Des critères clairs et
précis pour la régularisation des sans-papiers
Depuis
l'occupation de la Basilique St Christophe à Charleroi le 16 août 2005,
le mouvement de résistance des sans-papiers n'aura cessé de s'amplifier.
Rien n'indique en effet que celui-ci s'arrêtera de sitôt. Chaque jour on
annonce de nouvelles occupations…
L’occupation de St Boniface
à Ixelles, démarrée en octobre 2005 ne prendra fin qu'au 31 mars 2006,
soit après plus de 5 mois. Sainte-Croix à Ixelles, Notre-Dame du
Sacré-Cœur à Etterbeek, occupation et évacuation de l'église du Parvis
de Saint-Gilles, un ancien local de la Fondation J. Gueux à
Saint-Gilles, l'église Saint-Joseph à Namur, St Joseph à La Louvière, St
Antonius à Gand, l'église d'Erezée dans la province du Luxembourg, les
locaux du CIRé à Bruxelles, les locaux du centre laïque à Namur… La
liste n'est pas complète mais elle suggère la montée d'un mouvement qui
n'est pas près de s'achever d'autant plus qu'il est soutenu tant par des
communautés locales que par de nombreuses organisations sociales ainsi
que par des évêques, parfois hésitants qui, tout en craignant d'être
"instrumentalisés" affirment, comme l'évêque d'Anvers, que "l'heure
d'une régularisation élargie des sans-papiers a sonné" ou, comme
l'évêque de Liège, “qu'il est indigne de faire attendre ces gens
pendant des années ou d'enfermer des familles dont les enfants ont
grandi chez nous”.
Les pratiques
administratives actuelles sont peu adaptées aux réalités, peu
transparentes, marquées par la suspicion, entachées d’arbitraire ou peu
compréhensibles. L’opinion publique et politique autour des thèmes de
l’asile et des migrations continue à se détériorer, ce qui conduit à une
politique toujours plus restrictive.
Le mouvement
ne s'arrêtera donc pas de sitôt parce que, si le projet actuel du
gouvernement, adopté le 21 avril dernier en Conseil des ministres,
simplifie la procédure d'asile et la rend plus efficace, il ne concerne
pas les milliers de sans-papiers qui vivent chez nous depuis plusieurs
années. Le ministre de l'Intérieur refuse en effet de renouveler une
opération de régularisation, comme celle qui a eu lieu en 2.000,
estimant que l'article 9,3 de la loi de 1980 sur les étrangers lui
permet de régulariser certains séjours pour raisons humanitaires.
Annoncer au Parlement une explication orale des critères utilisés par
l'administration est une attitude tout à fait insuffisante.
Un peu d'humanité et
beaucoup de volonté politique
“Ce qui
est en train de se passer dans les églises, constate Thierry
Jacques, le nouveau président du Mouvement Ouvrier Chrétien, est le
résultat de l’incurie généralisée qui est le fait du cabinet des
affaires intérieures (…) depuis l’opération de régularisation effectuée
par le Gouvernement précédent. Tous ceux qui suivent de près la
situation des sans-papiers et candidats réfugiés de ce pays prédisaient
que si rien n’était fait pour améliorer le fonctionnement des services,
les obliger à travailler dans des délais raisonnables, on assisterait à
de nouveaux drames humains." Et, parce que la détresse d’un
sans-papiers à Charleroi est évidemment la même que celle d’un
sans-papiers de Bruxelles ou d’Anvers, c’est-à-dire "insupportable",
le MOC a adopté, avec son équivalent flamand, l’ACW, une position
commune réclamant du Gouvernement fédéral la mise en place d'un
dispositif répondant à la situation qu’il a lui-même créée !
Si le nombre
de candidats réfugiés a considérablement baissé ces dernières années, un
grand nombre de ceux qui se sont présentés, il y a 2, 3 ou 4 ans, vivent
aujourd’hui dans notre pays et sont toujours dans l’attente d’une
réponse durable à leur situation. La solution proposée demande un peu
d’humanité et beaucoup de volonté politique.
Il est
indispensable, affirme le MOC, de prévoir dans la loi un nouveau statut
de séjour légal pour attaches durables avec des critères d’attribution
clairs et permanents et des garanties de procédure (audition,
assistance, transparence, motivation).
Pour
apprécier l’existence d’attaches durables, il faudra tenir compte de
l’existence de liens familiaux avec la Belgique, la situation
personnelle du demandeur, son âge, les liens qu’il a tissés en Belgique,
ses qualifications et ses possibilités de réinsertion dans son pays
d’origine, le fait d’avoir des qualifications professionnelles qu'il
peut valoriser en Belgique, son parcours en Belgique : les emplois qu’il
a exercés, le fait d’avoir contribué à la sécurité sociale, sa
participation à la vie associative, culturelle ou sportive, la durée de
son séjour en Belgique, sa connaissance des langues nationales…
Il faut aussi
prévoir un mécanisme permanent selon lequel une instance habilitée aura
la mission de régulariser leur situation en fonction de ces critères.
Les demandes de séjour pour attaches durables seraient à examiner par
une Commission Consultative des Etrangers dont la composition et le
fonctionnement peuvent être calqués sur ceux de la Commission de
régularisation de 2000. Un recours en légalité devrait être possible
auprès du Conseil du Contentieux des Etrangers dont la mise en place est
prévue dans les projets gouvernementaux.
"Il ne
s’agit donc ni d’une régularisation “massive”, comme le disent à tort
certains partis politiques afin d’effrayer la population, ni d’un
irresponsable appel à accueillir aveuglément tous les flux migratoires
qui convergeraient vers notre pays, affirme Thierry Jacques. "Il
s’agit tout simplement de notre devoir d’hospitalité et d’asile, de
respect de la dignité des êtres humains, et des règles internationales
auxquelles notre pays a souscrit."
Christian Van Rompaey
Plus
d'informations : lire dans le bimensuel du MOC "Démocratie" l'article de
Véronique Oruba : "Réforme des procédures d'asile. Garantir la
protection des droits." - 15 mars 2006. Tél. 02/246.38.01 (Mercedes
Fernandez).