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A suivre... (21 septembre 2006)

 

Après le “discours de Ratisbonne”

 

Depuis quelques années déjà, les relations entre l'islam et le monde chrétien sont passablement tendues. Les propos tenus par Benoît XVI lors de son dernier voyage en Bavière n'auront certainement pas contribué à relancer le dialogue…

 

Lors de son récent voyage en Bavière, Benoît XVI cite, à l'occasion d'une communication universitaire à Ratisbonne, un empereur byzantin du XIVe Siècle qui condamne la violence islamique de manière on ne peut plus claire : “Montrez-moi ce que Mohammed a apporté de nouveau, affirme Manuel II Paléologue, vous trouverez alors des éléments malfaisants et inhumains comme le commandement de propager son enseignement de la foi par le sabre”. Il faut dire que cet empereur se trouvait menacé effectivement par l'islam alors aux portes de Constantinople…

 

«Il faut avoir le courage d'affronter

la réalité.  Il y a actuellement dans le mùonde musulman un problème de la violence au nom de la religion».

Mais l'imprudence du pape n'était-elle pas, en retirant cette phrase de son contexte politique et historique, de la généraliser à l'ensemble de l'islam qu'il compare en outre à la religion chrétienne qui propage son message par la raison et non la violence…

La comparaison est bancale. Le monde chrétien n'a-t-il pas mis plusieurs siècles à accepter de réconcilier Foi et raison? En plus, rappelle Abdelwahab Meddeb (1), écrivain tunisien lors d'une émission récente sur France Culture, c'est par l'intermédiaire d'un philosophe musulman (Averroes) que la philosophie grecque, fondée sur la raison, a été traduite et transmise en Occident. On pourrait encore rappeler que l'Eglise catholique a “pardonné” très récemment, en 1992, à Galilée d'avoir affirmé en 1632 que la terre tournait autour du soleil. Par ailleurs, le christianisme, ni plus ni moins que l'islam, a eu partie liée, dans sa longue histoire, avec la violence.

 

Benoît XVI, théologien, universitaire brillant, n'a sans doute pas le même rapport aux mots et à la communication que son prédécesseur qui pressentait les effets géopolitiques de ses discours. Rappelons, par exemple, l'indignation qu'a soulevée Benoît XVI le 28 mai dernier lorsque, au cours de sa visite à Auschwitz, il a parlé des responsables de la Shoah comme d'un “groupe de criminels” nazis.

 

Cela dit, depuis son élection, Benoît XVI avait réaffirmé sa volonté de dialoguer avec le monde musulman, l'Eglise catholique ne pouvant se désengager d'un rapprochement qui devrait contribuer à la paix. Par ailleurs, pourquoi aurait-il choisi de se faire provoquant peu de temps avant de choisir de se rendre en Turquie, pays musulman, pour un de ses premiers voyages à l'étranger ? Pourquoi aurait-il pris un tel risque d'affrontement alors que de nombreux chrétiens d'Orient sont dans une situation pour le moins difficile ?

 

Qu'est-ce que le pape a voulu dire?

Henri Tincq, spécialiste des questions religieuses au journal français Le Monde (daté du 19 septembre dernier) s'interroge : “Qu'a donc voulu dire exactement le pape à Ratisbonne? Que le dialogue devait être franc. Non plus le dialogue des bons sentiments, des accolades, des appels incantatoires, aussi répétitifs qu'inefficaces, à la paix des religions comme anticipatrice de la paix du monde. Ce que le nouveau pape réclame, c'est un dialogue fondé sur la “raison” : y a-t-il, oui ou non des germes de violence dans les textes sacrés ? Y a-t-il, oui ou non, dans l'islam comme dans les autres confessions, des instances critiques permettant une herméneutique libre - un droit d'interprétation - des textes ? Y a-t-il, oui ou non, des autorités magistérielles capables et libres d'énoncer le droit, de dénoncer le débordement, de traquer le fondamentalisme ?”

 

Le style est différent de celui de Jean-Paul II, qui avait provoqué des assemblées œcuméniques de prière comme à Assise en Italie. Peut-être mesure-t-il mieux les réalités d'un dialogue bloqué par un certain nombre de difficultés : “perpétuation de pratiques qu'aucune réflexion critique ne vient contredire - apostasie et blasphème condamnés à mort, ou interdiction de tout culte minoritaire dans certains pays musulmans - en Arabie Saoudite, par exemple… En outre, le chef de l'Eglise catholique ne peut rester sans réaction devant la situation des chrétiens en terre d'islam”, observe Henri Tincq.

 

Voilà des réalités que les responsables de l'islam ne peuvent occulter. Sur RFI (Radio France International), le père Lacunza, recteur de l'Institut pontifical d'études arabes et islamiques affirmait que le problème était que la foi musulmane est “kidnappée” par les politiques: “Il faut avoir le courage d'affronter la réalité. Il y a actuellement dans le monde musulman un problème de la violence au nom de la religion (…) le pape a posé des questions comme d'autres peuvent nous interroger sur le christianisme.”

 

Pour Abdelwahab Meddeb (1), “La question de la violence dans l'islam est une réalité. Quand le pape a évoqué le rapport très étroit de cette religion avec la violence, il a dit la vérité, même s'il ne faut pas séparer l'islam de la raison. J'aurais souhaité qu'un imam ouvert et éclairé se saisisse de son discours pour ouvrir le débat, en reconnaissant que Benoît XVI avait en partie raison. Car il n'y a pas une seule et unique doctrine islamique, mais des textes qui méritent un débat et une analyse. Le monde musulman aurait besoin de se confronter à une effervescence intellectuelle. Au lieu de cela, il n'a réagi que par l'indignation.”

 

Après tout, il faut bien constater qu'il a fallu cette citation imprudente de Benoît XVI pour entendre dire aux quatre coins du monde islamique que leur foi ne prônait pas la violence et que l'islam religieux n'avait rien à voir avec l'islamisme politique! Le dialogue entre les religions ne serait-il pas plus fructueux si les responsables musulmans modérés ne laissaient pas le champ libre aux islamistes fondamentalistes ?

 

Christian Van Rompaey

 

(1) Abdelwahab Meddeb es l'auteur de "La maladie de l'Islam". Editions du Seuil (2002).