarder eux aussi les passants. D'autres arpentent de long en large les
pavés en attendant quelqu'un ou sont juste là à regarder le sol…
Voilà qu'on s'y attache
à cette place, à tout ce qu'elle recèle. Voilà qu'ils nous deviennent
sympathiques, ces inconnus. Certains nous feront même rire, comme cet homme
poursuivi par un sac en plastique ou cet autre rectifiant le pelage de son
dalmatien… Une envie nous vient après le film, celle de nous installer dans
un lieu qu'on a l'habitude de traverser, et de le contempler; celle de
quitter la bulle de protection qu'on enfile dans un lieu public, la tenue de
méfiance qui nous met à distance de l'inconnu même s'il nous a souri, même
s'il a l'air désœuvré… Car à entendre les histoires en voix off qui
accompagnent les images d'Anonyme, on passe à côté de rencontres
attachantes, déroutantes. De celles qui, éphémères, le temps d'un mot, d'un
regard, surprennent un peu, émeuvent parfois, ne s'oublient pas.
// CD
A voir: Anonyme,
70 min. Projection en plein air le 3 juillet sur la place de la Monnaie vers
22 h (la nuit tombée). En DVD: infos auprès de
sandra.demal@gsara.be –
02/250.13.10.
A écouter: des
bulles radios, histoires de rencontres inattendues et éphémères récoltées
auprès d'anonymes, diffusées de janvier à juin 2010 par des radios
associatives ou via le site:
www.anonymes.be
A lire: un livre
reprend les histoires de rencontres fortuites récoltées pour le film. Il est
disponible gratuitement au 02/250.13.10.
>>
Plus
d'infos:
www.anonymes.be
Conflits communautaires:
deux “vérités” contradictoires?
À la
veille des élections fédérales, la revue “Démocratie” a longuement
interviewé Vincent de Coorebyter, directeur du Centre de recherche et
d'information socio-politiques (CRISP), pour comprendre les enjeux de ce
conflit et ce qui nous attend après les élections. Un éclairage politique et
historique capital.
 |
| ©
Philippe Bourguet/BELPRESS |
Une fois de
plus, le conflit communautaire nous amènera aux urnes, le 13 juin
prochain, même si, pour la plupart d'entre nous, ce conflit devient
chaque jour plus incompréhensible. Quels sont les enjeux de la
scission de l'arrondissement de BHV? Pourquoi les trois tentatives
de négociations autour de cette scission ont-elles chaque fois été
torpillées? En quoi les partis francophones seront-ils, au lendemain
des élections, face à une “équation infernale”? Telles sont
quelques-unes des questions auxquelles répond avec clarté Vincent de
Coorebyter, directeur du CRISP.
Le politologue explique
tout d'abord que, pour les partis flamands, la scission de
Bruxelles-Hal-Vilvorde (BHV) est bien plus qu'un enjeu électoral et
juridique. “La simple présence de la demande de scission de
l’arrondissement judiciaire le démontre”, dit-il. Derrière l'exigence de
scission, il émet l'hypothèse que certaines forces politiques en Flandre
préparent l’autonomie pure et simple de leur Région, et donc la fin de la
Belgique. “En droit international, une règle, majoritairement admise,
stipule qu'en cas d’éclatement d’un pays, ce sont les frontières
administratives internes préexistantes à l’éclatement qui servent de base à
la fixation des nouvelles frontières externes(...) Sur la base de ce
principe, les Flamands qui visent l’indépendance, ont intérêt à ce que la
frontière judiciaire et électorale coïncide avec la frontière
administrative, avec la frontière linguistique, avec celles des Régions et
Communautés”.
Pour suivre, Vincent
Coorebyter plonge dans notre histoire pour mieux comprendre les enjeux
actuels. La loi linguistique de 1932, avec le volet linguistique du
recensement, conduisait mécaniquement à voir s’étendre la région bilingue de
Bruxelles en fonction des réponses des citoyens à la question sur l’emploi
des langues, explique en substance le politologue. Il rapelle qu'en raison
de résistances flamandes, il a fallu sept ans après le recensement de 1947
pour que l'agglomération bilingue de 16 communes passe à 19 avec Evere,
Ganshoren et Berchem-St-Agathe. Pour les Flamands, le spectre était donc de
voir cette tache d’huile grignoter la périphérie flamande de Bruxelles. De
là, la revendication de fixer une fois pour toutes la frontière
linguistique. Ce qui fut adopté en 1962-1963 au Parlement fédéral, majorité
flamande contre minorité francophone...
Après analyse détaillée
des trois premières tentatives de résolutions du conflit BHV, Vincent
Coorebyter analyse les chances d'aboutir à un accord qui satisfasse les deux
Communautés. “L’une des hypothèses est que les Flamands pourraient
accepter des garanties pour les francophones des communes à facilités si la
négociation permet par ailleurs une grande réforme de l’État, avance le
directeur du CRISP. Ce scénario comporte un danger pour les partis
francophones : la mise en péril de l’intérêt général des francophones sur
d’autres dossiers comme le financement de la Communauté française, le
refinancement de Bruxelles, la sécurité sociale et la solidarité
interpersonnelle… (..) Cela étant, les partis flamands n'ont pas tous la
même liste de revendications. Tout dépendra des partis qui seront autour de
la table de négociation, conclut le politologue…
// JD
>>
“Conflits communautaires belges: deux “vérités” contradictoires?”
– Dossier de la Revue Démocratie n°11 – 1er juin 2010. L'article
est lisible en ligne sur
www.revue-democratie.be. Le dossier complet, avec chronologie
détaillée de la législature 2007-2010 et des chroniques supplémentaires,
peut être commandé au 02/246.38.01 ou à
democratie@moc.be
|